Du 11 au 19 février : No satori in Paris

Pour ouvrir, une photo que j'aime bien parce que Paris est quand même une belle ville :

 

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Dimanche 11 février

 

14h30 : Me voilà dans le train pour Paris. Il a été annoncé que des tickets de métro étaient en vente : histoire d’éviter la cohue coutumière à la gare Montparnasse, je décide d’en profiter. Hélas, ce qui pourrait être une formalité vite expédiée est considérablement ralenti grâce aux prodiges de la technique : les agents chargés de la vente ne peuvent accepter que les paiements par carte bancaire et doivent vérifier que les acheteurs sont bien des voyageurs en règle. Et quand l’un ou l’autre des bidules électroniques nécessaires à ces tâches déconne…  Inutile de vous faire un dessin, je suppose ! Si ces braves agents (que je n’incrimine pas) pouvaient disposer de listes sur papier et de monnaie sonnante et trébuchante pour faire l’appoint, ça n’arriverait pas ! Comme disait Lelong, « on dit qu’on n’arrête pas le progrès mais il faudrait savoir dans quel sens » ! Bref, je ne suis pas arrivé à Paname que je fulmine déjà ! Et quand l’agent qui me tend enfin le ticket demandé se sent obligé de me fournir un renseignement que je ne sollicite même pas, j’explose carrément ! On parle de nouvelles grèves à la SNCF : on se demande bien pourquoi, ça fonctionne tellement bien !

 

17h30 : Après avoir déposé le gros de mes affaires chez mon oncle parisien d’adoption, qui a gentiment accepté de m’héberger pendant la moitié de mon séjour, je viens déposer au Grand Palais Éphémère l’œuvre de mon cru qui a été sélectionnée pour être exposée au Salon des Artistes Français. Je suis accueilli par un cerbère qui me demande si j’ai la carte d’exposant : je l’ai certainement sur moi, mais je ne m’attendais pas à devoir la sortir tout de suite ; je lui présente, à défaut, le bordereau de dépôt de mon œuvre : ouf, c’est suffisant pour qu’il me laisse entrer, il me donne même un grand sac du Géant des Beaux-Arts contenant, me dit-il, un cadeau – il s’avèrera plus tard qu’il s’agissait d’un taille-crayon qui me sera sûrement utile et d’une dose d’acrylique bleue dont je suis déjà moins certain d’avoir l’utilité un jour. Mais malgré le franchissement de cette fourche caudine, je ne suis pas tiré d’affaire car il faut encore que je trouve l’endroit où je suis censé déposer mon œuvre : un homme d’âge mûr, porteur d’un badge d’organisateur, m’indique des tables… Que je ne vois pas. En désespoir de cause, pensant probablement avoir affaire à un débile mental, il me guide vers les tables en question… Qui étaient situées EN FACE de l’emplacement qu’il m’indiquait du doigt ! Les neurotypiques sont vraiment illogiques ! J’arrive néanmoins à remettre mon œuvre aux personnes habilitées à la recevoir : ce sont des dames plutôt sympathiques qui sont chargées de cette tâche ; mon travail est qualifié « d’étonnant » ! Pour le moment, c’est moi qui n’en finit pas d’être étonné par le monde des gens dits « normaux »…

 

Lundi 12 février

 

10h30 : Mon oncle vit à Ménilmontant, non loin du Père Lachaise : il n’en faut pas davantage pour que je décide de visiter ce grand cimetière parisien. À l’entrée, je liste quelques tombes de célébrités qu’il me plairait de voir. Il y en a tellement que je renonce à les trouver toutes ! Curieusement, le site ne me déprime pas, je trouve même apaisant le calme qui y règne, c’est comme une bulle de silence au beau milieu du tumulte parisien… Le fait que j’aie déjà encaissé plus d’une dizaine de deuils dans mon entourage depuis dix ans n’est sûrement pas étranger à cette attitude de ma part: on dit que les gens avaient moins peur de la mort quand celle-ci leur était familière… Je ne suis vraiment pas de mon temps !

 

11h : Au colombarium, je ne résiste pas à l’envie de monter jusqu’au casier de Pierre Dac, maître incontestable (et incontesté) de « l’humour de résistance ». Le casier s’avère orné d’un pot de fleurs derrière lequel a été coincé un papier : cédant à la curiosité, je sors le pot de son emplacement pour me saisir de la feuille, la déplier et y lire un texte manuscrit véhiculant une réflexion sur la mort qu’André Isaac[1] n’aurait pas reniée… Quelle est l’origine de ce texte ? Qui l’a écrit ? Je succombe allègrement à la tentation de le photographier, espérant que j’aurais un jour l’occasion d’élucider ce mystère, même si je n’ai pas les dons d’Astrid Nielsen pour résoudre les énigmes – la différence ne s’arrête d’ailleurs pas là.

Le casier de Pierre Dac...

 

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...et le texte en question.


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 12h : Je trouve la seule tombe qu’il me tenait vraiment à cœur de retrouver : celle de Pierre Desproges. J’ignorais que sa veuve l’y avait rejoint depuis déjà une douzaine d’années ! Si mes souvenirs sont bons, le grand humoriste a en fait été incinéré et ses cendres répandues dans la terre, de telle sorte qu’il survit à travers les plantes qui y poussent, privilège qu’il partage désormais avec la femme de sa vie… C’est une belle histoire, non ? En tout cas, le procureur des flagrants délires n’est pas trop mal entouré : dans son secteur, on trouve d’autres personnalités dont Mano Solo et, juste en face de lui, il y a Michel Petrucciani, un voisinage sûrement peu encombrant s’il en est ! Je m’assieds sur la tombe du grand petit pianiste et j’écris un texte dans lequel je m’adresse à Desproges, parlant notamment de toutes les âneries que l’on ose proférer aujourd’hui en son nom, lui qui ne voulait surtout pas être pris pour un maître à penser… Une fois mon texte écrit, je le déclame, curieux de voir quelles réactions je peux susciter. Je n’ai droit qu’à un vieux fou qui m’affirme que ce n’est qu’une tombe symbolique et que les restes de Desproges sont en réalité en Vendée ! Je réponds : « Et alors ? ». Ben oui, qu’est-ce que vous voulez que je fasse de cette information ? Ça ne m’interdit pas de rendre hommage à Desproges à cet emplacement qui lui est de toute manière dédié, non ? Et de toute façon, une tombe est symbolique par définition : au bout d’un certain temps, qu’on le veuille ou non, il ne reste plus rien du corps du défunt, il ne reste, si on l’entretien, que la sépulture qui fait vivre son souvenir… Comment ça, je vous donne le cafard ?

 

Voici la tombe de Pierre Desporges : étonnant, non ?

 

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Quelques autres tombes célèbres :

 

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Un croquis d'une tombe que j'ai pris uniquement parce qu'il y avait un banc devant :

 

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13h : Je m’aperçois que j’ai perdu mon plan de Paris ! Je suis sûr de l’avoir fait tomber quelque part dans le cimetière : je ne serais pas étonné que ce soit la faute du vieux fou qui m’a perturbé ! Je retourne à tout hasard devant la tombe de Desproges : évidemment, il n’y est pas – ou plus. Je ne vais pas m’amuser à fouiller tout le Père Lachaise pour le retrouver : légèrement paniqué, j’envoie un SMS à l’ami qui, lors de mon escapade de septembre dernier, m’avait procuré ce plan, pour lui demander où je peux en trouver un autre…

 

13h30 : Ouf ! J’ai finalement trouvé un autre plan de Paris dans un kiosque à journaux : je suis un peu surpris de cette découverte car, si j’avais sollicité un ami en septembre à ce propos, c’était justement parce que j’avais eu toutes les peines du monde à en trouver un moi-même, de sorte que j’étais persuadé que presque plus personne ne vendait de plan en papier à notre époque où tout le monde est supposé se repérer avec un smartphone… J’envoie un autre SMS à mon ami pour lui dire que je me suis tiré de ce mauvais pas : j’entends déjà sa charmante épouse rire comme une baleine en apprenant cette mésaventure…

 

14h20 : Je m’arrête au Chat Noir. Non, il ne s’agit pas du mythique cabaret parisien mais d’un café situé dans le 11e arrondissement, plus précisément rue Jean-Pierre Timbaud : les responsables d’une revue qui publie mes dessins depuis peu m’y ont donné rendez-vous ce soir. Je suis largement en avance, mais l’endroit est idéal pour un petit après-midi de travail : la lumière est tamisée, les consommations sont plutôt bon marché, il y a du réseau… Bref, j’en profite pour écrire et faire un peu de montage vidéo. C’est peut-être une drôle de façon de passer mon temps à Paris, mais après tout, je ne suis à la capitale que pour des raisons professionnelles, pas pour aller étouffer dans les pièges à touristes…

Je crois avoir vu Michel Cymes au Chat Noir, mais je n'en suis pas sûr...

 

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En tout cas, je suis sûr que les deux responsables de la revue L’éponge étaient les vrais ! Les voici :


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Une enseigne devenue symbolique... N'oublions jamais.

 

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Une église que je trouve belle malgré ma détestation des religions :

 

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Mardi 13 février

 

13h30 : Il n’y a pas quarante-huit heures que je suis à Paris et j’en ai déjà marre : je ne me sens pas à ma place dans cette grande ville où règne une ambiance électrique. Le cadre est d’ailleurs loin d’être idyllique ; oubliez les clichés avec vélos, accordéons, et amoureux s’embrassant au pied de majestueux édifices : malgré leur réseau de transports en commun plutôt performant, les Parisiens s’obstinent à se déplacer en voiture et à user du klaxon pour un oui ou pour un non, il y a au moins autant de cas sociaux agressifs qu’à Brest et, surtout, c’est CRADE ! Vous connaissez la chanson de Pierre Perret « Paris saccagé » ? Je vous jure que ce n’est pas éloigné de la vérité ! À Brest, les gens se plaignent des travaux du tram : ce n’est pas tellement mieux à Paris où je ne traverse pas un quartier sans y trouver au moins un chantier ! Même sur le Champ de Mars, où je me promène mélancoliquement en attendant l’ouverture du Grand Palais Éphémère, il y a des zones rendues inaccessibles par ces tristement célèbres bandes rouges et blanches qui enlaidiraient le jardin d’Éden… Je donnerais tout pour retrouver mes amis !  

