Du 17 au 23 septembre : dans quel état j'erre ?

Samedi 17 septembre

 

4h : Je suis brutalement réveillé par une crampe au mollet. Ça y est, à force de me faire du souci et de me poser des questions, je commence à somatiser !

 

17h30 : J’arrive déjà au Fort Montbarey où je dois lire, dans un peu plus d’une heure, Inconnu à cette adresse en public avec mon camarade Mikaël ; celui-ci n’est pas encore arrivé et je ne sais pas où me mettre en attendant. Une responsable me fait m’asseoir dans la salle où la lecture doit avoir lieu, pour l’heure occupée par un conférencier qui termine sa causerie consacrée à l’histoire de l’arsenal. Explorant le passé brestois depuis déjà sept ans, je n’apprends pas grand’ chose de nouveau et je stresse déjà, d’autant que je me demande comment nous allons faire les réglages si mon complice n’arrive pas bientôt !

 

18h30 : Déjà sur scène, je suis toujours seul. Mikaël est censé arriver d’ici quelques minutes, mais je me demande si ça ne va pas être trop juste pour régler le son, les lumières et tout le toutim : cette situation d’incertitude m’énerve et me rend vite imbuvable ! La responsable, qui essaie vainement d’apaiser mon stress, finit par comprendre qu’il vaut mieux laisser passer l’orage…

 

18h45 : Nous commençons enfin. Une fois encore, mes inquiétudes se révèlent bien vaines : la mise en scène se limite à un panneau qui nous sépare (nous sommes censés nous écrire de part et d’autre de l’Atlantique) et nous n’avons même pas besoin de micro vu qu’il n’y a qu’une dizaine de personnes dans la salle – compte tenu de l’offre assez impressionnante de Brest pour les journées du patrimoine, à laquelle s’ajoutaient les rencontres brestoises de la BD, ce n’est pas si mal ! Nous faisons notre lecture et je me surprends à être beaucoup plus à l’aise que je ne le craignais, Mikaël ne bafouille presque plus. Il est vrai que nous ne sommes plus du tout surpris par le texte et que, sur scène et en public, le rapport n’est pas le même que seuls dans mon salon ou celui de mon camarade… Bref, finalement, arriver avec seulement cinq minutes d’avance, ce n’était pas irresponsable : c’est encore moi qui ai fait de l’excès de zèle…

 

Votre serviteur et Mikaël sur scène :

 

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Une photo qui prouve que la salle, faute d'être pleine à ras bord, n'était pas vide :

 

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La prochaine fois, je demanderai un pichet, ce sera moins anachronique qu'une bouteille en plastique - il fallait bien que je m'hydrate la bouche !

 

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19h30 : Nous avons terminé. Les retours sont très positifs, il n’est pas exclu que nous renouvelions l’opération. J’en suis d’autant plus ravi que, pour un autiste et un dyslexique, faire une lecture publique est une vraie revanche sur la vie… La responsable m’invite à rester pour manger une crêpe : je suis à deux doigts de refuser poliment car j’ai déjà prévu mon dîner chez moi et j’aimerais autant rentrer assez tôt. Comme toujours, on m’a à l’usure : après tout, une crêpe, ce n’est pas bourratif au point de me priver du repas que j’ai déjà programmé. La compagne de mon camarade nous a rejoints, ainsi que son jeune fils et un copain de ce dernier : en fait, ils étaient déjà dans la salle quand nous avions commencé la lecture, mais évidemment, il ne fallait pas compter sur ces deux garçonnets pleins de vie pour rester sagement assis dans cette pièce austère alors que la cour du fort leur tendait les bras pour leur permettre de se défouler. Et puis l’horreur du nazisme, qui est au cœur de l’œuvre que nous avons lue, ils auront bien le temps de la découvrir plus tard…

 

20h20 : Une fois ma crêpe engloutie, je prends poliment congé : la responsable, qui n’a pas l’air de m’en vouloir pour mes sautes d’humeur imputables à un trac on ne peut plus légitime, s’est proposée de me ramener à Lambézellec, mais si je dois attendre l’heure de fermeture du fort, je risque d’être encore là une heure plus tard, ce à quoi je tiens d’autant moins qu’il commence à faire froid et je n’ai qu’une chemise sur le dos… Bref, comme le bus qui dessert Lambé passe juste à côté de ce site patrimonial, j’en profite pour ne pas m’attarder et regagner mon cocon au plus vite. Comment faire comprendre aux gens que si on a hâte de rentrer chez soi, ça ne veut pas dire qu’on ne se plait pas avec eux ? C’est le cadet de mes soucis pour l’instant : malgré la bonne impression laissée par notre lecture, une fois en route, je ne peux m’empêcher de me ronger les sangs de plus belle…

 

21h15 : Déjà rentré ; j’ai bien calculé car, si j’avais accepté le co-voiturage gratuit qui m’était proposé, je serais sans doute encore là-bas. En attendant que mon repas soit chaud, je me passe, cédant à une envie digne d’une femme enceinte, Sunshine makers, un cartoon de 1935 dû aux studios Van Beuren. Je l’avais découvert il y a longtemps dans Cartoon factory, une émission diffusée sur Arte, et j’avais été marqué par cette histoire où de joyeux gnomes, producteurs et distributeurs de soleil en bouteille, affrontent des gobelins qui se complaisent dans l’obscurité et la sinistrose… Difficile de ne pas penser aux Rigolus et aux Tristus de Cézard, mais ce n’est probablement qu’une coïncidence ; dans le souvenir que j’avais de ce film, les gobelins étaient barbus, je suis donc surpris de les voir imberbes ! Mais surtout, je suis assez impressionné par la qualité de l’animation qui n’a rien à envier à celle qu’obtiennent les studios Pixar avec des moyens techniques autrement plus astronomiques : le cartoon américain n’a jamais été aussi grandiose qu’au temps où il était encore un artisanat, avant que le modèle industriel des studios Disney n’écrase tout… Cela dit, avec mes yeux d’adulte, je réalise aujourd’hui le mal que ce genre de film a fait aux gosses en leur faisant croire qu’il y avait le mal d’un côté et le bien de l’autre et qu’on avait le droit de faire le bonheur des gens malgré eux ! Je dis ça sans doute parce que je me sens assez proche des gobelins qui ne veulent pas qu’on les force à être de bonne humeur…

 

Voici le film en question, vous pourrez vous faire votre propre opinion :

 

 

Dimanche 18 septembre

 

10h : J’ai fait un cauchemar étrange : je résidais chez mes parents pendant leur absence et la maison était envahie par des inconnus qui se croyaient tout permis ; j’en chassais deux, il en arrivait dix de mieux ! Dans le tas, il y avait même Michel Onfray qui venait répandre son salmigondis pseudo-philosophique… Dans ce rêve désagréable, il y a bien sûr une part de réminiscence : je n’oublierai jamais cette semaine où mon petit frère avait profité de l’absence de nos parents pour inviter toute une troupe de copains, avec la permission de nos géniteurs mais sans m’en parler ! Quant à la présence Michel Onfray, c’est évidemment lié au fait que jadis, chaque fois que je me présentais à autrui en tant que docteur en philosophie, on me demandait mon avis sur ce triste sire… Mais ce cauchemar est aussi révélateur de mes angoisses actuelles : tous ces intrus contre lesquels je ne pouvais rien ne représentaient-ils pas cet inconnu que je crains de voir arriver dans ma vie, à cette heure où je suis plus ou moins à la croisée des chemins ? 

 

14h30 : Je reçois un couple d’amis avec leurs deux enfants, un fort bel adolescent et un charmant garçonnet de deux ans : le petit monte déjà les escaliers avec une aide minimale (c’est à peine s’il faut rester derrière lui !) et le grand, bien qu’encore lycéen, peut se lancer à tout moment dans un exposé improvisé sur l’économie mondiale… Cette génération semble avoir du talent ! Au fil de la conversation avec mes invités, je m’aperçois que ceux-ci ne connaissaient pas ma chaîne YouTube : manifestement, j’ai encore quelques lacunes en matière de communication ! Pas étonnant que je ne croule pas sous les vues, si même mes amis ne sont pas au courant…

 

Lundi 19 septembre

 

16h : Un bon point pour commencer la semaine : j’ai réussi à faire le ménage dans ma boîte mail. Depuis que la présentation en a été modifiée, celle-ci donne l’impression de déborder au bout de cinq messages reçus, ce qui ne fait qu’aggraver mon mal-être. Ah, cette incompréhensible manie du changement qui caractérise les gens que l’on dit normaux…

 

18h : Ils sont mignons, ceux qui appellent à boycotter la coupe du monde de football au Qatar pour des raisons éthiques… Ils ont l’air de découvrir que les grandes compétitions sportives ne sont que des pompes à fric qui n’apportent que des désastres partout où elles se tiennent ! Ils ont fait l’autruche jusqu’à présent et se découvrent une conscience morale maintenant qu’il est  impossible de cacher ce qu’ils se sont obstinés à nier pendant des années ! Ils semblent oublier que la précédente coupe du monde a eu lieu… En Russie ! Oui, en Russie, chez Poutine, dans ce pays devenu l’ogre mondial depuis l’invasion de l’Ukraine ! Et elle n’a pas changé depuis : à l’époque, elle était déjà la puissance belliqueuse et liberticide d’aujourd’hui, et ça n’a pas gêné outre mesure les footeux ! Même avant ça, il y avait eu l’édition de 1934 en Italie fasciste et celle de 1978 en Argentine dictatoriale : c’est MAINTENANT qu’ils se rendent compte que la FIFA se fout des droits de l’Homme comme d’une guigne ? Ou bien ils sont complétement cons ou bien ils se foutent de nos gueules, le père Cantona en tête ! Ce n’est pas la coupe du monde au Qatar qu’il faut boycotter, c’est la coupe du monde tout court !