 

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14h30 : En ma qualité d’exposant, j’ai pu entrer dans le Grand Palais Éphémère une demi-heure avant l’ouverture officielle : c’est la première fois que je vois un vernissage où il faut payer pour avoir un coup à boire ! Au moins, je rentrerai à jeun chez mon oncle… Il y a assez vite beaucoup de monde. Il faut rendre cette justice à Paris : on y sent un véritable intérêt pour l’art. Peut-être pas totalement désintéressé, d’accord, mais mieux vaut une bonne cause qui triomphe pour de mauvaises raisons plutôt que le contraire. Je retrouve l’une des dames qui ont réceptionné mon œuvre hier : elle m’affirme que ce que je propose est sans doute l’un des travaux les plus originaux à être exposé ! Je suis flatté, et je pense même que c’est assez vrai quand je vois les autres œuvres exposées ; je ne remets pas en cause le talent des autres exposants : le problème, c’est qu’il y a tellement de choses à voir qu’on arrive vite à saturation, et quand on a déjà vu une toile représentant (par exemple) un félin, aussi magnifique l’animal soit-il, on les a toutes vues… Je suis de toute façon peu à l’aise dans ce cadre où je ne connais presque personne : j’arrive à lier le contact avec quelques artistes, mais je sais déjà que je ne les reconnaîtrai plus si je les recroise ! À part peut-être la jeune et jolie Moldave qui parle français sans accent et qui a un look qui ne passe pas inaperçu… Quoi qu’il en soit, je m’obstine, le temps que mon oncle et les deux responsables de la revue, à qui j’avais remis des invitations, arrivent.

 

Mon œuvre, c'est le tableau à droite :

 

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Une toile que j'aime bien parce qu'elle me rappelle ma parodie de La femme au perroquet de Courbet avec cette prétentieuse de Sophie Davant :


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Une représentation du tirailleur sénégalais qui se démarque sensiblement de celle véhiculée par le fameux "nègre Banania" :


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Une toile pertinente, hélas :


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Un croquis d'une photo exposée :


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Une sculpture installée en face de mon tableau - elle a obtenu la médaille d'honneur :


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Une autrice qui est venue dédicacer ses livres à l'occasion du salon :


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Mercredi 14 février

 

11h30 : De retour au Grand Palais Éphémère pour y retrouver un concitoyen brestois de passage à la capitale, j’en profite pour visiter la partie que je n’avais pas encore eu le temps de voir. Dans le secteur des gravures et des estampes, je suis interpellé par une dame qui, constatant mon intérêt, entreprend de m’expliquer les différentes techniques employées : je sais déjà que j’aurai oublié le gros demain, mais je la laisse faire, trop content d’avoir quelqu’un à qui parler. Je suis tout de même marqué quand elle me parle d’une technique qui nécessite de l’acide ! Je ne pense pas que je voudrai l’employer un jour…

 

Une photo exposée que j'aime bien :

 

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Quelques croquis de sculptures exposées au salon :

 

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13h50 : Mon concitoyen arrive enfin : je n’ai guère plus d’une demi-heure à lui consacrer. Il m’explique que son arrivée tardive est due au fait qu’il était allé assister à l’hommage à Robert Badinter. Apparemment, Macron a été dans son rôle : c’est bien tout ce qu’on lui demande dans une telle circonstance, non ? La « une » du Charlie Hebdo de cette semaine, où l’on voit Darmanin décapiter un gamin à Mayotte, a cependant l’intérêt de rappeler que la politique du gouvernement actuel est loin d’être en accord parfait avec l’idéal humaniste au nom duquel Badinter a lutté, que ce soit en tant qu’avocat, en tant que sénateur ou en tant que ministre… Il avait 95 ans, mais il me manque déjà ! Alors que certaines personnes (je ne cite personne, suivez mon regard) ont à peine dépassé la quarantaine et j’en ai déjà marre d’elles…

 

14h45 : Mon rendez-vous est à Beaubourg : je descends à une station de métro qui me fait déboucher directement dans le BHV ! J’ai un mal de chien à trouver la sortie, je fais donc une chose que je déteste : je dérange un employé pour qu’il me renseigne. Je suis d’autant plus content de réussir à sortir qu’en n’achetant rien, en ne prenant même pas la peine de faire un tour dans les rayons, j’ai réussi à éviter le piège qui est tendu à l’usager : vous me forcez à passer par un grand magasin, mais je n’ai même pas regardé la camelote qui y est vendue, je vous ai bien attrapé, hou-hou les cornes et nananère ! Ben oui, ils nous prennent pour des gosses, alors je me mets au niveau !

 

15h : Je trouve mon rendez-vous de cet après-midi qui n’est autre que… Delfeil de Ton. Et oui, LE Delfeil de Ton, l’ultime survivant, avec Willem, de l’équipe qui fonda Hara-Kiri Hebdo[2] (le futur Charlie Hebdo[3]) en 1969 ! Je suis un peu ému et je ne m’en cache pas : il est très surpris de ma réaction ! Si je devais le résumer en un mot ce serait « hilare ». Oui, faisant mentir ma réflexion sur les humoristes qui, en général, ne sont pas des gens marrants, Henri Roussel[4] n’arrête pas de rire ! Ce nonagénaire semble prendre la vie du bon côté, il n’exprime aucune aigreur en dépit des déceptions qu’il a pu encaisser, on le sent heureux malgré tout d’avoir participé à la formidable aventure des éditions du Square. Nous parlons surtout de Cavanna, fort peu des autres ou de lui-même : je souhaitais avoir des éclaircissements supplémentaires en vue de la publication des actes de ma journée d’étude, je suis servi ! Delfeil a même la gentillesse de me payer une orange pressée et de me dédicacer un de ses livres : je le laisse partir au bout d’une heure, et j’ai la larme à l’œil. Si cette escapade n’avait dû servir qu’à permettre cette entrevue, je considérerais déjà que je ne suis pas descendu à Paris pour rien !

 

Delfeil de Ton dédicaçant mon exemplaire du Journal de Delfeil de Ton (achetez ce livre si vous voulez rire un bon coup) :

 

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Delfeil de Ton vu par moi-même :

 

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Un slogan féministe que j'ai vu sur les murs :

 

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Une affiche que j'ai photographiée pour celle et ceux qui se demanderaient que devient Caroline Loeb :


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Jeudi 15 février

 

14h30 : J’ai déjà pris congé de mon oncle : je ne souhaite pas abuser de l’hospitalité de ce vieux célibataire, même si j’imagine que ça a dû lui rappeler le temps où il hébergeait mon enseignant de père qui venait passer l’agrégation à Paris – je vous avoue que je ne sais même pas s’il y est arrivé ! Je débarque donc dans un hôtel Formule 1 où j’ai réservé une chambre pour quatre nuitées : il a fallu traverser Paris avec tout mon chargement par une température élevée pour la saison (merci les industriels), je suis déjà à bout de nerfs ! Je ne suis pas plus apaisé quand j’arrive : l’hôtel est situé au pied du boulevard périphérique, à la frontière entre Saint-Ouen et Paris, et le quartier est crado à souhait ! Pour ne rien arranger, quand j’entre enfin dans l’hôtel, il y a la queue à la réception : toute une troupe de jeunes hispanophones qui ont visiblement du mal à faire valoir leurs droits de locataires à cause de… Devinez quoi ? Gagné ! À cause d’un problème d’informatique ! Je ne voudrais pas me répéter, mais au temps des registres en papier… Enfin, vous m’avez compris ! Je ne vais pas radoter, je suis déjà assez énervé comme ça ! Il ne manquerait plus qu’une goutte d’eau pour faire déborder mon vase !

 

14h45 : La goutte d’eau n’est pas longue à arriver. Quand mon tour arrive enfin, on me demande une pièce d’identité : mais ma sacoche est pleine à bloc et j’ai un mal de chien à trouver ma carte d’identité. Je fulmine, et c’est alors qu’une des dames chargées de l’accueil a la mauvaise idée de me poser une question ! Je craque et je crie « Un instant, un instant » pour lui faire comprendre que je ne peux pas lui répondre et chercher cette saloperie de carte en même temps ! Bon, tout finit par s’arranger : je trouve enfin ma carte et il s’avère que la dame voulait seulement savoir si j’étais déjà venu ici. Une question inutile ? Pas tant que ça : si j’avais déjà fréquenté l’hôtel, j’aurais su qu’on m’y demanderait probablement une pièce d’identité et j’aurais anticipé… Bref, je craque : une fois dans ma chambre, je n’en sors plus, je ne descends même pas pour dîner, et j’écris à quelques amis pour leur dire à quel point j’ai hâte de rentrer…

 

Vendredi 16 février

 

10h : Tous ceux qui ont répondu à mes messages me comprennent quand je leur dis que je ne me plais pas à Paris : je ne trouve strictement personne pour défendre la vie à la capitale ! Ça n’arrange pas mon humeur, je me rends donc au cimetière de Montparnasse pour avoir un peu de calme et trouver les tombes de quelques-unes de mes idoles – le temps est maussade et pluvieux, l’idéal pour ce genre de visite. La sépulture de Gainsbourg est relativement facile à trouver : je suis surpris de découvrir qu’elle est presque voisine de celle de Chirac ! Voilà qui aurait fait rire le vieux père Gainsbarre, lui qui se foutait de la politique – et de beaucoup d’autres choses… Sur la tombe de Gainsbourg, on trouve des cigarettes et des tickets de métro[5] : logiquement, sur celle de Chirac, on devrait trouver des têtes de veau ! Il n’y en a pas, mais on y a mis… Des pommes ! C’est encore plus grotesque ! Elle aura vraiment fait du chemin, cette trouvaille des Guignols destinée à illustrer la vacuité sidérale du programme chiraquien… La tombe de Reiser est mieux cachée, de même que celle de Choron : pour la trouver, je suis obligé de passer devant le cénotaphe de Baudelaire ; je ne serais pas étonné que ce monument soit devenu un haut lieu pour les jeunes gothiques et les étudiants romantiques… Quand je m’arrête pour faire un croquis, j’ai l’occasion de rendre service à deux touristes : le premier, un Mexicain qui cherche la tombe de Chirac, est bien surpris de constater que je parle espagnol ! Je me demande quand même pourquoi un latino-américain s’intéresse encore à notre ex-grand benêt national ! Il faut croire qu’ils n’ont pas oublié que « Chichi » s’était opposé à la guerre en Irak et qu’ils le considèrent donc comme un allié dans leur résistance à l’oncle Sam : mine de rien, cette décision (avisée, il est vrai, mais il n’était pas difficile d’être plus malin que Bush junior) lui aura permis de rattraper le coup des essais nucléaires, sans parler du reste… Le second touriste, qui parle français, cherche la tombe de Gainsbourg : je préfère l’accompagner, c’est plus simple pour moi. De fil en aiguille, j’en arrive à lui dire que je suis de Brest : il me dit qu’il connaît et qu’il trouve que c’est une belle ville ! Je suis allé à Paris pour entendre ça et on voudrait que je ne sois pas pressé de rentrer ? Quand je sors, je suis bien surpris de constater que les locaux des éditions Albin Michel se trouvent à proximité ! Je suis à deux doigts de guetter la sortie d’Amélie Nothomb qui, m’a-t-on dit, ne déteste pas fréquenter les cimetières, mais je ne suis pas long à prendre conscience de la vanité d’une telle démarche : j’en serai quitte pour écrire une nouvelle lettre à madame Nothomb quand je rentrerai…

 

Le "génie du repos éternel" croqué par moi-même :

 

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Le cénotaphe de Baudelaire :


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La tombe de Reiser en croquis...


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...puis en photo :

 

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Quelques autres tombes illustres :

 

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Le siège des éditions Albin Michel - une maison que je ne connais pas encore vraiment mais que j'aime beaucoup :


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13h : Petit tour au jardin des Tuileries. Le cadre doit être bien agréable quand il fait beau et qu’il y a des feuilles dans les arbres, mais même en cette saison, le lieu offre une parenthèse bienvenue dans ce désert de béton et d’asphalte qu’est la capitale. Encore heureux que le maire Chirac, dans sa folie bétonneuse, ne l’ait pas transformé en parking ! Au détour d’une allée, j’aperçois une très jolie fille vêtue d’une façon un peu ridicule qui me rappelle vaguement une druidesse ou une bergère d’Arcadie : je crois donc avoir affaire à une comédienne qui va donner un spectacle de rue ! Mais il s’avère qu’il s’agit en réalité d’un shooting : cette jeune beauté est donc mannequin et sa tenue, loin d’être un costume de théâtre, est un modèle qui va être proposé à la vente ! Ai-je besoin de préciser que je n’ai pas demandé la marque ?

 

Un couple de colverts vu au Jardin des Tuileries :

 

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Un petit couple d'amoureux dans le même jardin :


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Un croquis exécuté dans le même jardin :

 

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14h30 : Passage sur la place Vendôme, un lieu que les boutiques de luxe pourraient me rendre détestable mais qui est doublement symbolique pour moi. Premièrement, ayant lu (et adoré) Riquet à la houppe d’Amélie Nothomb, je m’attends presque à y voir le hideux mais génial Déodat venir à la rencontre de la magnifique mais taciturne Trémière, sortant de la joaillerie dont elle est l’égérie, et la prendre par la taille pour improviser un pas de danse avant de l’embrasser langoureusement… Madame Nothomb, en voulant donner un coup de jeune au conte de Perrault dont elle salue « l’exquise absence de morale », a réussi le tour de force de créer l’un des couples les plus attachants de la littérature française sans le contraindre à une fin tragique : le dernier écrivain à avoir réussi ce périlleux exercice était le grand Zola avec Octave Mouret de Denise dans Au bonheur des dames… De toute façon, les seuls à ne pas être convaincus du génie littéraire d’Amélie Nothomb n’ont jamais lu ses livres ! Deuxièmement, il y a la fameuse colonne dont on a tellement reproché la chute pendant la Commune à Gustave Courbet alors qu’il n’avait fait que la suggérer sans jamais l’ordonner : sincèrement, je ne trouverais pas scandaleux d’abattre une bonne fois pour toutes ce bibelot plus qu’encombrant qui glorifie l’instinct de mort ! On dénonce la guerre en Ukraine ou à Gaza, on peut donc se passer d’un bidule exaltant la mentalité qui est justement à l’origine des massacres actuels. Cela dit, si le Sacré-Cœur de Montmartre venait à prendre feu comme l’a fait Notre-Dame, est-ce que, en appliquant la logique qui a tant pourri la vie à Courbet, on en tiendrait pour responsable le grand Jacques Tardi qui plaide, à juste titre, pour la destruction de cette monstruosité architecturale qui insulte le souvenir de la Commune ?

 

16h : Petit passage au cimetière Montmartre, que j’ai déjà visité quand j’étais lycéen, pour y trouver la tombe de Siné. C’est mal indiqué sur le plan, mais j’ai un atout : je sais déjà à quoi ressemble le monument funéraire, l’ayant vu dans le documentaire que la belle et talentueuse Stéphane Mercurio a consacré à son génial et tonitruant beau-père[6]. De fait, je finis par repérer ce fameux cactus faisant un doigt d’honneur ! Je m’assieds comme je le peux pour faire un croquis et je ne résiste pas à l’envie de rappeler qui était Siné à deux jeunes filles visiblement intriguées par cette étrange sculpture : vivant, le vieil anar m’aidait à ne pas perdre espoir sous la chape de plomb sarkozienne, et mort, il m’aide à vaincre ma peur des interactions sociales ! Je ne dirai jamais assez à quel point il aura compté pour moi ! Tous les vivants ne peuvent pas en dire autant !

 

La tombe de Siné :

 

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D'autres tombes du cimetière Montmartre :

 

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Samedi 17 février

 

12h30 : Après un passage au jardin du Luxembourg, j’ai retrouvé Virginie, l’ex-collaboratrice de Cavanna, avec qui j’avais rendez-vous[7]. Le restaurant vietnamien où elle comptait m’emmener étant fermé, nous nous mettons d’accord pour acheter des sandwiches et des pâtisseries et les consommer aux Arènes de Lutèce : j’ai ainsi l’opportunité de revoir cet édifice que j’avais découvert dans des conditions mitigées. Il est vrai que sous le soleil et en bonne compagnie, ça change tout de suite la perspective ! De surcroît, nous nous mettons sur les gradins, nous offrant le luxe d’une position dominante : en bas, des crétins agitent des étoffes rappelant vaguement la tristement célèbre muleta qu’agitent les toréros pour exciter une pauvre bête aux flancs déjà saignants… Ça ne donne pas envie de les rejoindre ! Non, mieux vaut rester là où nous sommes, au-dessus de la racaille !

La statue de George Sand au jardin de Luxembourg vue par votre serviteur :

 

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13h30 : Sans l’avoir vraiment décidé, Virginie, qui m’avait déjà montré la fameuse cour de la rue des Trois Portes où se fabriquait Hara-Kiri, m’emmène pour une promenade sur les traces de Cavanna, plus précisément dans les rues qu’elle avait l’habitude de parcourir en sa compagnie, à « discuter de tout et de rien » selon ses propres termes. J’aime à penser que ce petit bout de femme a été un précieux renfort pour Cavanna à l’époque où il se sentait floué (à juste titre, hélas) par ceux qui se revendiquaient ses fils spirituels, l’infâme Philippe Val en tête. Je découvre notamment quels sont les fameux « trois ponts » dont il avait parlé dans des chroniques publiées dans le Charlie Hebdo des années 2000 : c’étaient à peu près ceux auxquels j’avais pensé malgré la connaissance assez floue que j’avais alors (et qui ne s’est pas tellement améliorée depuis) de la géographie parisienne. Nous terminons notre promenade par une galerie d’art qui expose actuellement des photos d’Arnaud Baumann, plus exactement ses photos de célébrités… Dont Cavanna lui-même ! Virginie me demande de la prendre en photo devant ce cliché : je la fais poser de manière à ce qu’elle cache le visage d’Aznavour qui est juste dessous… Ben oui : la mort de Cavanna m’avait fait de la peine, tandis que celle d’Aznavour… Disons un peu de moins, pour rester poli !

 

Une photo au Jardin des Plantes :

 

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Des vues prises depuis le haut de l'Institut du Monde Arabe :

 

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Une vue chez les bouquinistes des bords de Seine, avec moi posant devant les dessins d'une de mes idoles (au cas où vous ne l'auriez pas compris) :


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Une photo que j'ai prise sur le parcours des trois ponts :


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 Moi devant la photo d'une autre de mes idoles, un magicien du verbe et de la musique : 

 

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16h : Virginie ayant pris congé, je profite de la proximité du musée Carnavalet pour aller poursuivre la visite que je n’vais pu terminer l’année dernière. J’ai juste le temps de visiter le gros du premier étage avant la fermeture. Je pique un fard quand une jeune béotienne, devant un pied provenant d’une statue abattue de Louis XIV, demande pourquoi il porte une « tong » ! Je fais donc remarquer à cette péronnelle que si elle prenait la peine de lire les panneaux, elle saurait que le sculpteur avait chaussé le roi-soleil de sandales à la romaine… J’agis ainsi pour la culture, pas pour l’honneur de ce souverain sabreur qui aurait cent fois mérité le sort que l’on a finalement infligé à son arrière-arrière-petit-fils, ce pauvre Louis XVI dont le seul tort véritable fut de ne pas comprendre que le monde avait changé – il l’a payé cher, du reste !

 

Encore une belle église :

 

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Dimanche 18 février

 

8h30 : Tôt levé, je risque, sur les conseils de Virginie, un tour aux puces de Saint-Ouen. Ça me déprime assez vite : outre le fait qu’il fait décidément sale au pied du périphérique, je ne vois pratiquement que des marchands de fringues, de bibelots, de bidules électroniques et autres saloperies dont je n’ai rien à cirer. Les stands ont beau être majoritairement tenus par des Arabes, l’ambiance n’évoque que d’assez loin les Mille et Une Nuits ! Oubliez le mythe du commerçant arabe aimable et chaleureux, j’ai plutôt l’impression d’assister à un rassemblement de ferrailleurs ou de gérants de sex-shops ! Certains prétendent que les immigrés ne s’intègrent pas : pour ma part, j’ai l’impression qu’ils s’intègrent un peu trop vite ! Hé, les gars, déconnez pas, devenez pas aussi cons que les Français ! Plus, vous auriez du mal…  

 

10h30 : Passage aux Archives nationales pour voir l’exposition « L’œil de Libé » qui prend fin aujourd’hui : il y a un côté ludique, c’est monté de telle façon qu’on peut s’amuser à essayer de trouver de quoi parle la photo avant de lire le commentaire qui l’accompagne. Dans certains cas, c’est facile, dans d’autres, un peu moins : j’avoue avoir bien failli prendre Giscard pour Jean-Luc Godard ! L’approche de la photo de presse par Libération reste originale par rapport à celle des autres quotidiens nationaux et l’expo offre un aperçu saisissant de tout ce qui a marqué le demi-siècle écoulé : nous avons quitté le XXe siècle pleins d’espoir, dans un monde libéré du communisme, et depuis le début du XXIe, nous n’avons cessé d’être mis à l’épreuve bien au-delà de tout ce que nous aurions raisonnablement pu craindre… Où s’arrêteront-ils ?