 

Mardi 20 septembre

 

10h30 : En venant travailler à la BU, j’ai l’heureuse surprise d’y retrouver un couple d’amis enfin rentré en Bretagne après trois ans passés en Martinique ! Je n’ai pas reconnu tout de suite monsieur dont les cheveux et la barbe ont beaucoup poussé, une pilosité qui s’explique aisément : il n’a pas récupéré sa tondeuse vu qu’une partie de ses cartons est toujours retenue aux Antilles ! Et ce n’est que le moindre de leurs soucis : leur appartement brestois a été littéralement saccagé par les gens auxquels ils l’avaient loué, monsieur est en reprise d’études mais, comme il est inscrit à l’université de Caen, il travaille à distance avec les inconvénients que ça comporte, et madame est en pleine recherche d’emploi, avec les galères qui vont avec. Heureusement, leur couple semble soudé et ils se soutiennent mutuellement : quand je parle avec madame, je ne sais pas ce qui m’impressionne le plus entre sa sublissime beauté (elle ressemble assez à Gwyneth Paltrow) ou son optimisme qui semble à toute épreuve…

 

16h30 : Passage à Saint-Martin pour rencontrer en chair et en os Yann Quenet, ce baroudeur rentré en Bretagne cet été après trois ans passés à faire le tour du monde sur un petit voilier : il n’en est pas plus fier pour autant, malgré le succès médiatique que ça lui a apporté. Ce sont toujours ceux qui accomplissent les plus fabuleux exploits qui sont les plus modestes, un contraste qui m’impressionne toujours autant…

 

17h : Petite étape au Locus, un bistrot ouvert dernièrement : c’est l’happy hour, j’en profite pour savourer une pinte de bière qui me procure un rafraîchissement bienvenu par ce temps orageux. Mais surtout, comme je sais que le patron envisage, à terme, d’organiser des expos et des concerts dans son établissement, je lui laisse ma carte en lui disant qu’il peut compter sur moi : il la met de côté mais je sais qu’il ne faudra pas y compter avant plusieurs mois… Avant le Covid, je faisais beaucoup de démarchage de ce genre, mais je ne sais pas si je vais m’y remettre de façon intensive : j’ai finalement peu de résultats et j’en suis un peu las…

 

22h30 : Il se fait tard mais je veille encore pour mettre la dernière main à une mini-BD résumant (à ma façon bien sûr) la carrière de Jacques Chirac dont on célébrera la semaine prochaine (et assez discrètement, j’imagine) le troisième anniversaire de la mort. Pour me donner du cœur à l’ouvrage, je dessine au son des vidéos des 10 ans du Zapping de Canal+ mises en ligne sur YouTube. Coïncidence : je termine ma planche pile au moment où passent les images de l’élection de Chirac en 1995… Faut-il y voir un signe ? En tout cas, je me souviens qu’à l’époque, j’évitais autant que possible de me repasser ces images : les revoir était au-dessus de mes forces tant j’étais persuadé que Chirac était ce qu’il pouvait y avoir de pire en matière de crapule politicienne. J’avais sept ans et Sarkozy n’était encore qu’un second couteau…

 

En attendant de voir ma planche, voici la vidéo en question :

 

 

Mercredi 21 septembre

 

10h : Aujourd’hui, Chuck Jones aurait eu 110 ans. Le monde des créateurs de cartoons de divise en deux catégories : dans la première, on trouve Tex Avery, et dans la seconde, tous les autres. Mais dans cette deuxième catégorie, le grand Chuck occupe certainement le haut du panier tant il innova à plus d’un titre. Ne citons que The Dover Boys, sorti en 1942, qui a bien failli lui coûter sa place à la Warner : pas parce que cette parodie des romans bon marché pour midinettes tournait en dérision les préjugés de l’Amérique puritaine (venant des farceurs de chez Warner Bros, on en avait l’habitude) mais parce que mister Jones y prenait des libertés, impardonnables pour l’époque, avec les règles de l’animation ; ses personnages, outrancièrement caricaturés, sautaient littéralement d’une pose à une autre dans des décors stylisés à l’extrême. Avec ce dessin animé, Chuck Jones s’attira les foudres de ses patrons mais inventa une nouvelle forme d’animation, plus rapide et plus drôle, qui allait s’imposer comme une alternative au style disneyen. Cela étant, la séquence de son cru qui m’a le plus marqué reste celle de Broom-Stick Bunny (1956) où la sorcière Hazel, buvant par inadvertance son élixir de beauté, se transforme, à son grand dam, en une superbe rouquine : comment ne pas être troublé par une scène pareille quand on est enfant ?

 

Voici The Dover Boys en VF...

 


 

...et deux dessins de mon cru inspirés par ce cartoon :

 

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La séquence de Broom-stick Bunny qui m'a tant marqué (amusez-vous à vous la passer au ralenti, c'est édifiant)...

 


 

...et un petit hommage :

 

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Le petit monstre auquel la sorcière fait un bisou (et on voudrait être à sa place) est un autre personnage créé par Chuck Jones, le monstre Gossamer, devenu minuscule comme dans le cartoon Water, water every hare (1952) que vous pouvez découvrir en VO en suivant ce lien.

 

14h : Réunion en visioconférence du comité de rédaction de la revue Motifs dont je fais partie. Vous vous imaginez peut-être que ça signifie lire des articles universitaires passionnants ? Et bien non : comme la responsabilité du contenu de chaque numéro est déléguée au chercheur qui en a proposé le thème (le plus souvent pour publier les actes d’une manifestation qu’il a organisée), le comité se borne, la plupart du temps, à s’esquinter la santé à propos de la place d’une virgule dans des documents que seuls les auteurs liront… Le comité devra être renouvelé bientôt : si on me le demande, je ne suis pas sûr de me représenter !

 

Jeudi 22 septembre

 

9h : J’arrive à la fac où doit avoir lieu un colloque organisé à l’occasion du centenaire d’Alain Robbe-Grillet – le « pape du nouveau roman » était né à Brest, plus précisément à Kerangoff, il serait donc intéressant d’en parler aux lecteurs de Côté Brest. Il y a beaucoup de monde sur le parvis : un historien de mes amis m’annonce que j’arrive en pleine alarme incendie ! La cause ? Un four du restaurant universitaire qui déconne… Cet incident ne m’affecte pas directement mais il me rappelle quand même un mauvais souvenir, en l’occurrence le jour où mon propre cours, qui avait déjà mal démarré, a été interrompu à cause d’une alarme incendie déclenchée par un fumigène que des étudiants avaient allumé pour répéter un spectacle… Et dire que l’homme revendique la gloire d’avoir « maîtrisé le feu » ! Si on maîtrisait vraiment le feu, il n’interromprait pas si facilement la vie intellectuelle !

 

10h : Quand je vous dis « Alain Robbe-Grillet », je suppose que vous pensez spontanément à un intellectuel parisianiste assez chiant ? Et bien vous vous trompez : premièrement, comme je l’apprends au cours de cette matinée, il n’a jamais oublié ses origines et s’est volontiers inspiré de légendes bretonnes pour son œuvre. Deuxièmement, dans son combat contre la fixation du sens, l’humour était pour lui une arme qu’il n’a jamais manqué d’utiliser. De ce double point de vue, il est un digne ambassadeur de l’esprit brestois : je pense que je vais mettre ça en avant dans mon article. En attendant, je rencontre deux personnalités des plus prestigieuses : Benoît Peeters, qui vient de publier une biographie de référence de Robbe-Grillet, et Catherine, la veuve de ce dernier ! Et dire que nous ne sommes qu’une dizaine à être venu à leur rencontre ! Moi-même, je ne peux pas m’attarder, j’ai une amie qui a besoin de moi…        

 

17h : Je reçois mon amie qui est en plein combat contre l’entreprise où elle est actuellement salariée et où on n’a que trop abusé de sa gentillesse. Elle n’exclut pas de se faire embaucher dans une autre boîte ; mais pour l’heure, son avenir proche est plutôt incertain et elle se pose beaucoup de questions sur ce qu’elle va devenir… Un peu comme moi et le couple que j’ai revu mardi ! Mine de rien, je ne suis pas seul, il y a beaucoup de gens qui sont en pleine interrogation sur leur vie : y a-t-il un lien entre ce doute généralisé et le contexte post-Covid ? Je n’ai pas la réponse mais je n’en suis qu’à moitié étonné : comment se motiver pour continuer à faire tourner une machine dont l’absurdité intrinsèque a été mise à nu par la crise sanitaire ?

 

Vendredi 23 septembre

 

10h : Il n’y a pas grand-monde au marché aujourd’hui. Il faut dire qu’il pleut… Mais peu importe la météo, mon frigo est presque vide et il faut bien manger : au moins, je n’ai pas à faire la queue trop longtemps et ces averses apaisent mon mental ravagé. Il se trouve quand même quelqu’un, à la boulangerie, pour pester contre ce « temps pourri »… Oh, les héliotropes, vous avez été assez gâtés jusqu’à présent, non ? Il faut bien qu’il pleuve un peu, si vous voulez continuer à vous nourrir, non ? Et puis ceux qui n’aiment ni la chaleur ni la lumière, vous y pensez un peu ? Eux aussi ont le droit de se sentir bien !

 

10h15 : Un quotidien local consacre sa « une » aux Russes qui fuient leur pays : manifestement, plus personne n’ose faire semblant d’ignorer que Poutine impose à ses compatriotes un régime de terreur et on ne se cache plus derrière l’alibi de « l’âme slave » pour donner des circonstances atténuantes à ce tyran ! Pour que nous osions enfin ouvrir les yeux, il aura fallu que les Ukrainiens paient cash notre aveuglément…

 

14h : Demain, c’est la foire Saint-Michel, avec le grand retour des déballeurs. Je n’ai pas été sollicité pour le village des artistes, peut-être qu’il n’y en a pas cette année – on n’en parle même pas dans Côté Brest. Tant pis, je vais me chercher un coin où je mettrai en vente mes vieux livres et proposerai mes caricatures. De toute façon, même si j’avais pu exposer mes originaux, ce seraient les caricatures qui auraient le mieux marché. Mais il faudra que je me lève très tôt…  


23/09/2022
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Du 9 au 16 septembre : Et oui, j'aime Reiser et Amélie Nothomb, na !

Vendredi 9 septembre

 

19h : Scène ouverte au Temple du pharaon, premier événement de la saison culturelle organisé par le Collectif Synergie : l’occasion pour moi de retrouver quelques vieilles connaissances, de déclamer mes textes les plus récents (l’accueil est un peu plus froid pour mon slam sur Amélie Nothomb que pour mes autres poèmes, Il doit y avoir plus dans la salle plusieurs personnes qui refusent d’ouvrir les livres de l’intéressée car j’ai cru remarquer que ses pires détracteurs étaient ceux qui ne la lisaient même pas) et de faire quelques dessins tout en écoutant se produire en solo le chanteur du groupe Clara Vénus. Quand je montre mes crobards, les gens présents dans la petite salle semblent m’être favorables, ce qui me réconforte dans la période de doute que je traverse. 

 

Pour commencer, trois dessins sur la mort de la reine Elizabeth II qui défrayait encore la chronique ce jour-là...

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Quelques croquis représentant les artistes présents ce soir-là au Temple du pharaon...

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Quelques photos...

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Et deux dessins inspirés par les chansons du chanteur que vous voyez ci-dessus : la chanson écologiste "L'homme à pinces"...

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Ce dessin gagnerait à être colorié mais je n'en ai pas eu le temps.

 

...et "Selfie avec Jésus", consacré à une influenceuse qui a trouvé la mort en faisant un selfie dans une position dangereuse.