 

11h30 : Déjeuner à L’Escurial, près de la place des Vosges, qui m’avait laissé un bon souvenir. Peu après mon arrivée, deux femmes âgées s’installent non loin de moi. Je trouve l’une d’elles très belle, je ne peux résister à l’envie de faire un croquis. Quand je lui montre le résultat avant de repartir pour le musée Carnavalet, elle fait une grimace : je ne suis pas très bien armé pour décoder la communication non-verbale, mais là, je n’ai vraiment pas besoin de mots…

 

Je n'ai pas gâté cette dame ; pourtant, elle me plaisait beaucoup.

 

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16h30 : J’ai voulu prendre le métro à Concorde pour retourner au Grand Palais Éphémère… Mais le train souterrain ne va pas plus loin : la ligne est coupée pour cause de colis abandonné ! Et voilà : un zigoto oublie ses affaires quelque part et tous les autres usagers sont tenus, au nom de leur sécurité, de mettre leur vie entre parenthèses ! Pas étonnant qu’avec une mentalité pareille, le pouvoir nous ait assigné à domicile à cause d’une grosse grippe… Je ne m’y ferai jamais ! J’en suis quitte pour une bonne marche par un temps tristasse…

 

18h30 : Je quitte le Grand Palais Éphémère avec mon œuvre fraîchement récupérée. Les organisateurs m’ont encouragé à continuer et à revenir l’année prochaine : pour le premier point, pas de problème, je n’arrêterai jamais de dessiner. Pour le second, c’est déjà moins sûr : à supposer que j’aie le loisir de repostuler, encore faudra-t-il que je sois sélectionné…

 

Lundi 19 février

 

5h40 : Mon train pour Brest quitte Paris à 6h47 : j’avais donc prévu de prendre le premier métro pour ne pas devoir arriver à la gare dans la panique. Hélas, celui-ci est plein à bloc ! Impossible pour moi, avec tout mon chargement, de m’y frayer une place ! Je pensais naïvement que le métro serait presque vide, à une heure aussi matinale. Fatale erreur : tous ceux qui travaillent à Paris mais habitent en banlieue sont obligés de partir aux aurores pour arriver à l’heure au bureau… Pour moi qui avais hâte de partir, c’est un cinglant rappel à la réalité ! Je ne peux m’empêcher de crier « Y a trop de monde sur la Terre ! » en croisant les doigts pour que le même gag ne se répète pas avec la rame suivante, faute de quoi je risque vraiment d’être juste…

 

5h50 : J’ai réussi à me glisser dans le métro suivant, ouf ! Mais je ne suis pas au bout de mes peines : le wagon n’en est pas moins bien plein, et pas forcément de gens très agréables à côtoyer. Croyant qu’une personne située derrière moi m’adresse la parole, je me retourne et lui demande « Quoi ? ». Un témoin me dit que la dame ne me parlait pas : je crois l’affaire close, mais non ! Le témoin, qui doit avoir dix ans de plus que moi, me fait la leçon et me menace des pires sévices si je ne me départis pas ce qu’il a décidé de cataloguer comme étant de l’arrogance de ma part… Je ne réplique pas, mais je regrette encore moins de partir ! La grande majorité des occupants du wagon sont des femmes noires : là encore, vous pouvez oublier les stéréotypes ! Le cliché de la grosse mamma noire toujours prête à vous serrer dans ses bras est totalement inopérant, de même que celui de la magnifique princesse sculpturale en boubou : elles ont beau être noires, elles ont le même air méprisant que les bourgeoises blanches. Décidément, la connerie n’a pas de couleur !  

 

10h30 : Je n’ai jamais été aussi heureux de revenir à Brest ! N’ayant pas eu le temps de prendre un petit déjeuner avant de partir, je m’arrête dans le « Izee » de la Place de la Liberté pour y consommer une boisson chaude et des croissants : le tout ne me coûte pas plus de quatre euros, ça me fait drôle de retrouver des tarifs honnêtes !  



[1] C’était le vrai nom de Pierre Dac, ‘faut tout vous dire, décidément.

[2] À ne pas confondre avec le mensuel Hara-Kiri, fondé en 1960 par Cavanna, Fred et Georges Bernier (qui n’était pas encore le professeur Choron) et dont Hara-Kiri Hebdo, justement, était le « prolongement hebdomadaire ».

[3] À ne pas confondre avec le mensuel Charlie, fondé en 1969, dédié à la bande dessinée et dont Delfeil de Ton, justement, fut le premier rédacteur en chef avant de céder la place à Wolinski.  

[4] C’est le vrai nom de Delfeil de Ton ! Vous n’êtes vraiment au courant de rien !

[5] Pourquoi ? Ben par allusion au « Poinçonneur des Lilas », tiens ! Cette question ! Des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous…  

[6] Le film s’intitule Mourir ? Plutôt crever ! Ce titre iconoclaste est justement l’épitaphe que Siné a choisie pour lui et toutes celles et tous ceux qui ont déjà leur place assignée dans son caveau, dont sa veuve et Delfeil de Ton. D’après Virginie Vernay, Cavanna aurait refusé à se joindre à ce beau monde, arguant que quitte à se faire chier pour l’éternité, il préférait le faire tout seul ! Non-conformiste jusqu’à la mort ? Non ; MËME dans la mort !

[7] Oui, c’est bien elle « la petite Virginie » de Lune de miel !


19/02/2024
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Du 3 au 10 février : Cavanna, ne revenez pas, ils sont toujours aussi cons !

 

Pour commencer, puisque la Saint Valentin approche, un petit dessin pour les amoureux - j'ai voulu représenter Trémière et Déodat, le couple (apparemment) paradoxal mis en scène par Amélie Nothomb dans Riquet à la houppe.

 

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 Samedi 3 février

 

11h30 : De passage sur la place Guérin avec une amie, j’apprends auprès de cette dernière que la crêperie « Les pissenlits par la racine » a fait l’objet d’une fermeture administrative pour raisons d’hygiène ! Dire que j’ai failli y déjeuner ! Je n’ose imaginer quelles saloperies nous aurions pu y attraper ! Enfin, je dis ça, mais je connais mal le dossier : depuis qu’on a interdit le Café de la plage d’accueillir des concerts pendant tout un semestre, je ne peux m’empêcher de penser que les pouvoirs publics ont les bistrots de la place Guérin dans le collimateur et ne rêvent que de les voir disparaître…

 

11h45 : Je discute dans un bar avec deux autres créatrices : nous envisageons de partager ensemble un kiosque à la PAM que j’ai déjà réservé. Au prix de la réservation le samedi, nous ne serons pas trop de trois pour rendre le coût raisonnable ! Mes associées semblent prendre l’affaire au sérieux, elles sont presque choquées quand elles comprennent que les responsables du bâtiment ne nous apporteront aucune aide, logistique ou communicationnelle, et que nous ne sommes pour eux que des cochons de payeurs. Je me promets de ne pas les décevoir et de faire mon possible pour que notre opération ne passe pas inaperçue…

 

12h30 : Après un petit apéritif, je me retrouve seul avec l’une de mes deux associées ; nous en venons, je ne sais pas trop comment, à parler d’Astrid et Raphaëlle : c’est la première fois, depuis que je l’ai découverte, que je rencontre une personne qui n’apprécie pas cette série ; c’est aussi et surtout la première fois que j’entends quelqu’un qui ne salue pas le jeu d’actrice de Sara Mortensen. La raison est vite trouvée : cette dame n’a pas d’autiste dans son entourage et, de ce fait, elle est persuadée que la belle Sara en fait trop. Mais pas du tout : quand on vit au quotidien avec l’autisme, on se rend compte que, loin d’être caricatural, le personnage d’Astrid Nielsen est presque en-dessous de la réalité… En tout cas, c’est ce dont je peux témoigner !

 

Lundi 5 février

 

16h : Après un dimanche sans histoires, je règle quelques affaires en ville : je suis ainsi amené à passer à la poste du centre-ville pour acheter des timbres. La caissière (car je n’ose plus parler de postière dans le cas présent) me demande… Mon adresse mail ! Mon adresse mail pour me vendre des timbres ? Non mais ça ne va pas, des fois ? En fait, cette jeune femme s’était mise en tête que j’envisageais je ne sais quelle opération supplémentaire qui aurait nécessité que je lui donne cette information… Il y a des jours où je regrette presque les postières d’antan : elles étaient aimables comme des portes de prison, c’est entendu, mais après tout, on ne leur demandait pas d’être souriantes mais simplement de faire leur boulot. Je préfère qu’on me fasse la gueule mais qu’on rendre le service que je sollicite plutôt qu’on me sourie mais qu’on me propose une réponse à une question que je ne pose pas !  

 

Mercredi 7 février

 

11h45 : Hier soir, j’avais presque réussi à être fier de moi, j’avais enfin bouclé la BD basée sur le scénario d’un jeune homme lourdement handicapé. Je suis donc allé scanner la dernière planche dans une boutique prévue à cet effet… Et quand je vois le résultat, une chape de plomb me tombe dessus : les lettrages sont illisibles ! Il est vrai qu’ils étaient très fins, mon Rotring ayant depuis peu un débit très faible, mais je m’attendais à ce que, scannés en noir et blanc, ils ressortent convenablement : la dame m’explique qu’elle ne peut pas régler sa machine qui détecte automatiquement si la page est en couleurs, en noir et blanc ou en « nuances de gris »… Voilà ce qui arrive quand on délègue tout aux machines ! Tous ces trucs automatiques conçus par des crânes d’œuf qui croient savoir mieux que nous ce dont nous avons besoin ne facilitent absolument pas la vie : je ne compte plus le nombre de fois où, rien qu’en voulant utiliser un traitement de texte, j’ai été retardé dans mon élan scripturaire à cause de fonctionnalités qui se déclenchent automatiquement et ne me servent à rien… Tout le monde a, dans son entourage plus ou moins proche, un casse-pieds qui croit tout mieux savoir que les autres, qui ne peut s’empêcher de mettre son grain de sel quand on ne lui demande rien et qui, au final, ne fait qu’aggraver les choses : grâce à la technique moderne, tout le monde en a un en permanence chez soi, à ceci près qu’on ne peut même pas lui clouer le bec en lui criant qu’il fait chier !

 

Puisque je parle de mes déboires d'auteur de BD, voici quelques croquis réalisés dans ce cadre :

 

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14h : Passage à la faculté afin de m’assurer que tout est prêt pour la journée d’étude sur Cavanna que j’organise demain. Je sors rassuré : la salle est réservée et sera opérationnelle. Le technicien m’a demandé si il y avait de la visioconférence de prévue : ma réponse négative lui a fait dire que ce point suffisait à faciliter grandement les choses et que je n’avais donc vraiment pas à m’en faire. J’avais réservé l’après-midi pour m’assurer que tout était son contrôle : ça aura duré moins de temps que prévu… On n’est jamais trop prudent, n’est-ce pas ?

 

15h30 : Je m’arrête à la médiathèque de Bellevue : de là, je pourrai gagner à pied l’annexe des Beaux-arts, ce qui m’évitera de devoir prendre le bus à l’heure de pointe. La circulation sur l’avenue Le Gorgeu n’a jamais été une partie de plaisir, mais les travaux du tramway en ont fait un vrai cauchemar… Assez vite, je n’ai plus grand-chose à faire, alors je me livre à une activité assez inattendue dans un tel lieu : je dessine. Plus exactement, je repasse au marqueur les lettres de la planche dans l’optique d’un rendu digne de ce nom quand je la ferai scanner. Je crains brièvement qu’on ne me fasse des remarques, mais dans la gigantesque écurie d’Augias qu’est la société actuelle, les médiathèques sont elles-mêmes devenues des fourre-tout où mon activité n’est pas plus incongrue que les cris des enfants…

 

A ce propos...

 

 

21h : Malgré mon obligation de demain matin, je suis quand même venu à la scène ouverte du Café de la plage. Désormais, quand je passe sur scène, je garde mon casque antibruit : ainsi, je suis forcé d’articuler pour m’entendre, on ne peut donc plus me reprocher mon débit oratoire, et je ne suis plus trop perturbé par le brouhaha du public qui a tendance à me freiner dans mon élan. Il faut croire que ça marche car on ne me fait aucune remarque sur la vitesse à laquelle je parle et un musicien se propose de m’accompagne au piano dans un avenir proche : je réponds que je ne suis pas certain de pouvoir caler ma voix sur une musique mais qu’on pourra toujours essayer à l’occasion.

 

Quelques photos prises lors de la scène ouverte :

 

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22h15 : Épuisé, je suis déjà parti. Arrivé à l’arrêt de bus, je me rends compte qu’il n’y en aura pas avant trois quarts d’heure. Il pleut, il fait nuit, je suis seul comme un chien. J’en ai vraiment ras-le-bol ! Pourquoi les horaires du bus sont-ils fichus ainsi, maintenant ? Il n’y a pas si longtemps, j’arrivais encore à ne pas devoir poireauter aussi longtemps ! Il parait qu’outre la seconde ligne du tram, les travaux visent à mettre en place une ligne de bus à haut niveau de service qui desservira mon quartier : en attendant, ils auraient déjà pu laisser en place la desserte qui existait déjà !

 

Jeudi 8 février

 

17h : Je quitte la faculté où la journée d’étude sur Cavanna, organisée sur mon initiative, vient de prendre fin. La fréquentation n’était pas énorme, mais les absents ont toujours tort. De toute façon, l’important n’est pas là : j’ai prouvé que j’étais capable d’organiser un événement et de le mener à bien. Tout s’est passé exactement comme prévu, nous avons même fini à l’heure, ce qui n’est pas si fréquent pour ce genre de manifestation. J’aimerais pouvoir savourer mon succès mais, à peine sorti, je me retrouve sous une pluie battante et mon parapluie est retourné par le vent… Franchement, la nature n’a pas besoin de me rappeler on insignifiance dans les moments où je pourrais m’aventurer à m’imaginer que j’ai de la valeur, la société fait déjà ça très bien ! Que dire de cette journée d’étude en elle-même ? Je l’ai à peine vue passer, tant j’étais concentré sur la bonne tenue de l’événement. Je ne reviendrai pas sur tout ce qui s’est dit, le public aura tout le loisir de le découvrir quand nous publierons les actes.

 

Quelques dessins qui m'ont été inspirés par les différentes communications : Pascal Tassy est revenu sur les parodies de vulgarisation scientifique écrites par Cavanna, notamment L'aurore de l'humanité.

 

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Monsieur Tassy explique d'ailleurs que ces parodies de vulgarisation scientifique trouvaient place dans un contexte de lutte contre le négationnisme...


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Lionel Simonneau a traité de Stop-crève, le combat le plus prométhéen mené par Cavanna...


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Magali Coumert a parlé des romans mérovingiens de Cavanna...


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Des romans historiques qui faisaient clairement référence à une vision de cette époque héritée de l'école de la IIIe République pour la subvertir...


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...ne serait-ce que la notion même "d'invasions barbares" qui sent son racisme à plein nez !


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Laurence Dalmon, enfin, est revenue sur Les écritures, véritable machine de guerre littéraire de Cavanna contre les religions. C'est vrai que cette histoire de "Sainte Trinité", je n'ai jamais marché...


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02-08-Cavanna (11) Laurence Dalmon - Sur la terre jette Dieu.jpg


02-08-Cavanna (12) Laurence Dalmon - A bas toutes les religions.jpg

 

Et puisqu'on parle de Cavanna...

 


Vendredi 9 février

 

9h20 : Je débarque à l’hôtel Bellevue, qui fut notamment l’établissement où était descendu Jack Kerouac, afin d’y retrouver l’une des intervenantes de la journée d’étude d’hier à laquelle j’ai promis de faire visiter Brest. En attendant qu’elle descende de sa chambre, je feuillette le dernier numéro du Télégramme où j’apprends, entre autres, que le conseil départemental du Finistère a voté le conditionnement du RSA à une activité : personnellement, je n’ai pas trop à m’en faire, il me sera facile de prouver que je ne suis pas inactif, mais je m’inquiète pour celles et ceux qui n’ont pratiquement que les aides sociales pour survivre. En fait, les économies réalisées ont de fortes chances d’être dérisoires pour la collectivité : le cliché du chômeur fainéant et alcoolique qui refuse de travailler pour ne pas perdre le RSA est une caricature qui n’a qu’un lointain rapport avec la réalité. Peu de gens risquent vraiment de tout perdre… Mais il y en aura tout de même quelques-uns qui risqueront de finir à la rue ! En fait, cette réforme est purement symbolique : les aides sociales, c’est comme les retraites, c’est de l’argent qui échappe au capital, et un technocrate comme Macron ne peut pas le supporter, pas plus d’ailleurs qu’un artistocrate comme Maël De Calan ; toucher de l’argent sans rien faire doit rester l’apanage de l’élite, n’est-ce pas ?

 

9h30 : Ponctuelle, ma visiteuse me rejoint. Je m’improvise ainsi guide touristique pour celle qui n’est autre que « la petite Virginie » que Cavanna avait immortalisée dans Lune de miel ! Elle me pose tellement de questions que je comprends ce que peuvent ressentir les parents sans cesse questionnés par leurs enfants ! Et pourtant, elle pourrait être ma mère : dans un sens, il est plutôt positif qu’à cinquante ans passés, elle garde une curiosité de petite fille… Faut-il y voir une influence de Cavanna dont la curiosité était en éveil permanent ?

 

13h : Alors que nous nous apprêtons à déjeuner aux Capucins, nous apprenons la mort de Robert Badinter… On retient surtout l’artisan de l’abolition de la peine de mort en France : c’est vrai qu’il fallait déjà un sacré courage pour mettre la guillotine au rencart à cette époque où les Français étaient encore majoritairement favorables à la peine capitale, surtout quand on sait que Giscard a reconnu qu’il ne l’aurait pas abolie s’il avait été réélu en 1981. Mais Badinter, c’était aussi l’artisan de la suppression des tribunaux militaires, cette justice d’exception où l’armée était à la fois juge et partie : Cabu a dit que c’était le seul combat qu’il avait vu aboutir de son vivant. Badinter, enfin, c’était un avocat qui a sauvé la tête de son client non seulement contre la justice française mais aussi contre la vindicte populaire qui réclamait la mort de Patrick Henry, comme si le sang que cet assassin avait déjà versé n’avait pas suffi. Bref, encore un porteur de lumières qui s’en va, laissant la France un peu plus dans les ténèbres… Un bon point quand même : comme ça, on ne parle plus du remaniement ministériel !

 

17h15 : Après avoir longtemps marché pour faire découvrir Brest à Virginie, je m’arrête, celle-ci venant de me quitter pour regagner son hôtel, au Coco’s bar, un établissement ouvert depuis peu sur la rue de Siam et que je n’avais encore jamais essayé. La salle est vaste et raisonnablement éclairée et il y a des fauteuils confortables : exactement ce qu’il me faut pour me reposer en attendant d’aller à la piscine. J’en profite pour feuilleter Max a une amoureuse que je viens d’acquérir dans l’espoir de l’offrir à un enfant : c’est un peu régressif de ma part, mais j’avoue être plutôt bon client de cette série qui parle de façon assez frontale des questions auxquelles les enfants peuvent être confrontés ; il ne faut pas idéaliser l’enfance, c’est une période de la vie plus angoissante qu’on ne le pense, on devrait oser tout dire aux enfants, les non-dits et les tabous sont souvent plus lourds à porter que la vérité…

 

18h : Je quitte le bar. Le serveur me reconnaît, il a vu ma photo dans Le Télégramme d’aujourd’hui : je comptais profiter de mon départ pour lui demander s’il ne serait pas intéressé par une animation que je pourrais assurer, mais cette entrée en matière inattendue me déstabilise et je me borne à lui remettre ma carte de visite… Je prends la route de la piscine, avec une motivation mitigée.

 

19h : Comme prévu, je ne suis pas très en forme pour nager. Je fais cependant de mon mieux, même si ma fatigue aggrave ma difficulté à saisir l’implicite : quand la monitrice me dit « un devant, un derrière », je ne comprends pas qu’elle parle des bras ! Ma patience aussi en a pris un coup : une élève, une jolie noire, me lance « C’est physique, hein ! » Je sais bien que les neurotypiques s’échangent volontiers des banalités pour créer du lien, mais je ne suis pas d’humeur à m’accommoder de cette manie de dire des choses sans intérêt et je l’envoie paître… Et on s’étonne que je sois toujours célibataire.

 

20h30 : Je me rends au Biorek brestois où les patrons fêtent les deux ans de l’établissement. J’espérais y retrouver une de mes meilleures amies avec ses deux enfants, mais ils sont déjà partis. Petite consolation : il y a une femme d’âge mûr qui connaît mon travail, à laquelle je peux ainsi apprendre la publication de l’article du Télégramme et, par voie de conséquence, la sortie de mon dernier recueil. De toute façon, après toutes les émotions que j’ai eues dernièrement, j’avais besoin du cadre feutré du Biorek pour me réconforter.