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Elle avait 32 ans. On pourrait lui appliquer les paroles d'une chansons de Renaud : "P'tite conne tu voulais pas mûrir, tu tombes avant l'automne juste avant de fleurir"

 

 

Samedi 10 septembre

 

18h : Je termine un dessin qui me tenait à cœur depuis un certain temps et je me surprends à en être satisfait : en l’examinant, je mesure le chemin parcouru depuis quelques années, je vois les erreurs que je ne commets plus, les effets que j’aurais été incapable d’obtenir il n’y a pas si longtemps… Ce crobard résume l’idée développée dans mon slam « Ibiza blues » : un type qui a la chance de vivre dans un cadre luxueux, au soleil, entouré de créatures en bikini, et qui préférerait un décor plus rustique, une ambiance hivernale, une gentille mamie… C’est un peu autobiographique de ma part, je l’avoue : je ne vis certes pas dans un cadre luxueux, mais je reste attaché aux ambiances rustiques, l’été n’est pas la saison que je préfère et depuis que ma grand’mère n’est plus de ce monde, j’ai parfois des manques…

 

Le dessin en question...

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...et le slam qui va avec :


 

Lundi 12 septembre

 

10h30 : Après un dimanche où j’ai éprouvé le besoin impérieux de souffler malgré mes récentes vacances, j’ai commencé la journée par un crochet à Bureau Vallée pour y acheter de grandes enveloppes matelassées : j’en ai besoin pour faire un envoi qui doit partir aujourd’hui même. Pour ne pas perdre de temps et expédier mon paquet dans le premier bureau de poste à ma portée, je fais mon paquet sur un banc, ce qui surprend une dame âgée qui rit de me voir faire mon courrier en pleine rue ! Un peu décontenancé, je me borne à lui expliquer que c’est une urgence : elle s’en contente et passe son chemin, mais je comprends mieux ce que devait ressentir Amélie Nothomb (comment ça « encore elle » ?) quand elle avait l’impression de faire figure de clownesse dans l’entreprise japonaise où elle travaillait…

 

11h : Il fait de plus en plus chaud et je me suis un peu trop couvert, ne m’attendant pas à ce qu’il fasse aussi lourd au début du mois de septembre à Brest ! Le réchauffement climatique ne me fait aucun bien… Cela influe-t-il sur mon psychisme ? Toujours est-il qu’à la poste, quand une employée m’interpelle, je ne comprends pas ce qu’elle me veut : je reste un instant comme deux ronds de flancs, telle Marguerite dans La différence invisible quand elle ne comprend ce que sa collègue attend d’elle[1]. Cette dame me tourne le dos, mais je la rattrape pour lui demander des éclaircissements : elle m’explique qu’elle croyait que j’avais des colis à expédier mais qu’elle a vu que tous mes paquets étaient à envoyer en lettre verte… Qui a été le plus ridicule de nous deux ?

 

11h30 : Casse-croûte à la cafétéria de la fac et lecture d’un quotidien : apparemment, l’Ukraine a infligé de sérieux revers à l’armée russe. J’ai envie de dire : et alors ? Peu importe qui la gagne, cette guerre ! D’accord, Poutine mérite qu’on lui résiste ! D’accord, c’est l’Ukraine qui est dans son droit en se défendant ! Mais que ce soit elle ou la Russie qui gagne, il n’y en aura pas moins autant de dégâts matériels et de pertes humaines ! On oublie un peu vite que les soldats russes ne sont pas forcément tous des barbares assoiffés de sang et sont probablement, dans la plupart des cas, de pauvres bougres qui ne font que subir ce que leur impose leur tyran… Je ne vois donc pas l’intérêt de compter les points pour savoir qui va gagner : au point on en est, il faut que la Russie perde, c’est entendu, mais il aurait mieux valu faire en sorte que cette sale guerre n’ait jamais lieu ! Il n’y a jamais de victoire au bout de la guerre : la guerre est déjà une défaite en soi, pour tout le monde. Absolument tout le monde.

 

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Egalement dans l'actualité ce lundi : la grippe aviaire qui fait des ravages chez les oiseaux marins...

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...la rentrée politique de Zemmour et le sable du Sahara qui débarque en France :

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En bonus : une caricature de Loïg Chesnais-Girard, le président de la région Bretagne.

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Ce monsieur, élu sous l'étiquette socialiste, se sent plus proche de Cazeneuve que de NUPES ; c'est drôle, je trouve que c'est marqué sur sa tronche !

 

Mardi 13 septembre

 

15h : Je reçois mon vieux complice pour une répétition en vue de la lecture d’Inconnu à cette adresse que nous sommes censés proposer samedi prochain au Fort Montbarey. Au grand désespoir de mon camarade, je suis incapable de ralentir mon débit oratoire : j’ai pourtant fait des progrès depuis l’époque pas si éloignée où j’étais quasiment inintelligible, mais même avec ça, j’ai beau commencer en parlant le plus lentement possible, je finis inévitablement par m’emballer et ma langue s’agite à la vitesse d’une formule 1 ! Je reste compréhensible, mais alors que nous disposerons d’une heure pour faire notre lecture, celle-ci risque d’être expédiée en moitié moins de temps ! Autant dire que le public aura intérêt à ne pas arriver en retard s’il ne veut pas en rater un gros bout… Mais je ne peux rien y faire : je n’oublierai jamais ce jour où une dame m’a dit que ma pensée allait plus vite que ma parole et que celle-ci suivait comme elle pouvait. En conclusion : il faudra bien faire avec !      

 

Mercredi 14 septembre

 

12h : Après quelques heures de boulot à la BU où j’ai finalisé le manuscrit d’un projet de livre pour la jeunesse, pause déjeuner à la cafétéria : en feuilletant le journal, j’apprends la mort de Jean-Luc Godard. J’avoue que je n’ai jamais vu ses films : je ne suis pas cinéphile pour deux sous et ce n’est pas ce que m’en a dit ma mère (qui, elle, aime sincèrement le 7e art) qui va me donner envie de me plonger dans la filmographie de ce personnage. Même la fameuse scène du Mépris ou Bardot demande à Piccoli s’il aime ses seins, ses fesses, ses lobes d’oreille et tout le tralala ne m’inspire pas du tout : j’ai toujours trouvé ce dialogue profondément ridicule pour ne pas dire digne d’un enfant de trois ans ! S’il faut s’extasier là-dessus pour être un cinéphile éclairé, je préfère rester inculte dans ce domaine !

 

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Autres personnalités à avoir eu les honneurs des médias cette semaines : Koffi Yamgnane...

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 ...et Julien Solé et Arnaud Le Gouëfflec, les auteurs de Monsieur Léon

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Un autre fait d'actualité : le rapport du conseil d'éthique sur l'euthanasie.

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Je suis un peu méchant. Dans l'absolu, j'aime bien Cazeneuve qui m'a tout l'air d'être un homme intègre et droit : mais sa conception de la gauche est dépassée et n'est plus pertinente face aux problèmes du monde d'aujourd'hui.

 

14h : Soutenance de thèse de Dimitri Poupon sur le massacre de Penguerec, perpétré à Gouesnou le 7 août 1944 par la Kriegsmarine[2]. La thèse avait été co-financée par la mairie de la commune concernée, où le massacre en question a laissé une plaie vive dans les mémoires, ce qui explique peut-être pourquoi aucune étude sérieuse, même judiciaire, n’avait été vraiment consacrée à cet épisode traumatisant. Ce qui ressort surtout du travail du jeune historien, c’est que le massacre n’a probablement pas été commis par des sous-mariniers fanatisés comme on a pu le prétendre jusqu’à présent mais plus vraisemblablement par des fusiliers marins casernés à proximité de la commune, qui n’étaient pas plus nazifiés que la plupart des soldats de l’armée du Reich mais qui, alors que les Alliés approchaient du site où ils étaient casernés, se sentaient dans leur droit en jouant ainsi leur dernière carte. Ne l’oublions jamais : les actes les plus innommables ont souvent été perpétrés par des individus tout à fait ordinaires et non par des monstres. C’est même précisément ce qui les rend effrayants puisqu’ils nous rappellent que nul n’est à l’abri de basculer dans la folie meurtrière… Bon, on enchaîne ?

 

Dimitri Poupon

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Jeudi 15 septembre

 

11h : Une amie qui devait me rendre visite aujourd’hui m’annonce qu’elle préfère reporter à cause de tous les ennuis qu’elle rencontre sur son lieu de travail. Comme quoi la souffrance au travail n’est pas un mythe élaboré par des gauchistes illuminés ni un prétexte de fainéants pour ne pas aller bosser : pas étonnant, après ça, qu’il y ait pénurie de main-d’œuvre dans certains pays ! Les gens ne voient plus l’utilité de participer à ce jeu de dupes et de perdre leur vie à faire tourner une machine qui les broie avant de mener le monde à sa perte ! Ça me rappelle une planche de Reiser avec ce dialogue entre un corbeau et un ouvrier retraité :

 

- Quel âge tu as ?

- Tiens, un corbeau. 65 ans.

- Moi aussi.

- Tu les fais pas…

- J’ai jamais été en usine, moi… Pourquoi t’as travaillé ?

- Pour vivre.

- Moi aussi j’ai vécu.

- Moi, j’ai eu des congés payés.

- Moi, j’ai été tout le temps en vacances.

- J’ai voyagé.

- J’ai vu plus de pays que toi.

- Je suis à la sécurité sociale.

- Moi, je suis en bonne santé.

- Je suis civilisé, moi !

- À quoi ça te sert ? À mon page, tu peux à peine marcher.[3]

 

Ce dialogue date des années 1970, on le croirait d’aujourd’hui ! Reiser avait compris avant tout le monde l’absurdité, qui est en train de nous péter à la gueule, de ce système. Ce n’est pas le surmenage qui l’a emporté : on parlera encore de son œuvre quand beaucoup d’entreprises d’aujourd’hui seront liquidées et oubliées depuis longtemps, la pression morale exercée sur leurs salarié(e)s les ayant finalement menées à la faillite…

 

18h : Toujours dans l’optique d’une publication, j’achève la relecture d’une bonne partie du journal que vous êtes en train de lire : j’en suis à l’automne de l’année dernière et je ris presque de me revoir vitupérer contre les masques qu’on nous imposait encore un peu partout – non sans atermoiements d’une semaine sur l’autre suivant le degré d’inquiétude que l’épidémie inspirait à nos dirigeants. En revanche, quand je retombe sur les promesses que je faisais à moi-même et que je n’ai pas tenues, notamment celle de limiter mon temps de présence sur les réseaux sociaux, je rigole un peu moins voire pas du tout…

 

20h : J’ai vent du fait que dans la version live de La petite sirène de Disney, dont la sortie est prévue pour l’année prochaine, Ariel serait jouée par Halle Berry ! J’en suis un peu étonné, non pas parce que la sublime Halle est noire mais parce qu’elle n’a plus tout à fait l’âge du rôle : elle ne les paraît pas, mais elle a tout de même 56 ans et ne serait donc que moyennement crédible dans le rôle d’une adolescente qui découvre la passion amoureuse et se retrouve dépassée par ce sentiment qu’elle ne maîtrise pas. Renseignement pris, je découvre qu’il y a en fait une confusion entretenue par quelques ignares : ce n’est pas Halle Berry mais Halle Bailey, une autre actrice afro-américaine, qui jouera le rôle de la sirène. Outre le fait qu’elle n’a pas tout à fait le charisme de sa collègue oscarisée, Halle Bailey n’a que vingt-deux ans (trente-quatre de moins) et constitue donc une cible plus facile pour les mâles blancs qui ne supportent pas que les petites filles puissent rêver aux aventures d’une demoiselle noire… C’est à des petits riens comme ça qu’on voit qu’il y a encore du boulot ! Malcolm X est parti trop tôt…

 

Vendredi 16 septembre

 

9h15 : J’arrive, toujours largement en avance, au cimetière Saint-Martin pour assister à l’inauguration de la chapelle Grandjean qui a été rénovée récemment. Je suis un peu chargé car j’ai prévu de profiter de cette virée en ville pour faire un don de vieux bouquins pour une foire aux livres organisée par la librairie Dialogues – retenez bien ce détail qui a son importance pour la suite. La gardienne du cimetière m’accueille et me dit qu’il est aisé de repérer la chapelle en question : elle est encadrée de deux palmiers ! La présence de ces arbres exotiques à Brest n’est pas étonnante en tant que tel : ma ville a accueilli de grands voyageurs qui n’ont pas manqué de ramener des végétaux des terres qu’ils ont explorées et le climat finistérien, plutôt tempéré, se prête fort bien à la culture de plantes de tous horizons... Mais dans un cimetière, c’est quand même surprenant !