 

Samedi 10 février

 

15h : Me revoici en ville pour faire scanner cette fameuse planche dont j’ai ré-encré les lettrages. Je tombe sur un os : la boutique est fermée le samedi… Les crétins qui militent pour l’ouverture des magasins le dimanche feraient bien de savoir qu’il est déjà difficile, à Brest, de trouver des commerces ouvert le samedi et le lundi ! Voire des commerces ouverts tout court !

 

15h10 : Le tramway étant bloqué à cause d’une manifestation de soutien à la Palestine (pas de toute, ça doit faire trembler Tsahal !), je décide de prendre le bus pour monter jusqu’à Bureau Vallée. Mais ma patience atteint déjà ses limites : je ne peux m’empêcher de crier « silence » au couple qui parle fort dans mon dos. Effrayé par mon cri, le mec, visiblement déjà saoul, en fait tomber sa bouteille de vodka, qui se brise et répand une odeur d’alcool répugnante… Quand je monte dans le véhicule, une personne me bloque l’accès : je lui demande sèchement de libérer le passage, ce qui me rend suspect aux yeux du conducteur. Résultat : le type à la vodka, monté peu après moi, raconte je ne sais quoi sur mon compte à ce chauffeur qui y croit comme un seul homme et me menace d’appeler la police si jamais il m’entend encore une fois ! C’est la deuxième fois en un semestre qu’on me traite comme un criminel alors que je ne suis que victime de cette agression permanente que l’on appelle société…

 

15h15 : J’espérais que le bus desservirait l’arrêt Saint-Michel, ce qui m’approcherait toujours un peu de Bureau Vallée… Mais non ! Aux déviations liées aux travaux s’ajoutent celles provoquées par cette fichue manif : je n’ose pas me renseigner auprès du conducteur et je descends au premier arrêt, aux alentours de la gare. Je saute dans le premier bus qui arrive, lequel ne peut me faire monter plus haut que la station dont je viens déjà : il va donc falloir que je me tape quand même la côte à pied. Quand je pense que j’étais seulement sorti pour faire scanner un dessin et faire imprimer un billet de train…

 

15h30 : Enfin arrivé à Bureau Vallée, je précise tout de suite à la dame qui m’accueille que je ne saurai pas me servir moi-même de leurs engins et que j’ai donc besoin de son assistance pour scanner un dessin. Un gosse se met à pigner, je ne peux cacher la crispation que cela génère en moi. « Ça arrive que les enfants pleurent » me dit la vendeuse : je lui oppose qu’à leur âge, quand je faisais du bruit, j’étais vertement réprimandé ! Qu’elle ne puisse pas intervenir, je le conçois, mais qu’elle ne me demande pas EN PLUS de le tolérer ! Je crois que je hais notre époque…

 

15h45 : Ayant enfin obtenu ce que je voulais, je ressens un vif besoin de réconfort : je me rends donc à la boutique de piercing et de tatouage où j’ai l’habitude de me réfugier. Heureusement, je peux compter sur l’écoute de la « meuf » de l’équipe, une fille douce, gentille et compréhensive. On peut être piercée, tatouée et teinte en rose et être douce, gentille et compréhensive : ce n’est pas incompatible, c’est même plus fréquent que chez les dames patronnesses BCBG… Je regrette d’avoir juré de ne jamais me faire tatouer, je suis sûr qu’elle doit traiter si bien ses clients qu’on ne sent même pas la douleur…

 

19h : Avant de me rendre à la MPT du Valy-Hir où mon ami Miika Bjørn doit chanter, je passe dans un établissement que je ne fréquente plus qu’occasionnellement : la friterie. Je commande un gros cornet : la consommation de frites est devenue exceptionnelle chez moi et j’ai cruellement besoin de réconfort. Je ne peux m’empêcher de culpabiliser, moi dont mes proches affirment que j’avais minci… Il ne faudra pas que je m’étonne si j’ai des boutons au menton demain matin !

 

19h30 : Je prends le tram. Celui-ci est plein à bloc et ça s’aggrave au niveau du bas de Siam où nous sommes rejoints par une troupe de beaufs qui prennent le véhicule pour une salle de baloche et font un boucan du diable ! Visiblement, il y a un concert à l’Arena : je ne sais pas de qui, mais au vu du public qu’il draine, je me félicite de ne pas y aller ! Jugeant intolérable qu’on fasse autant de bruit dans les transports publics, je réclame le silence : une dame me dit que ces gens ne sont pas agressifs, qu’ils sont enjoués… Mais j’en fiche ! Cette attitude est totalement irrespectueuse des autres voyageurs, je ne vois pas au nom de quoi je devrais la tolérer !   

 

20h15 : Il n’y a pas grand-monde au concert de Miika et il ne faut pas compter sur moi, qui suis épuisé et d’humeur massacrante, pour mettre de l’ambiance ! D’autant que je ne peux m’empêcher de pleurer quand il chante « En cloque » et « Morgane de toi ». Il ne chante pas que du Renaud et j’apprécie l’essentiel de son répertoire… Sauf quand il se met à interpréter « Que je t’aime » ! Non, écouter du Johnny est au-dessus de mes forces : j’en profite pour aller aux WC… Comme quoi, l’expression « Pleure un bon coup, tu pisseras moins » est une belle connerie, comme la plupart des clichés d’ailleurs.

 

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22h10 : Dans le tram, nous avons la visite des contrôleurs : je ne peux m’empêcher de les narguer et de leur faire remarquer qu’on aurait eu besoin d’eux à l’aller pour rappeler à l’ordre tous ces blaireaux qui faisaient du boucan ! Je m’entends rétorquer que s’ils étaient « en règle » (comprenez : en possession d’un titre de transport), ils n’auraient rien pu leur dire… Voilà qui n’arrange pas mon moral quand je me retrouve pour une énième fois dans l’obligation d’attendre le bus pendant quarante minutes ! Je pars demain pour Paris, ce qui m’ennuie profondément : j’espère au moins que les usagers du métro seront aussi calmes que la dernière fois…

 

L'événement qui me retient à Paris :

 

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C'est tout pour cette semaine, à la prochaine !

 


11/02/2024
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Du 27 janvier au 2 février : les barrages paysans, j'y ai échappé !

 

 

Commençons par un petit dessin que j'ai réalisé pour l'anniversaire d'une amie - j'ai effacé son nom et celui des deux villes qui étaient indiquées sur les panneaux, libre à vous de le réutiliser en le complétant avec le nom d'un de vos proches et les toponymes de votre lieu d'habitation et du sien.

 

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Samedi 27 janvier

 

14h : Après un vendredi sans histoire, me voici de retour à Guilers pour écouter une conférence sur le passé de cette commune : avec ce que raconte l’oratrice, j’ai largement de quoi alimenter une chronique ou deux. Malheureusement, je n’ai pas trouvé de place au premier rang : ça n’a l’air de rien mais, de ce fait, je suis contraint de me retrouver coincé entre trois personnes, ce qui est déjà oppressant. Pour ne rien arranger, l’assistance ne peut pas s’empêcher de papoter pour un oui ou pour un non ! Et pourtant, du haut de mes 35 ans, je fais figure de bébé dans cette assemblée de seniors ! Et après, ça va se plaindre de n’avoir pas compris ! Le mythe de la sagesse qui vient avec l’âge est une vaste fumisterie !

 

15h30 : En sortant de la médiathèque, je tombe sur un avis de mariage affiché à l’entrée de la mairie. L’annonce est introduite en des termes bien étranges : « Devant être célébré FORT-DE-FRANCE (Finistère) »… De toute évidence, il y a une rupture de construction et une légère erreur de localisation géographique… À moins que ce soit moi qui ai mal compris quelque chose, mais ça m’étonnerait quand même un peu !

La preuve en image :

 

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Après "entre" figuraient bien évidemment les noms et adresses des mariés : j'ai recadré la photo de façon à ne pas vous les montrer, par respect pour l'intimité de ce couple - auquel je présente tous mes vœux de bonheur.

Dimanche 28 janvier

 

17h : J’ai profité de ce passage dans la commune de mon enfance pour passer la nuit chez mes parents. Mon père me ramène donc chez moi, dans sa voiture, la radio allumée. Je n’ose pas lui demander de l’éteindre. Au moins, ça me donne l’occasion d’apprendre que Didier Barbelivien présente une émission sur Europe 1 : ce dimanche-là, il recevait un académicien… Il paraît que France Inter est la radio la plus écoutée de France : on se demande bien pourquoi les auditeurs boudent les radios privées !

 

Lundi 29 janvier

 

10h45 : Je donne mon sang. Non, je n’en tire aucune gloriole. Je n’ai pas à être fier de ce geste, ça ne fait pas de moi quelqu’un de bien. Je me souviens de cet épisode d’Un gars, une fille où Jean et Alex vont donner leur sang et en tirent un prétexte pour prétendre être des « gens bien » mais refusent de donner l’aumône à un mendiant dans la seconde qui suit… Et puis pourquoi ne rend-t-on pas le don du sang obligatoire ? On fait bien payer des impôts aux gens qui gagnent bien leur vie : pourquoi ne forcerait-on pas les gens bien portants à donner leur sang ? Même les gens non imposables auraient l’occasion de rendre service à la société ! Dites, c’est pas con comme idée, je devrais peut-être la proposer à Raphaël Glucksmann !

 

Mardi 30 janvier

 

12h : Déjeuner au Subway avec mon ami correspondant au Télégramme. Le cadre est hideux et bruyant, les sandwiches sont dégueulasses, mais j’ai laissé mon ami choisir l’endroit par égard pour son emploi du temps chargé. Je le revois, entre autres, pour la promo de mon troisième recueil de dessins : un peu de publicité n’est pas de trop ! Il me pose des questions assez pointues, on ne peut pas lui reprocher de faire des efforts sincères pour s’intéresser à ce que font les artistes locaux : je saisis l’occasion pour me livrer comme je ne l’ai jamais fait devant un autre journaliste. Je lui dis franchement que la vocation de dessinateur satiriste m’était venue en voyant les Guignols brocarder les querelles un peu vaines des grands de ce monde et que je ne pensais pas que je devrais, en 2024, commenter des guerres, des pandémies, des triomphes populistes et toute cette crasse qui devrait relever d’un passé révolu depuis longtemps. Sans compter la catastrophe écologique annoncée par-dessus le marché… Peut-on rire de tout ? Oui, mais on n’y est pas obligé si on n’en a pas envie.