 

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9h30 : En attendant l’inauguration qui doit avoir lieu dans une demi-heure, j’entame un croquis du monument funéraire ; me voyant assis sur le tabouret pliant que j’ai pris la précaution d’emmener, la gardienne se propose de l’ouvrir pour que je puisse en découvrir l’intérieur avant tout le monde. Je n’ose pas refuser et, délaissant brièvement mon crayon pour mon appareil photo, je pénètre dans la chapelle où je découvre l’horrible vérité : l’édifice avait été érigé par des parents en hommage à leur fille disparue à l’âge de seize ans ! Ce qui aurait pu passer pour une manifestation d’orgueil de notables désireux d’étaler leur richesse même après la mort était en fait l’expression du chagrin inconsolable de parents qui avaient vu mourir leur enfant – je ne connais pas pire drame, je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi ! Mon article risque de faire pleurer dans les chaumières…

 

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9h45 : Alors que je termine mon croquis, les huiles commencent déjà à affluer, dont un représentant de la Fondation du patrimoine qui me complimente pour mon modeste dessin. À part madame Berthou-Ballot qui représente la municipalité, je ne connais pas grand-monde, ce qui me donne une position privilégiée pour percevoir le paradoxe de la situation : tous ces gens qui ont présidé ou participé, directement ou non, à la rénovation de ce bâtiment, sont tous très contents de se retrouver et de saluer l’aboutissement de leurs efforts, et je me dis qu’il est bien rare de voir autant de gens de bonne humeur dans un cimetière !

 

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10h : L’inauguration proprement dite commence enfin ; les discours s’appesantissent surtout sur le processus ayant conduit à la rénovation de la chapelle et au dispositif dans lequel elle s’inscrit, je n’apprends donc pas grand’ chose sur le bâtiment en tant que tel. Je sursaute quand même un peu quand on dit qu’il est question d’encourager les Brestois à visiter davantage les cimetières et à en faire, je cite, « des lieux de vie » ! De là à encourager les citoyens à aller faire l’amour dans ces endroits comme l’a dessiné Reiser (comment ça « encore lui » ?) en 1974[4], il n’y a qu’un pas !

 

Un zombie sortant de la chapelle... Mais non, je déconne, c'est moi !

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10h30 : N’ayant rien pu tirer de plus concernant la famille Grandjean (vraisemblablement des notables de Landerneau) ni sur les autres caractéristiques insolites de la chapelle (pourquoi des palmiers ?), je décide de ne pas m’attarder et de descendre à pied la rue Jean Jaurès, direction Dialogues enfants, où doit se faire le dépôt des livres. La distance ne me semble pas justifier que je prenne le tram, mais avec mon chargement, la route est quand même peu confortable. Je m’accroche néanmoins, pensant au bien que j’éprouverai une fois que je repartirai allégé…

 

11h : J’arrive à destination et je comprends tout de suite que je suis tombé sur un os : pour cette édition, ils ne prennent que les livres pour enfants ! J’aurais pu m’en douter au vu de la façon dont la collecte était annoncée, mais comme ce n’était exprimé explicitement à aucun moment, je me suis foutu dedans ! Encore une fois, ma difficulté, typique des autistes Asperger, à saisir l’implicite, m’aura joué un tour. Je fais cependant contre mauvaise fortune bon cœur et je décide de faire un aller-retour jusqu’à chez moi pour ne pas devoir trimbaler mon chargement tout au long de cette journée qui s’annonce déjà bien remplie.

 

11h30 : C’est bien ma veine : il a fallu que le chauffeur de bus se trompe et oublie de tourner ! Je me tape une distance supplémentaire à pied avec ma cargaison sur le dos et je commence déjà à saturer, d’autant que je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit, comme à chaque fois que je me laisse emballer par l’enthousiasme que m’inspirent les promesses dont la vie semble parfois remplie… J’espère donc de tout mon cœur que cette contrariété était la dernière ! C’est drôle, je n’y crois pas tellement…  

 

13h : Une fois revenu au centre-ville et après avoir avalé quelques frites pour tenir toute la journée, je me rends dans un bar doté de la wifi histoire de poursuivre la rédaction du présent journal et de relever mes messages. Une chape de plomb me tombe dessus : un administrateur du musée de la marine m’a écrit pour me signaler que la salle consacrée au canon La Consulaire, que je mentionnais dans mon dernier article paru dans Côté Brest, n’existe plus depuis cinq ans ! Je lui explique que je m’étais appuyé sur une source de 2019 qui relayait cette information alors qu’elle était déjà obsolète : je doute que cela suffise à le convaincre de ma bonne foi et de mon professionnalisme ! Voilà ce qui arrive quand on veut aller trop vite…

 

15h : Troisième et dernière répétition de la lecture d’Inconnu à cette adresse : mon camarade et moi-même sommes de moins en moins surpris par le texte, nous devrions réussir à faire quelque chose d’acceptable en dépit du fait que je suis autiste et lui dyslexique. Ce n’est que sur la route du retour que j’ai une idée pour rattraper le coup avec le musée de la marine : pourquoi ne pas lui demander ce qu’il y a désormais à la place de la salle consacrée à la Consulaire et, par voie de conséquence, y consacrer un article ? Hélas, je ne pourrai pas soumettre la suggestion tout de suite car je n’aurai pas facilement accès à Internet avant la fin de la soirée… Vivre sans smartphone a aussi un prix, de nos jours. Mais je suis prêt à le payer, ça me semble toujours moins cher que ce fil à la patte électronique !      

 

17h30 : Le dessinateur David Sala est venu à la fac parler de son album Le poids des héros qui évoque son rapport avec son histoire familiale, marquée notamment par le parcours de ses grands-parents, républicains espagnols exilés en France. Il a traité le sujet dans un style graphique assez nouveau pour lui et va jusqu’à dire qu’à ses yeux, il faut constamment se renouveler, ne jamais avoir le même style d’un album à l’autre et ne pas faire comme Hergé ou Uderzo qui ont fait à peu près les mêmes dessins tout au long de leur carrière. J’ai un peu de mal à être d’accord avec lui, notamment parce que je peine à croire qu’un auteur puisse vraiment s’affranchir de son style qui est souvent l’expression de son individualité. Bien sûr, on évolue. Bien sûr, les changements peuvent être brutaux. Mais de là à en faire une exigence absolue ! De surcroît, je ne vois rien de honteux à garder un style de dessin constant et à en exploiter jusqu’au bout les potentialités. Je raisonne en vieux con ? Peut-être. Comme disait Wolinski, « finalement, être un vieux con et dire comme Ingres : « N’étudiez le beau qu’à genoux », ça ne me déplaît pas »[5]… Mais je chipote : quand il justifie son choix de traiter avec des couleurs vives ce sujet douloureux (certaines scènes se passent au camp de Mauthausen !), je ne peux qu’être d’accord avec lui ; on a trop tendance à penser que ces moments terribles ne pouvaient avoir lieu que sous la pluie et n’être représentés qu’en noir et blanc, ce qui est une façon de se rassurer en situant ces horreurs dans un autre monde. Seulement voilà : ça ne s’est pas passé dans une autre dimension ou sur une autre planète mais bien sur cette même Terre que nous foulons aujourd’hui, les déportés ont donc vécu leur calvaire avec les mêmes couleurs que celles que nous voyons au quotidien et rien ne s’oppose à ce que le soleil ait brillé sur les camps nazis ! Il faut vraiment être con comme l’était Aznavour pour s’imaginer que la misère serait moins pénible au soleil : au contraire, vieux nabot, la souffrance est encore plus insupportable quand la nature est en fête autour de toi et manifeste son indifférence totale pour les peines humaines ! En somme, représenter les souffrances des déportés en couleurs vives, c’est pertinent car ça n’adoucit rien du tout, bien au contraire : ça nous rappelle que c’est arrivé dans notre monde, et ça n’en est que plus effrayant… Bon, on passe à autre chose ?  

 

David Sala croqué (avec peu de complaisance) par votre serviteur :

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19h45 : Arrivée à Kafkerin où le Collectif Synergie inaugure un nouveau partenariat en organisant une nouvelle scène ouverte. Je ne suis pas de très bonne humeur : la rue Auguste Kervern, où est situé ce café associatif, est toujours barrée pour cause de travaux et le bus a donc fait une déviation à laquelle je ne m’attendais pas… Sans aller jusqu’à dire que j’ai collectionné les contrariétés, ça en fait tout de même au moins une de trop, d’autant que j’ai eu peur, à cause de ce changement d’itinéraire, de ne pas accéder facilement à cet établissement. De surcroît, quand j’entre, je suis un peu déçu : je m’attendais à une ambiance intime et feutrée et je suis ébloui par une orgie lumineuse ! Je suis à deux doigts de paniquer quand je ne retrouve pas Claire Morin et ses acolytes : je les retrouve finalement dans l’arrière-salle, en train de casser une graine… Je fais part de mes mésaventures : une autre slameuse espère me réconforter en me disant que c’est fini et que je vais pouvoir être plus « relax », mais elle ignorait qu’il ne faut jamais prononcer ce mot en ma présence et le cri que je pousse le lui apprend à ses dépends ! Elle m’a heureusement vite pardonné. Que dire de la scène ouverte en tant que telle ? Pas grand-chose d’autre que celle de la semaine dernière, si ce n’est la prestation d’un jeune homme reprenant une chanson de Céline Dion, un grand moment d’humour involontaire ! J’ai cependant du mal à en rire car la fatigue se fait sentir. Pas aux yeux du public qui apprécie mes passages sur scène, fort heureusement.

 

Quelques croquis de la soirée...

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...et des photos (prises dans d'assez mauvaises conditions, il faut bien le dire).

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22h30 : Rentré au bercail, je relève mes messages et je découvre, entre autres, un message de refus d’un éditeur pour mon Voyage en Normalaisie : je suis un peu découragé et je n’exclus pas de ne sortir demain que pour la lecture que je suis censé assurer, faisant autant fi des journées du patrimoine et des rencontres brestoises de la BD. Après tout, je fais déjà beaucoup pour le patrimoine et la bande dessinée à longueur d’année, le plus souvent en étant bien mal récompensé, ce n’est pas en multipliant les sorties que je vais réaliser mon œuvre…

 

Voilà, c'est tout pour cette semaine, à la prochaine !



[1] MADEMOISELLE CAROLINE & DACHEZ Julie, La différence invisible, Delcourt, Paris, 2016, pp. 56-57.

[2] POUPON Dimitri, Le massacre de Penguerec : Gouesnou, le 7 août 1944. Récits et mémoires d’un traumatisme (1944-2021) Cf. https://www.theses.fr/s213381

[3] REISER Jean-Marc, La vie des bêtes, Square, Paris, 1974, p .68.

[4] REISER Jean-Marc, On est passé à côté du bonheur, Albin Michel, Paris, 1994.

[5] « Wolinski est un grand artiste contemporain » in Les années Wolinski, Glénat, Grenoble, 2018, p. 88.


17/09/2022
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Du 5 au 9 septembre : La reine est morte. Et vous, ça va ?

Lundi 5 septembre

 

8h30: J’arrive à la bibliothèque universitaire pour avancer dans un travail plus chronophage que je ne le pensais : remaquetter le présent journal afin de le rendre présentable pour les éditeurs. Je trouve une petite salle où je peux facilement m’isoler : j’y suis seul, il n’y a pas de bruit, peu de lumière et je n’arrive même pas à me connecter à Internet. Bref, il n’y a rien pour me perturber, c’est un cadre de travail parfait pour un « aspie » comme moi.

 

11h30 : M’étant levé tôt, je vais déjà à la cafétéria de la faculté pour casser la croûte. Je renoue avec la vieille habitude d’y feuilleter le journal pour trouver l’inspiration, même si la cafétéria a beaucoup changé et n’a plus tout à fait l’ambiance qui me motivait tant jadis. Je prends tout de même sur moi, bien décidé à prouver, au moins à moi-même, que je suis capable de tenir la distance et de devenir un dessinateur professionnel… Deux articles ne m’inspirent pas vraiment de dessins mais m’interpellent quand même : premièrement, je ricane en apprenant les difficultés auxquelles doivent faire face aujourd’hui les fournisseurs d’électricité privés qui s’étaient créés à la suite de l’ouverture à la concurrence il y a une quinzaine d’années ; certains sont même obligés de demander à leurs clients d’aller voir ailleurs voire de revenir chez EDF ! Conclusion évidente : la privatisation, ça peut marcher tant qu’on est sûr de disposer de la marchandise, mais dès que le marché devient plus incertain, on réalise à quel point le monopole public était une sécurité… Un peu plus loin, il est question de réfugiés qui « occupent » un immeuble en voie d’être détruit en région parisienne… Personnellement, le terme « occuper » me paraît mal choisi : ces malheureux ne séjournent pas en ce lieu comme une armée d’occupation accaparerait un territoire conquis, ils se réfugient en un lieu où ils peuvent être, au moins provisoirement, à l’abri des intempéries, des persécutions policières, et accessoirement, du rejet des gens du coin… Bref, en affirmant qu’ils « occupent » un lieu inoccupé où le confort est sûrement des plus précaires, on fait passer des victimes pour des envahisseurs : je sais bien que travailler dans un quotidien n’est pas facile et qu’écrire : « des réfugiés se sont réfugiés », ça fait doublon, mais il doit bien y avoir un synonyme, non ?


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Autres sujets qui m'ont inspiré : le départ de Boris Johnson...

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Le "Conseil National de la Refondation" qui ne séduit pas vraiment l'opposition...

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Les déclarations de Bernard Cazeneuve sur la "toutouïsation" de la gauche...

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13h30 : Je me remets au boulot : c’est assez plombant pour le moral car je me repasse la période où je m’étais réfugié (on n’en sort pas !) chez mes parents en attendant que le plus gros de la crise sanitaire soit passé. Je n’arrive toujours pas à rire de ce que nous avons enduré à ce moment-là : en revanche, je relativise énormément les problèmes actuels, y compris la crise de l’énergie ! J’ai honte de l’écrire, mais quand je repense à ce qu’était la situation il y a un an et demi, je me dis que la hausse des prix du gaz et de l’électricité est finalement peu de chose ! J’aime mieux être fauché et libre de mes mouvements que rester cloîtré chez moi avec les poches remplies !

 

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Mardi 6 septembre

 

14h : Pour récupérer un colis, je me rends au magasin « Shangaï Style », situé rue Louis Pasteur : j’étais souvent passé devant, je n’avais encore jamais eu l’occasion d’y entrer. Alors c’est quoi ? Une sorte de bazar où l’on vend tout un tas de saloperies vaguement asiatiques, dont des pandas en peluche… De toute façon, étant donné que je suis obligé de faire la queue derrière deux personnes qui viennent pour les mêmes raisons que moi et que le local est encombré de paquets qui attendent d’être retirés, je me dis que le magasin doit surtout vivre du dépôt de colis ! La charmante personne (les femmes asiatiques ont toutes un charme délicat) qui m’accueille aurait plus vite fait de reconvertir son établissement en le consacrant uniquement à cette activité qui n’a rien de déshonorant et est sûrement plus utile à la société que le commerce de babioles dont même les touristes allemands ne voudraient pas !

 

Mercredi 7 septembre

 

10h30 : Légèrement désemparé et quelque peu inquiet pour mon avenir proche, je rends visite à une historienne de mes amis : je lui fais part de mon envie de refaire une thèse, cette fois en histoire, avec un sujet en lien avec la bande dessinée, histoire de faire fructifier l’expérience accumulée ces dernières années en proposant un cours sur l’histoire de la BD francophone. Après tout, un autre « Asperger notoire, Josef Schovanec a lui aussi deux doctorats. Mon interlocutrice juge mon idée réalisable mais m’exhorte à ne pas me précipiter : c’est vrai que je peux encore donner une chance à ma carrière artistique…

 

Quelques dessins : d'abord sur la nouvelle première ministre anglaise qui aime les patrons et beaucoup moins l'écologie...

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Les pénuries diverses et variées dans les magasins...

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La censure de la presse en Russie, dont le journal Novaïa Gazeta est présentement victime...

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Et enfin, la hausse de la taxe foncière.

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Jeudi 8 septembre

 

14h : Bref passage chez mon vieux complice pour répéter en vue de la lecture de Inconnu à cette adresse que nous sommes censés proposer la semaine prochaine au fort Montbarey dans le cadre des journées du patrimoine : nous réalisons ainsi qu’à nous deux, il nous faut moins de trois quarts d’heure pour lire à voix haute l’intégralité de l’œuvre. Comme je suis antifasciste primaire et que je n’arrive à accorder aucune circonstance atténuante à celles et ceux qui se laissent séduire par les thèses d’extrême-droite, je me réserve le rôle le moins pénible, celui du Juif résidant en Amérique et qui garde les yeux ouverts pendant que son correspondant est aveuglé par le magnétisme du petit caporal autrichien… Il n’empêche que le texte est tristement d’actualité et que c’est assez glaçant ! J’espère que nous aurons du public…

 

19h : Je retrouve La Raskette et sa scène ouverte du jeudi soir. Comme je suis connu des serveurs, que j’ai presque tous caricaturés, et que l’animatrice de ces soirées, Éléonore, n’a pas son pareil pour mettre les gens en confiance, je me sens chez moi dans ce bistrot. Il n’y en a pas tant que ça, des lieux où je me sens facilement à l’aise…

 

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19h50 : J’ai le douteux privilège d’être le premier à passer sur scène, après Éléonore qui a, une fois de plus, été particulièrement brillante avec ses improvisations sur des poèmes classiques, dont des œuvres de Joachim Du Bellay et Victor Hugo – qui méritait amplement d’être qualifié de plus grand poète français et j’emmerde André Gide. Après ça, je pourrais avoir l’air nouille, mais mes slams semblent plaire, en particulier « Ça m’intéresse pas » : Éléonore, en particulier, me félicite pour ma sincérité, il est vrai que c’est sans doute un des textes les plus personnels qu’il m’a été donné de rédiger…

 

Le slam en question :

 

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21h : Toujours à La Raskette, un SMS de ma mère m’apprend la mort de la reine d’Angleterre. C’est terrible, de mourir si jeune, pas vrai ? À mon avis, elle en a dû en avoir marre d’avoir des con(ne)s comme prime minister depuis quelques temps et les discours anti-écologistes de Liz Truss lui ont donné le coup de grâce ! Commencer son règne avec Winston Churchill et le finir avec Boris Johnson, ça doit dégoûter de la vie… Profitant d’avoir mon matériel, je réalise à toute vitesse le dessin que vous pouvez vois ci-dessous : je ne peux l’empêcher de le montrer à mes plus proches voisines, visiblement des proches du jeune (et talentueux) pianiste qui est en train de se produire sur scène ; elles éclatent de rire en voyant l’œuvre sacrilège, ce que j’apprécie d’autant plus que je me rends compte après coup que ces dames… Sont toutes anglaises ! Il y a des moments comme ça qui sont particulièrement délicieux…

 

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22h30 : Il est temps pour moi de rentrer. J’attends le bus en compagnie d’une jeune fille qui semble particulièrement angoissée, craignant ne pas pouvoir attraper à temps la rame qui la conduira jusque chez elle. Quand elle monte dans le véhicule, le conducteur lui fait comprendre qu’elle est obligée de changer à Liberté : quand nous descendons à cet endroit, elle découvre, effarée, qu’elle doit attendre trois quarts d’heure pour sa correspondance contre seulement dix minutes pour moi… On a un bon réseau de transports en commun à Brest, dire le contraire serait malhonnête, mais on peut encore faire mieux !

 

Vendredi 9 septembre

 

10h30 : Au marché, je fais la queue devant le fromager. La cliente qui est juste devant moi faisait partie de l’auditoire à ma dernière conférence : elle me félicite encore une fois pour mes causeries. Touché par cette marque d’admiration alors que je suis en pleine période de doute, je fais la bise à cette dame âgée, histoire de retrouver pendant quelques secondes le plaisir d’embrasser une gentille mamie… Si vous n’avez pas pleuré sincèrement à la mort de votre grand’mère, je vous interdis de rigoler !

 

11h : Après avoir rangé mes courses, j’apprends enfin une bonne nouvelle : mon inscription aux cours publics des beaux-arts de Brest a été prise en compte, je vais donc pouvoir poursuivre mes progrès sous l’égide de Delphine, cette prof géniale que j’aurais aimé avoir dans le secondaire… L’espoir renaît.