 

15h : Je reçois la visite inopinée d’une représentante de mon bailleur qui profite d’un passage sur site pour m’annoncer qu’un devis a été demandé en vue de la réfection des parties communes, où des crétins ont trouvé spirituel de répandre de la peinture bleue partout, et qu’ils allaient aussi engager un programme de rénovation des « espaces verts » – une appellation pompeuse pour la malheureuse cour qui entoure l’immeuble et où des plantes invasives poussent entre deux amoncellement de détritus… Au moins, en envoyant une lettre pour me plaindre de cet état de fait, je n’aurai pas prêché dans le désert ! Rendez-vous dans un an pour voir si ses belles promesses n’auront pas été du vent…

Portrait d'une petite fille, réalisé pour faire une surprise à ses parents :

 

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Mercredi 31 janvier

 

10h : Désespérant d’y parvenir chez moi, je fais scanner ma dernière planche dans une boutique spécialisée. La jeune femme qui me prend en charge s’est trompée de type de fichier : elle me demande donc de « la lui repasser » ; pensant qu’elle parle de ma clé USB, je me mets à la fouiller compulsivement ma sacoche pour la retrouver : la demoiselle me dit donc qu’elle parlait de ma planche, qu’elle venait de restituer ! La clé, elle l’avait toujours ! Et oui, mentalement, j’étais déjà prêt à partir : ma difficulté à saisir l’implicite, qui est un trait autistique courant, a fait le reste. Cette anecdote n’est pas glorieuse, mais je tiens à l’opposer à celles et ceux qui seraient tentés de penser que je joue la comédie…

 

15h30 : J’arrive à la médiathèque de Bellevue pour y travailler dans le calme en attendant l’heure du cours du soir. Je dois déchanter : le mercredi, les minuscules sont là pour faire des activités et il ne faut compter ni sur les animateurs ni sur les bibliothécaires pour demander le silence à ces chers petits ! Bref, c’est l’enfer. Je ne suis pas du genre à vivre dans le passé, mais ça me rend nostalgique de l’époque où le silence était de rigueur dans ce qu’on appelait encore des bibliothèques et où les gosses n’avaient pas tous les droits…

Comme chaque mercredi soir, j'étais au cours de dessin ; nous avions un modèle pour faire du croquis de nu, en voici un aperçu :

 

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Jeudi 1er février

 

12h : J’apprends que pour prendre la mesure de la flambée des prix, Gabriel Attal va visiter un supermarché… En compagnie d’un traducteur ! Le premier ministre a besoin d’un interprète pour explorer un endroit où les Français moyens vont faire leurs courses ! Je mettrais ça dans un dessin, tout le monde dirait que j’exagère ! Chers parents, votre ado est un branleur qui ne veut même pas aller faire une course au Leclerc du coin ? Ne vous inquiétez pas pour son avenir, il a le niveau pour devenir chef de gouvernement !

 

22h20 : Après un passage à la scène ouverte de La Raskette, où je n’étais pas venu depuis longtemps, j’arrive sur la place de la Liberté afin d’y prendre le bus pour Lambé… Qui ne passera que dans quarante minutes. Je récapitule : j’ai sué sang et eau pour un rendez-vous auquel la personne que j’attendais n’est pas venue, j’ai été lamentable sur scène, je n’ai pas eu un seul client pour les caricatures, et, pour couronner le tout, je me retrouve ENCORE à attendre le bus en pleine nuit, seul comme un chien ! On n’arrête pas de me dire « Savoure l’instant présent ». Et bien il a un goût de merde, l’instant présent ! 

 

Quelques croquis exécutés lors de cette scène ouverte :

 

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Vendredi 2 février

 

17h : Je quitte le café de la librairie Dialogues où j’avais rendez-vous avec une acheteuse : j’ai deux heures à tuer avant le cours de natation, je me dis que je peux aller à pied jusqu’à la piscine. Mais alors que j’ai déjà la tête dans les nuages, un objet non identifié éclate à mes pieds ! Je hurle de terreur et tourne la tête : j’ai tout juste le temps d’apercevoir, avant qu’ils ne s’enfuient sans demander leur reste, les deux jeunes crétins qui m’ont jeté un pétard… Quick et Flupke dans les BD d’Hergé, c’était assez drôle : dans la vraie vie, c’est moyennement drôle !

 

Terminons avec un événement que j'organise la semaine prochaine pour faire vivre la mémoire de Cavanna qui nous a quittés il y a déjà dix ans :

 

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C'est tout pour cette semaine, à la prochaine !

 


03/02/2024
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Du 19 au 25 janvier : Joue pas avec mes nerfs !

 

Commençons par ce qui a fait la une de la presse cette semaine :

 

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Vendredi 19 janvier

 

16h : Je reçois la visite d’une enseignante dont j’ai été l’élève en quatrième : en dépit du fait que ce fut la pire année de ma vie, je tiens à garder le contact avec cette dame contre laquelle je n’ai jamais eu de grief particulier, bien au contraire. Je suis néanmoins très surpris de l’entendre me dire qu’elle ne garde pas de moi le souvenir d’un élève désagréable ! Il faut dire que je n’entendais parler de moi que pour dire que j’étais la source de tous les problèmes de la classe, discours tenu par la quasi-totalité de mes « camarades » et corroboré par certains collègues de cette dame qui auraient probablement demandé mon exclusion si j’avais été diagnostiqué à l’époque ! Beaucoup témoins de l’époque me contredisent quand je soutiens cette idée : ils ont oublié que la connaissance de l’autisme n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui ! Il y a vingt ans, exclure de l’école un enfant autiste dont la présence « posait problème » ne choquait personne. Aujourd’hui, il est vrai, ça ferait scandale ! Enfin… Je suppose ?

 

19h : À la piscine, la monitrice habituelle est absente et remplacée par un de ses collègues : ça suffit déjà à me mettre mal à l’aise. Ce sympathique jeune homme n’arrange rien quand il nous donne la consigne de faire une longueur en s’accrochant au mur de la piscine : pour moi qui ai déjà pris l’habitude de nager avec mes palmes pour toute assistance, ce mot d’ordre censé faciliter l’apprentissage ne fait que me rendre la chose plus complexe ! J’ai l’impression de vivre cette BD où Hugot imagine un monde où on recommence ses études à zéro après les avoir terminées, de sorte que des adultes bardés de diplômes doivent retourner à l’école primaire… Et se révèlent incapables de trouver la solution d’une addition très simple, le souvenir de leurs leçons d’enfance étant enfoui sous celui, plus frais, des formules autrement plus élaborées qu’ils ont apprises récemment ! Hugot n’est certes pas mon auteur préféré de Fluide Glacial, mais il a des trouvailles brillantes qui, sous des airs absurdes et poétiques, en disent en fait beaucoup sur la société…

Un autre taillage de costard à Sophie Davant, assorti d'un hommage au grand Gustave Courbet :

 

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Samedi 20 janvier

 

11h30 : Dans le fourgon d’un ami qui a bien voulu m’aider à ramener de Guilers des affaires assez lourdes que j’avais laissées chez mes parents, nous en arrivons à échanger à propos de la photo où je prends la même pose que sur l’affiche du Journal de Bridget Jones, ce qui nous amène à parler de Renée Zellweger que je trouve charmante mais qui, me dit mon camarade, n’est pas forcément très séduisante dans le film… Mine de rien, ce dialogue me fait réaliser une chose : on a réussi à convaincre les moins superficiels d’entre nous que l’équation « beau = gentil et laid = méchant » n’est pas pertinente, mais il y a encore du boulot pour venir à bout de l’équation « extrêmement beau = toujours digne et moyennement beau = potentiellement ridicule ». Bien sûr, il y a des exceptions, comme chez les Frères Coen qui ont fait jouer un rôle d’imbécile heureux à George Clooney mais, globalement, un héros ou une héroïne inspirant le respect est toujours beau comme un dieu (ou une déesse) tandis qu’un personnage ridicule sera, au mieux, vaguement joli. Il faudrait sortir de ça ! Franchement, ça ne me déplairait pas de voir Angelina Jolie se prendre les pieds dans le tapis, ne serait-ce que parce que je n’ai jamais pu saquer cette m’as-tu-vu !

 

15h : Je débarque chez Pod pour lui livrer son exemplaire de mon dernier album ; mais ce coquin ne m’avait pas prévenu que c’était aujourd’hui l’inauguration d’une nouvelle exposition à la galerie ! Résultat, moi qui venais simplement apporter un livre, je me retrouve à étouffer dans un groupe de gens inconnus et bavards… L’expo présente des photos un peu spéciales : des femmes se sont fait peindre sur tout le corps puis se sont fait photographier avec leur peinture pour tout vêtement ! Je remarque qu’elles ont à peu près toutes le pubis rasé : moi qui croyait que les Goristes exagéraient quand ils chantaient l’extinction programmée des morpions ! La photographe me remarque : elle ne me connaît pas mais dit qu’elle peut me renseigner ; je lui donne ma carte de visite : elle me présente à son mari qui, ça ne rate pas, me demande mon avis. Il y a des jours où je me demande si je ne devrai pas taire mon doctorat en philosophie quand je me présente… J’improvise donc un baratin sur les peintures qui révèlent une part de la personnalité tout en révélant une, et tout le tralala que je peux sortir pour avoir l’air intelligent, moi qui aimerais tant pouvoir me contenter de dire d’une photo qu’elle est belle… Bon, j’arrive quand même à livrer Pod, c’est le principal !

 

17h : Conférence à la MPT de Saint-Pierre, consacrée aux chansons sur Brest depuis l’avant-guerre jusqu’à nos jours. J’avoue que je n’étais pas certain que j’y trouverais matière pour ma chronique histoire : finalement, j’y découvre pas mal de chose à raconter puisque je n’avais pas réalisé, jusqu’alors, que des chansons telles que « Le crime de la rue Suffren » ou « La complainte de Jean Quéméneur » étaient autant d’expression du mépris que la rive gauche avait pour la rive droite, perçue comme un quartier d’ouvriers analphabètes, alcooliques et cocus ! Après la guerre, on n’a plus chanté Brest que pour exprimer le traumatisme des bombardements : le renouveau n’est venu que dans les années 1990 avec les Goritstes (comment ça, « encore eux » ?) et « La Penfeld aux Brestois » où, enfin, Brest se projetait dans l’avenir. La conférence a drainé beaucoup de monde et l’orateur invite le public à chanter en chœur quand il nous fait écouter les chansons qu’il cite en exemples : à ce moment-là, je mets mon casque anti-bruit et je gribouille un dessin illustrant la chanson concernée. Je reviens ainsi avec un dessin pour chaque chanson, sauf pour « Brest » de Miossec car la version qu’il nous bombarde sans sommation est celle de Nolwenn Leroy qui ne m’a rien inspiré d’autre, si ce n’est l’envie de représenter cette greluche made in TF1 dans la même situation qu’Assurancetourix à chaque banquet, ce qui m’aurait éloigné du sujet.