 

16h : En vue d’un article pour Côté Brest, entrevue avec le président et la secrétaire générale d’une association qui vient en aide aux femmes gérant une éco-ferme au Burkina Faso. La secrétaire s’appelle Elisabeth : encore une qui en aura vite marre d’entendre son prénom partout, à plus forte raison si c’est pour qu’on lui dise qu’elle est morte ! Le président, lui, est burkinabé et réside à Brest depuis son mariage avec une française : l’amour dépasse encore les frontières, ça rassure…

 


09/09/2022
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Du 29/08 au 3/09 : Viens donc faire un retour à Lambé

Lundi 29 août

 

15h45 : Après une bise à mes parents, me voici dans le TER : je quitte la Sarthe, et c’est la dernière fois que je l’écris. Et oui : les auteurs de mes jours ne vont pas en rajeunissant et, craignant n’avoir bientôt plus l’énergie nécessaire pour entretenir notre maison de campagne, ils ont décidé de la revendre. Comment prends-je cet adieu à notre résidence champêtre ? Plutôt bien, en fin de compte. Certes, il ne m’est pas indifférent de quitter définitivement un lieu où j’ai tout de même passé l’équivalent de trois à quatre ans de ma vie, mais j’avoue que je suis plutôt soulagé de me dire que je n’aurai plus à faire des kilomètres rien que pour passer du temps avec mes géniteurs et, surtout, que je ne serai pas tenu de gérer cet héritage : je ne me voyais absolument pas m’occuper de cette maison à la place de mes parents, lesquels, en la vendant cette maison, prouvent qu’ils n’attendent pas de moi la poursuite d’une quelconque tradition familiale et affichent, au contraire, leur respect de ma liberté. Et ça, c’est une vraie marque d’amour filial, ou je me trompe ?  

 

16h15 : J’avais pris un billet de retour en semaine pour éviter la cohue des week-ends. C’est un peu raté : il y a un monde fou dans la gare du Mans où je dois prendre une première correspondance. Je constate qu’il y a peu de gens masqués malgré le port « recommandé » sur les tickets : après les visions cauchemardesques de l’an dernier, un tel spectacle aurait tout lieu de me réjouir si je n’étais pas à ce point allergique à la foule. Mais surtout, quand je monte dans le TGV, je commence déjà à avoir la nostalgie de notre maison de campagne : je vais peut-être vite, mais je suis surtout confiné (oups…) dans un espace réduit, obscur et étouffant, au milieu d’inconnus agressifs, dont une gamine qui prend le wagon pour la cour de récré… Pour moi qui, pendant un mois, n’ait connu que l’espace, la lumière, le grand air, la solitude et le silence, quel contraste ! Encore heureux que le train est rapide car je n’ai pas envie de m’y attarder…

 

17h45 : Deuxième et dernière correspondance à Rennes. Le TER est déjà bondé, trouver une place fenêtre s’y révèle rapidement une vue de l’esprit. En désespoir de cause, j’opte pour une place couloir à côté d’une gourdasse dont les yeux sont déjà braqués sur son smartphone : quand je le lui demande, elle me dit descendre à Saint-Brieuc, j’aurai donc la place fenêtre pendant la moitié du trajet et je peux prendre en patience un mal qui n’est pas si grand car, une fois encore, le TER s’avère bien plus aéré, plus confortable, plus éclairé… Bref, mille fois plus vivable que son cousin à grande vitesse : j’apprécie d’autant que je ne vais pas moins vite qu’avec le TGV qui mettrait à peu près autant de temps pour relier Rennes à Brest ! Je tue néanmoins le temps en écrivant une lettre : évidemment, avec les cahots et les virages, ce n’est pas très facile…

 

19h : La passagère briochine descend, je peux ainsi prendre la place fenêtre. Je constate que le train, ou du moins le wagon dans lequel je me trouve, s’est rapidement vidé : manifestement, la majorité des voyageurs n’allait pas jusqu’à Brest. Je n’en tire pas de conclusions concernant l’attractivité de ma ville et  je ne boude pas mon plaisir d’être un peu plus tranquille ! Tiens, ça rime, serais-je un poète ?

 

20h : Enfin arrivé à Brest où je suis attendu par un couple d’amis et leurs enfants : ces retrouvailles achèvent d’adoucir mon retour qui, du fait de la vente de la maison sarthoise, aurait pu être légèrement amer. Avant que ces braves gens ne me ramènent chez moi à Lambé, je les invite dans une crêperie : nous passons un agréable moment, le menu semble agréer mes commensaux... Puis vient l’heure de partir et de payer : grand seigneur, je dégaine ma carte bancaire, je la fais passer machinalement sur l’appareil prévu à cet effet… Et ça ne marche pas ! Et oui : le montant de l’addition dépasse le plafond du sans contact ! Alors j’insère ma carte, je tape mon code… Et ça ne marche pas non plus ! Je prends conscience que, n’ayant plus utilisé ma carte depuis plus d’un mois, je suis incapable de me rappeler de mon code ! En désespoir de cause, je paye donc, sans contact, un montant n’excédant pas le plafond, et mon amie consent, en échange de ma promesse de la rembourser intégralement, à régler le reste… Non seulement je ne suis pas fier de moi mais, à peine rentré, je fais face à un premier souci : il va falloir que je contacte ma banque pour retrouver mon code et je frissonne déjà rien qu’à imaginer les fourche caudines sous lesquelles il va falloir passer…

 

Puisqu'on parle de l'amitié, voici un dessin offert à un ami qui aurait l'âge d'être mon père :

 

06-28-Paul et moi.jpg

 

Mardi 30 août

 

11h : Après quelques courses matinales, j’entreprends le dépouillement de mes messageries. Les courriers électroniques ne se sont pas tant que ça amassés pendant mon absence, j’en ai une trentaine à tout casser, mais la tâche est considérablement ralentie par un certain nombre de caprices de la technique. Je repense au compagnon de mon amie qui, hier soir, me parlait de phénomènes inexpliqués évoqués par certains youtubeurs : je pourrai lui répondre désormais qu’il n’est pas besoin d’aller chercher loin pour trouver du paranormal, il suffit d’ouvrir son ordinateur pour avoir droit à son lot d’invraisemblances…

 

20h30 : Il est encore tôt, mais je me couche déjà : les journées à venir s’annoncent bien pleines et je ne tiens pas à épuiser en quelques jours mes batteries rechargées en un mois. De surcroît, je suis quelque peu contrarié : ce matin, j’ai bien appelé la banque, ils m’ont promis qu’ils m’enverraient un SMS auquel je devrai répondre en tapant une clé digitale afin qu’on me renvoie mon code… Et je n’ai toujours rien reçu. C’est bien embêtant car il me faudra absolument du liquide si je vais au marché vendredi et, surtout, pour le vide-grenier de dimanche auquel je suis inscrit…

 

Mercredi 31 août

 

9h : Je me rends au centre-ville à pied pour régler quelques affaires courantes. Chemin faisant, je m’aperçois que le SMS promis par ma banque est enfin arrivé : comme je sais où trouver la clé digitale que je dois taper, je me dis que je m’occuperai de ça une fois rentré et qu’alors, mes ennuis seront terminés ! Naïf que je suis…

 

10h : Entre autres impératifs, je dois faire recharger les cartouches de mon imprimante. Je me dirige donc vers la boutique à laquelle j’ai l’habitude de confier cette tâche : j’attrape juste à temps le patron qui est obligé de s’absenter et qui me promet que ce sera fait en début d’après-midi. Jusqu’ici, tout va bien…

 

10h30 : Passage à la librairie Dialogues pour acquérir une nouveauté de la rentrée littéraire qui, je le sais, fera plaisir à un être cher. Je risque un coup d’œil au rayon BD et je tombe sur la couverture d’un album intitulé La mort de Spirou ! Sincèrement, ça me fait un choc : je voudrais, telle l’élite bédephile éclairée que je suis censé représenter, pouvoir m’extasier devant cette audace, mais je garde un cœur d’enfant qui se révolte contre la mise à mort de son héros… Et puis est-ce vraiment une audace ? Ce n’est même pas la première fois qu’on se permet de tuer un héros de BD « grand public », il y a déjà eu la mort de Rahan, celle de Superman et même celle de Jeannot – si, si, cherchez bien ! Bref, on peut déjà douter de l’originalité du procédé, d’autant qu’à chaque fois, il s’avère que le héros n’était pas vraiment mort… Mais je ne vous ferai pas la critique de cet album que je n’ai même pas osé lire : je ne pense pas que c’était le but poursuivi par les auteurs – qui ont sûrement beaucoup de talent.  

 

 

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10h45 : Visite à mon ami Jean-Yves qui, entre autres, me parle de la récente arrivée de Yann Quénet à Saint-Brieuc au terme d’un tour du monde à bord de son minuscule voilier Baluchon : il y avait une telle foule au port, avec notamment une affluence record de journaliste, que Jean-Yves n’a même pas pu boire un godet avec son ami Yann ! Cela dit, l’engouement médiatique inspiré par son périple est on ne peut plus légitime : il a tout de même fait un tour complet du globe avec un matériel rudimentaire, c’est autre chose que ces navigateurs bardés de fric et de sponsors, qui se bornent à traverser l’Atlantique à bord de bateaux sophistiqués et bourrés d’électronique, et dont la seule véritable audace est celle qui les pousse à se qualifier de héros ! Souhaitons donc à Yann des retombées à la hauteur de son courage…

 

31 (1).JPGDeux oiseaux marins en pleine dispute près des halles Saint-Martin - celui de gauche est un goéland, celui de droite, je ne sais pas.

 

12h : Pour les besoins d’un article, il fallait que je prenne des photos de la rade depuis la cabine du téléphérique : tant qu’à faire de passer aux Capucins, j’en profite pour aller déjeuner à La Fabrik 1801, histoire d’écouler enfin les cartes qui m’avaient été données en remerciement de mon cadeau à l’ambassadeur de Thaïlande[1] – ça remonte à février 2020, date où j’étais à des lieues d’imaginer qu’on allait nous priver de toute vie sociale un mois plus tard, et entretemps, même quand les restaurants avaient pu rouvrir, j’avais préféré limiter les sorties à cause de ce satané masque dont je ne supportais ni le port ni la vue ! Bref, je passe les détails, mais depuis, le restaurant a eu le temps de changer son système et mes cartes n’ont plus cours ! Toujours cette sale manie du changement qui caractérise les gens dits normaux, toujours si pressés de tout changer afin que rien ne change… Histoire que je ne perde pas tout, la caissière m’accorde une réduction : je l’ai tout de même mauvaise, heureusement que la bouffe est bonne !

 

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13h15 : Je n’ai pas mangé à toute vitesse, mais je n’aime pas m’attarder dans les endroits où je n’ai plus rien à faire. Je me retrouve donc en bas de Siam et il me reste encore trois quarts d’heure à tuer avant de pouvoir aller récupérer mes cartouches. Pour patienter, je trouve un coin à peu près tranquille pour lire le dernier Côté Brest : il n’y a pas d’article de mon cru cette semaine, sans doute faute de place, je vais donc pouvoir attendre la semaine prochaine pour en écrire un nouveau. Quand je lève les yeux de mon journal, j’ai la confirmation de ce que je soupçonnais déjà depuis ce matin : il y a beaucoup de gosses dans les rues – par « gosses », j’entends aussi bien les enfants que les adolescents. Rien d’étonnant à cela : la journée est ensoleillée, c’est même, d’après les prévisions météo, la dernière belle journée à laquelle Brest aura le droit avant un bon moment, et surtout, demain, c’est la rentrée des classes ! Alors les jeunes en profitent, c’est bien normal… Je ne peux que les approuver : je n’aimerais pas tellement devoir retourner à l’école, je dirai même que ça m’horripilerait ! Et oui, ce n’est pas parce qu’on a été un bon élève qu’on aime l’école ! Pourquoi aimerais-je l’école, d’ailleurs ? Elle ne m’a rien appris d’important, surtout pas à lire et à écrire (je savais déjà faire tout ça avant d’y aller), le reste ne m’a presque jamais servi à rien, on m’y a dégoûté du cinéma et du sport, j’y ai découvert le mépris, le rejet et la haine dont mes semblables sont capables envers ce qui ne leur ressemble pas, et surtout, on a profité de mon enfance pour me faire croire que les Gaulois étaient nos ancêtres, que la gué-guerre entre les Valois et les Plantagenêt était autre chose qu’une querelle de palais, que les Allemands étaient les méchants et les Français les gentils… Si, je vous assure : j’étais écolier dans les années 1990 et on m’a bourré le crâne avec les mêmes conneries que celles dont a gavé mes parents et mes grands-parents ! Bref, ce que je suis devenu, je le dois surtout à moi-même et non pas à « l’école de la République » comme le clament certains imbéciles bien élevés (« dressés » devrais-je plutôt dire !) justement épinglés par Daniel Pennac, qui ajoute même à leur intention : « Tu trouves qu’elle n’en laisse pas assez sur le bord du chemin, l’école de la République ? »[2]

 

13h55 : Je me dirige vers la boutique où je dois retirer mes cartouches, qui est censée ouvrir dans cinq minutes. Mais je crois le patron qui m’annonce qu’il a un colis à retirer et me prie donc de revenir à 14h15 ! Je commence à être à bout de patience, mais je ronge mon frein et je m’arrête dans le premier bar venu pour y boire un thé en attendant – je sais qu’il fait chaud, mais un thé, ça désaltère bien. Je règle en liquide histoire de faire de la monnaie, persuadé que je n’aurai pas besoin des deux billets qui traînent dans mon portemonnaie depuis le début du mois d’août – je ne sais pas encore que je viens de faire la grosse erreur de ma journée !   

 

14h15 : La boutique est enfin rouverte, le gars n’a pas eu de problème pour remplir mes cartouches, il ne me reste plus qu’à payer : je dégaine donc ma carte à bleue… Et le commerçant m’annonce qu’il n’a pas le sans contact ! La machine qu’il a reçue est défectueuse ! Et je n’ai aucun autre moyen de paiement ! En insérant ma carte ? Je ne pourrai récupérer mon code que quand je serai chez moi ! L’application mobile ? Je n’ai pas de smartphone ! Le chèque ? Je n’en ai pas sur moi, je n’y avais même pas pensé ! Le liquide ? J’avais justement sur moi la somme nécessaire mais je viens d’en dépenser une partie au bar ! C’est vraiment trop con… Bref, je passe un accord avec le marchand : il garde les cartouches encore un jour ou deux et je reviendrai avec ce qu’il faut pour le payer ! Et voilà, encore un contretemps parti pour s’éterniser… Je me dis qu’on se troupe lourdement en espérant faire passer les petites contrariétés de la vie quotidienne en se disant qu’il peut y avoir pire dans la vie ! Contrairement à ce qu’on croit, ce ne sont pas les grands malheurs qui nous empoisonnent le plus l’existence. Quand vous vous retrouvez face à un ours agressif, il faut faire le mort : en revanche, quand on fait face à des insectes agressifs, il vaut mieux dégainer la tapette et, donc, ne pas rester immobile. Vous voyez je veux en venir ? Et oui : les grands malheurs ne nous empoisonnent pas la vie, ils l’interrompent (quand ils n’y mettent pas carrément fin, il est vrai) ; la perte d’un être cher, une séparation ou une grave blessure, ce sont certes des événements très malheureux, mais c’est justement leur degré de gravité qui nous oblige à marquer une pause dans notre existence. Dans le drame, le temps est comme suspendu, on n’a plus le loisir de penser à autre chose qu’à se sauver soi-même (si tant est que ce soit encore possible), comme l’a exprimé pendant l’entre-deux-guerres le philosophe Alain :

 

« Heureusement, la force des choses, quand elle nous tient, ne nous laisse pas loisir ; la chaîne des instant est comme rompue ; ainsi l’extrême souffrance n’est que poussière de souffrance ; impalpable. L’horreur est soporifique. »[3]

 

À l’inverse, quand vous avez oublié votre code de carte bleue, quand votre imprimante tombe en panne ou quand vous devez remettre à demain le paiement et l’acquisition d’une marchandise qui n’attend que vous, il est clair que le degré de gravité n’est pas élevé au point de marquer une pause dans l’existence : il faut quand même continuer à vivre et à supporter les mille difficultés que cela implique au quotidien EN Y AJOUTANT cette mini-contrariété supplémentaire. Bref, les grands malheurs effacent tous les autres problèmes tandis que les petites contrariétés viennent s’y additionner ; les grands malheurs sont souvent irréparables et nous paralysent tandis que les petites contrariétés sont généralement réparables et donc nous forcent à agir, même si on a autre chose à faire. C’est bien pour ça que, dans L’affaire Tournesol, seul un imbécile de l’ampleur de Séraphin Lampion peut se permettre de dire, concernant le cambriolage du laboratoire du professeur, que « ça vaut mieux qu’une jambe cassée » : il ne se rend pas compte que le vol du matériel du savant vient s’ajouter aux problèmes qu’affrontent déjà Tintin, Haddock et Milou, tandis qu’une « jambe cassée » les forcerait à marquer une pause dans leur aventure… On n’ose jamais dire à quel point les grands malheurs offrent un répit souvent bienvenu dans nos existences trépidantes : il n’y a que les enfants qui avouent espérer se réveiller avec une rougeole pour échapper à l’école… 

 

16h : Je reçois un message de la rédaction de Côté Brest qui m’annonce que mon article sur l’église Saint-Louis, paru la semaine dernière, a déplu à un prélat dont je tairai le nom car je suis lâche. J’avais écrit ce papier avant de partir en vacances et j’en avais un peu perdu le souvenir : j’y disais notamment, reprenant exactement la teneur du commentaire de la guide qui me l’avait fait visiter (ainsi qu’à une bonne quinzaine de curieux) ceci :

 

« L’église est également dotée d’une chapelle-annexe, baptisée depuis peu « chapelle de Saint-Jean-Paul II » et aménagée dans les années 1960 pour faire face à l’affluence importante des paroissiens – si cette problématique n’est plus tellement d’actualité, la chapelle sert encore aujourd’hui pour les mariages et les obsèques. »  

 

Le ministre du culte, qui n’a vraisemblablement pas apprécié ma fine allusion au recul de la pratique du culte catholique en France (l’Église a toujours été fâché avec la vérité), s’est donc cru obligé d’adresser à la rédaction le correctif que voici :

 

« La chapelle Saint-Jean-Paul II est utilisée tous les jours pour les messes en semaine de 9 h et 18 h 30 du lundi au vendredi, 18 h 30 le lundi, et 9 h le samedi. Lors de la messe dominicale de 10 h 30, elle est l’espace Famille, où de nombreux enfants gambadent pendant que leurs parents peuvent suivre la messe plus tranquillement. Enfin, elle est pleine aux trois quarts chaque dimanche soir pour la messe de 18h30 animée par les Musilos. Effectivement, elle accueille les célébrations d’obsèques et enfin quelques mariages célébrés à Saint-Louis chaque année. »

 

Seulement voilà : quand on relit attentivement le passage incriminé, on s’aperçoit sans peine que ce que j’y dis n'entre pas tellement en contradiction avec ce que précise l’homme d’église. Premièrement : je dis simplement que cette paroisse avait été construite pour faire face à l’affluence des fidèles dans les années 1960, je ne prétends donc pas qu’elle est perpétuellement vide aujourd’hui. Deuxièmement : quand je dis qu’elle est encore utilisée pour les mariages et obsèques, je ne dis pas pour autant qu’elle ne sert plus qu’à ça. Troisièmement, enfin : peut-être est-ce surtout la formule « cette problématique n’est plus d’actualité » qui a fait tiquer le saint homme ? Pourtant, quand il dit qu’elle est « pleine aux trois quarts chaque dimanche soir », il ne dit pas pour autant qu'elle est pleine à bloc et il ne dit même pas ce qu’il en est pour les autres messes ! Conclusion : je n'ai pas menti, les informations que j’ai données ne sont pas fausses, elles sont seulement incomplètes, ce qui est tout à fait normal au vu des contraintes de format auxquelles je dois me plier. On prétend que les curés sont cultivés, mais en fait, ils sont comme tout le monde, ils réagissent à ce qu’ils lisent avant d’avoir compris ! Cela dit, méfions-nous, il ne faut pas leur donner de mauvaises habitudes : ils commencent par vouloir dicter leur contenu aux journaux gratuits, ils finissent par demander un droit de regard sur tous les médias ! Comme disait René Laloux, « Tu laisses entrer un curé dans ton jardin et tu retrouves avec un tribunal de l’inquisition dans ton salon. »

 

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Jeudi 1er septembre

 

9h : Nouveau départ à pied pour le centre-ville ; je croise quelques jeunes qui reprennent le chemin de l’école, je suis presque surpris de ne pas les trouver plus abattus que ça. Il est vrai que le ciel est couvert et que, dans ces conditions, on regrette moins, en général, que les vacances soient finies. Cela dit, si j’avais suivi la voie qui semblait m’être toute tracée depuis l’enfance, à l’heure qu’il est, je serais moi aussi enfermé dans une salle de classe, mais de l’autre côté de l’estrade : mon grand-père était instituteur, mon père était professeur de lycée, j’étais bon élève, réputé intelligent… Quand j’étais enfant, beaucoup de gens me croyaient prédestinés à être enseignant : mais au fur et à mesure que ma personnalité s’est affirmée, quand il s’est avéré, au fur et à mesure que je grandissais, que l’étrangeté de mon comportement n’était pas due à un manque d’éducation que l’on pouvait corriger mais à une différence congénitale contre laquelle on ne pouvait rien, mes proches ont admis que je n’étais pas fait pour ça. De toute façon, qui peut encore croire aujourd’hui que les gouvernants attendent autre chose des enseignants qu’ils occupent les futurs chômeurs afin que ces derniers n’aillent pas brûler les bagnoles des riches ?

 

9h30 : Passage au Leclerc du centre-ville pour acheter des provisions de bouche. Je risque un tour au rayon presse et j’apprends la mort de Mikhaïl Gorbatchev. La mort d’un homme qui a marqué l’histoire est toujours l’occasion d’une pause dans le flux ininterrompu d’informations dont les médias nous abreuvent : quand un « grand de ce monde » décède, sa vie se transforme en destin, elle ne peut plus être autre chose que ce qu’elle est, et les journalistes n’ont plus la possibilité d’émettre des hypothèses au sujet de son devenir. Ceci ne signifie pas qu’on ne puisse plus rien dire sur la personne concernée, bien au contraire : seulement, si le rôle du journaliste est de rapporter les faits, alors son travail à propos d’un individu prend fin à partir du moment celui-ci disparaît et n’est plus en mesure d’introduire de la nouveauté dans ce monde. Mais s’il n’y a plus de faits à rapporter concernant cette personne, il est encore possible d’interpréter ce qu’elle a effectivement accompli de son vivant, de percer les éventuels secrets qui sous-tendaient son action : c’est la tâche de l’historien, qui débute quand celle du journaliste s’arrête, quand l’homme, être en perpétuelle construction, cesse d’être un « chantier interdit au public » pour devenir un monument visitable. Ainsi en va-t-il de Gorbatchev : il est parti, mais on n’a pas fini d’interroger son rôle dans l’histoire de la Russie et même du monde entier. Les Occidentaux le louent pour ses efforts en faveur de la paix, les Russes ne lui ont jamais pardonné d’avoir bradé leur empire ; ça lui fait donc un trait commun, et non des moindres, avec Jules César, Charlemagne Henry VIII, Napoléon, De Gaulle ou Hugo Chávez : il ne fait pas l’unanimité, il restera donc dans l’histoire car les historiens ne se désintéresseront jamais de lui.

 

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10h15 : J’arrive à la boutique, espérant enfin retirer mes cartouches. Mais je tombe sur un os : c’est exceptionnellement fermé ce matin ! Cette histoire, qui a débuté quand je me suis aperçu que j’avais oublié mon code (je l’ai récupéré depuis, merci)  me fait le même effet qu’une grosse mouche bleue qui me tournerait autour depuis quatre jours et que je n’arriverais toujours pas à écraser… Heureusement que je suis parti en vacances et que je suis bien reposé !

 

11h : À peine rentré, la série noire continue : le vide-grenier de dimanche est annulé… Ce genre d’annonce me rappelle de bien mauvais souvenirs ! Mais apparemment, c’est à cause des prévisions météo pessimistes : les organisateurs font ce qu’ils veulent, mais à leur place, je ne prendrai pas ces prévisions pour parole d’évangile ! En juillet, j’ai pu constater que Météo France avait tendance à partir du principe qu’en Bretagne, le moindre nuage était forcément annonciateur de pluies torrentielles ! Rien qu’aujourd’hui, d’après ce qu’ils annonçaient, il devrait pleuvoir à seaux : il pleuviote un peu, certes, pas de quoi noyer un bigorneau… En tout cas, je me faisais une joie de faire cette sortie dominicale et d’en profiter pour me débarrasser de quelques vieilleries : vous imaginez donc ma déception… Seul bon point : je dois aller retirer le chèque que j’avais remis pour payer mon emplacement, ce qui me donne un prétexte pour venir en ville et retirer enfin (du moins, je l’espère) ces fichues cartouches. 

 

22h30 : J’ai passé la journée à faire de la vidéo. Je viens à peine de terminer, après avoir produit de quoi alimenter ma chaîne YouTube pendant sept semaines ! L’annulation du vide-grenier aurait pu me conduire à en remettre une partie à plus tard, mais quand j’ai décidé de faire quelque chose, je ne peux pas changer de plan, sinon, je suis déstabilisé. Ça n’a l’air de rien, mais la réalisation d’une vidéo de quelques minutes où je lis un texte demande au moins une demi-heure de boulot ! Il est vrai que si je ne bafouillais pas autant, je n’aurais pas autant de montage à faire… Voilà encore un bel aperçu des difficultés auxquelles je fais face au quotidien en tant que personne avec autisme : je ne garantis pas que je continuerai longtemps à faire régulièrement des vidéos, même si ces lectures à voix hautes sont essentielles pour améliorer ma diction…

 

Voici une des vidéos réalisées dernièrement :

 

 

Vendredi 2 septembre

 

10h30 : Nouveau retour au bercail après une sortie en ville. Cette fois, tout a l’air de rouler : j’ai retiré le chèque (que j’ai aussitôt détruit) et j’ai enfin récupéré mes cartouches ! Sauf que quand je les mets dans l’imprimante, je déchante : l’engin ne marche pas mieux ! L’impression d’un document banal, d’une seule page, lui prend un quart d’heure ! Et pourtant, ça marchait encore avant que je parte avant vacances… Je ne serais pas étonné qu’elle soit déjà usée, cinq ans à peine après son acquisition ! Je serais donc une nouvelle victime de l’obsolescence programmée… Pour ne rien arranger, quand je relève mes mails, j’apprends que la CAF me demande une déclaration de ressources (Beurk !) et que je vais devoir retirer un colis… En présentant un QR code ! J’espère que le tirage laborieux que mon imprimante a daigné m’accorder suffira au commerçant chez lequel doit se faire le retrait ! En attendant, je ne peux m’empêcher de me sentir vaseux et je me rappelle pourquoi j’avais à ce point besoin de fuir ce monde obnubilé par la productivité et la technologie…

 

14h : Je consacre mon après-midi au dessin ; évidemment, comme je n’avais plus manié le pinceau depuis plus d’un mois, la reprise est un peu difficile, mais quand même moins que si je n’avais pas pris la peine de faire des croquis presque quotidiennement en Sarthe, histoire de ne pas perdre la main. Je me surprends même à être fier de mes progrès et de ce que j’arrive à réaliser aujourd’hui : arriverai-je un jour à passer professionnel ?

 

Samedi 3 septembre

 

11h15 : Brève sortie pour récupérer mon colis : je dois le retirer dans un magasin que je n’’ai pas l’habitude de fréquenter, et pour cause : c’est le marchand de cigarettes électroniques… J’emporte avec moi le papier sur lequel est (mal) imprimé le QR Code et, à tout hasard, je prends même mon ordinateur dans mon sac à dos pour être sûr de ne pas sortir pour rien. Précautions inutiles : je présente ma carte d’identité au marchand et il ne demande rien d’autre ! C’est à se demander pourquoi le message précisait que je devais présenter le code…     

 

Conformément à l'usage quand on rentre de vacances, voici les croquis que j'ai réalisés là-bas, ainsi que quelques photos :

 

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Un étui à lunettes... Il faut bien commencer par quelque chose !

 

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Ma chère Maman, une sexagénaire bien mignonne.

 

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Le puits sur le champ voisin.

 

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La maison de nos voisins, des gens charmants, serviables et cultivés - cette dernière qualité n'est pas des plus répandues dans la région !

 

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La porte du grenier de la maison.

 

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Une "table" qui nous servait occasionnellement de desserte.

 

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L'observatoire situé non loin de la maison, aujourd'hui à l'abandon.

 

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La vieille brouette de mon père, dans laquelle de nombreux enfants, dont votre serviteur, ont aimé se faire transporter !

 

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La table sur laquelle nous dînions en extérieur.
 
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Une belle plante offerte à ma mère par une amie très chère.
 
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Une lanterne pouvant contenir une bougie, bien pratique pour passer la soirée en extérieur, cadeau de ma tante à son frère (mon père).
 
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Un lieu surnommé "Fort Knox" par mon père. Inutile d'expliquer pourquoi...
 
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Une autre table de jardin (à l'avant-plan, à gauche, on peut voir le barbecue, et au fond, à droite, notre table à vaisselle.
 
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La caravane dans laquelle mes parents dormaient quand j'occupais la chambre.
 
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Mon cher Papa, robuste septuagénaire.
 
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La voiture de mes parents.
 
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Une cabane dans laquelle j'eus l'occasion d'attendre que mes parents viennent me chercher à l'issue d'une sortie en forêt. Plus glamour que les arrêts de bus, pas vrai ?
 
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La porte de la cave à vin.
 
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La raquette électrique avec laquelle ma douce Maman s'est muée en serial killeuse de guêpes !
 
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La façade de la maison, vue depuis l'auvent de la caravane.
 
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Quelques amuse-gueule, pour l'apéro.
 
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Un chien de ferme qui s'est cru obligé de monter sur un bâtiment pour m'aboyer après.
 
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Le support sur lequel mon père accrochait son hamac.
 
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La porte (rafistolée) des écuries, qui nous servaient à entreposer les bûches, le charbon de bois... Et les ordures.
 
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La pendule "vintage" accrochée au-dessus de la cheminée.
 
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La théière de ma mère.
 
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Ma Maman en gros plan.
 
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Notre chatte en pleine démonstration de souplesse.
 
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Deux filets-mignons qui cuisent sur le barbecue.
 
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La tablette installée à l'entrée de la maison. Dessous : le seau dans lequel mon père mettait ses bouteilles au frais.
 
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La fenêtre de la chambre... Je commençais déjà à manquer d'inspiration !
 
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Une vache magnifique nourrissant son petit.
 
Voilà, c'est tout pour cette semaine, à la prochaine !
 
En guise de post-scriptum, un document exclusif : la photo des Pieds Nickelés !
 
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[2] Daniel PENNAC, Chagrin d’école, Gallimard, Paris, 2007, pp. 268-275.

[3] ALAIN, Propos sur le bonheur, Gallimard, Paris, 1928, p. 43.


03/09/2022
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Blogquin du 29/07/2022 : dernier article avant la nouvelle formule

 

 

Commençons par un dessin que je dédie à toutes celles et tous ceux qui auront souffert de la chaleur cet été...

 

 

07-28-Canicule-été-chaleur-désert.JPG

 

 

Ensuite, quelques caricatures qui m'ont été inspirées par les incendies de forêt : 

 

 

07-24-Incendies (1).jpg

 

07-24-Incendies (2).jpg

 

 

07-24-Incendies (3).jpg

 

 

Et enfin, quelques croquis sur le vif réalisés sur la plage de Sainte-Anne-du-Portzic (y compris le guitariste, je vous l'assure) :

 

 

07-24-Plage (1).jpg

07-24-Plage (2).jpg

07-27-Plage.jpg

07-28-Plage.jpg

07-29-Plage.jpg

 

 

Voilà, c'est tout pour cette semaine et cette saison : rendez-vous en septembre pour une nouvelle formule !

 

 


29/07/2022
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