 

Voici les dessins en question. Si vous ne connaissez pas les chansons, cliquez sur ce lien pour les écouter.

 

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19h30 : Dans notre série « Quand c’est bien, il faut le dire », je dois admettre que, pour une fois, les correspondances se goupillent bien sur mon trajet entre Saint-Pierre et Lambé : bon, d’accord, j’ai dû courir deux fois, mais j’aime mieux ça que devoir attendre une demi-heure dans la fraîcheur nocturne ! Au final, je ne mets pas plus d’une heure pour traverser toute la ville : ce serait un retour parfait s’il n’y avait pas, une fois de plus, un crétin qui impose sa musique aux autres voyageurs ! Bibus semble avoir déposé les armes face à cette attitude incivique devenue trop fréquente… La connerie nous a toujours à l’usure !  

 

Dimanche 21 janvier

 

10h : Passage à la boulangerie pour acheter du pain et une galette des rois en prévision du passage d’un couple d’amis et de leur petite fille. Je surprends ainsi une discussion sur les jeunes qui, dit-on, ne voudraient plus travailler, auxquels on ne peut plus demander de faire d’effort… J’ai l’impression qu’on entendait déjà cette rengaine à l’époque où mes parents étaient encore adolescents ! Je préfère ne pas intervenir.

 

16h : Mes amis sont là avec leur fillette, qui a elle aussi des traits autistiques : je lui acheté à son attention deux livres des Monsieur-Madame, à savoir Monsieur Silence, pour des raisons évidentes, mais aussi Les Monsieur-Madame au festival, où Madame Risette joue pour Madame Timide le rôle de « l’ami-paravent » qui est souvent capital pour aider une personne autiste à aller là où elle n’oserait aller… Sincèrement, plus je connais les Monsieur-Madame, plus je me demande pourquoi on a fait des livres « pour adultes » avec eux, alors que leurs histoires destinées aux enfants sont déjà parlantes à tout âge ! Quoi qu’il en soit, le père de cette demoiselle, qui est en reprise d’étude, m’en apprend une belle : il a réussi à avoir une mauvaise note pour un devoir… Qu’il avait fait faire par une intelligence artificielle ! Alors qu’il avait eu de meilleures notes pour des travaux qu’il avait exécutés lui-même ! Dans un sens, c’est rassurant : la machine ne supplantera l’homme que le jour où elle sera vraiment infaillible et ça, ce n’est pas demain la veille !

 

21h : Avant de me coucher, j’ai vent de la polémique concernant Sylvain Tesson… Je n’ai jamais rien lu de ce type, je ne peux donc pas me prononcer pour savoir si ce choix est pertinent. La seule chose dont je suis sûr, c’est que les écrivains qui se sont empressés de crier haro dans Libération ont fait exactement ce que l’extrême-droite attendait d’eux, à savoir fournir un prétexte en béton armé pour présenter les ennemis du fascisme comme des bourgeois méprisants ! Le pire, c’est que moi-même, je préfère encore cette caricature à celle en punks à chien qui circule également… Il fut un temps où être antifasciste n’était pas si difficile, tout de même.

 

Quelques portraits de proches, réalisés pour le plaisir :

 
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Ce dessin représentant une jeune chanteuse de mes amies m'a servi de visuel pour une vidéo mettant en valeur son immense talent :

 

Lundi 22 janvier

 

10h30 : Entrevue avec mon prof d’EPS de terminale, lui aussi commanditaire de mon album. Nous parlons de choses et d’autres et notamment de son épouse prof (comment ça, ça ne vous surprend pas ?) de littérature (comment ça, ça vous étonne ?) : monsieur est à la retraite depuis déjà un an et demi, madame le sera dans quelques mois et d’ici là… On lui demande toujours de faire des remplacements dans d’autres établissements, même si c’est à l’autre bout de la France ! Pardon, on ne lui demande pas : on lui ordonne… Voilà comment on remercie les enseignants en fin de carrière : en les traitant aussi mal que des profs débutants ! Et on s’étonne qu’il y ait carence de vocations… 

 

17h30 : Passage chez un ami qui me dépanne en me cédant un chargeur de téléphone portable. Un service en valant un autre, il me demande de l’aider à le débarrasser d’une enceinte sans fil : hors de question de garder pour moi cette invention du diable ! Je garde en travers de la gorge toutes les fois où j’avais voulu chercher le calme au bois et où il s’est trouvé au moins un cas social pour me casser les oreilles (sans parler d’autre chose) en me crachant sa musique de merde au moyen de cet engin de malheur ! J’emporte donc l’appareil, bien décidé à trouver quelqu’un qui en voudrait bien : après tout, je le donne gratuitement ! N’empêche que je me sens un peu humilié d’avoir ça dans la main : qu’est-ce qu’il ne faut pas faire par amitié ! 

 

 Mardi 23 janvier

 

11h30 : Repérages à l’auberge de jeunesse où je dois exposer mes travaux en mars prochain ; comme l’espace a une capacité largement supérieure à ce que je peux présenter, je le partagerai avec mon amie peintre Soraya. La grosse différence entre mon travail et le sien, c’est que j’envisage le dessin comme une écriture et que mes productions n’ont donc pas besoin, pour être mises en valeur, d’un éclairage ou d’un encadrement particulier, contrairement aux toiles de Soraya qui nécessitent, en vue de leur installation, une réflexion sans doute légitime mais qui, pour un observateur extérieur, pourrait passer pour du chipotage ! Moi-même, j’avoue que devant les tergiversations de mon amie, je ne suis pas loin de ressentir le même effarement qui me venait jadis quand j’allais dans les magasins de vêtements en traînant la patte, contraint et forcé par ma mère et faisant tout pour écourter cette corvée, tandis que ma sœur passait des heures à comparer les fringues entre elles…

 

12h30 : N’ayant pas beaucoup de temps devant moi et le Biorek étant fermé, je m’arrête à la Brioche dorée : il y a une file d’attente conséquente, ce qui suffit déjà à me mettre mal à l’aise, mais je pourrais encore m’en accommoder si la serveuse, ayant pris ma commande, ne me proposait pas de me garder mon toasté au chaud jusqu’à ce que je passe à la caisse en ajoutant la maudite formule : « c’est comme vous voulez » ! Cette petite phrase a le don de me déstabiliser ! Mais faites comme il est d’usage et arrêter de me demander mon avis d’ignorant, bon sang de bois !

 

13h15 : J’ai reçu un coup de fil, mais dans le brouhaha de la ville, il m’a été impossible d’entendre quoi que ce soit au message laissé par mon correspondant. Je le rappelle donc dans le seul endroit où je peux espérer trouver du silence hormis mon propre logement : les toilettes du cabinet de mon médecin ! Je ne sais pas qui a eu cette idée folle, un jour, d’inventer le téléphone portable puis de le généraliser, mais une chose est sûre : ce type-là ne devait pas fréquenter de personnes souffrant d’hyperacousie…

 

Ce dessin rend hommage à Cavanna qui nous a quitté il y a dix ans : il m'a servi de visuel pour un événement dont je vous reparlerai bientôt...

 

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Mercredi 24 janvier

 

9h30 : Voir les Allemands se mobiliser contre l’extrême-droite, ça devrait me rassurer. Mais si même cette nation, qui n’a pourtant aucune excuse pour ignorer à quelles horreurs mènent les idées nationalistes, a cependant besoin de lutter contre la peste brune, ça ne me dit rien qui vaille… Je suis à bout de nerfs et ce n’est pas le climat ambiant qui va m’aider !

 

14h30 : Je relève mes messages ; j’ai un rendez-vous qui risque de sauter parce que ma commanditaire craint de ne pas pouvoir prendre la route pour Brest à cause des barrages des agriculteurs… Chaque fois que j’ai vent d’un renoncement motivé par ce qui a été annoncé dans le poste, que ce soit une épidémie, une grève ou une tempête, je ne peux m’empêcher de repenser à ces gens qui se sont rués dans les magasins pour faire des stocks en prévision… De la guerre du Golfe en 1990 ! S’il y avait dû avoir une catastrophe à chaque fois que les médias nous en ont annoncé une ces trente dernières années, nous serions déjà tous morts à l’heure qu’il est ! Bon, je n’insiste cependant pas auprès de mon acheteuse : le client est roi !

 

Jeudi 25 janvier

 

18h : Conférence de Jacques Le Goualher sur « la Consulaire », ce canon algérien exposé en plein cœur de l’Arsenal de Brest et que l’on peut apercevoir facilement en prenant le téléphérique : mine de rien, on a dit beaucoup de bêtises à son sujet… Moi le premier ! J’envisage donc sérieusement d’écrire une série d’articles pour remettre la vérité sur ses pattes ! En attendant, je me dois de signaler un détail important : certes, le canon est bien surmonté d’une statue de coq posant la patte sur une sphère MAIS celle-ci ne représente pas le globe terrestre comme on le prétend trop souvent : c’est un simple boulet de canon ; en d’autres termes, ce coq métallique consacre le fait que le canon tant redouté a été rendu inoffensif mais il n’exalte pas le colonialisme français – déjà amplement valorisé par les plaques ornant le socle, il faut bien l’admettre. La conférence est excellente, mais très longue : une heure et demie ! Je suis sûr que ce professeur en retraite aurait pu être plus synthétique, même si je ne peux pas lui tenir rigueur d’avoir voulu s’étendre sur un sujet qui a toutes les raisons de le passionner…

 

20h : Du fait de la longueur de la conférence, j’arrive en retard à la scène ouverte organisée au Kafkerin, premier événement de l’année du Collectif Synergie. Je change un peu mes habitudes : je ne me contente pas de déclamer mes propres textes, je propose aussi quelques chansons qu’il serait injuste d’oublier comme « Caca chocolat » du professeur Choron et « J’m’en fous de la France » de Maxime Le Forestier. Mine de rien, la fréquentation est bonne ce soir et nous n’avons pas de mal à trouver des volontaires pour passer sur scène. Je passerais une bonne soirée s’il n’y avait pas ces jeunes garçons lourdement handicapés dont la présence me met mal à l’aise : j’ai peur d’être assimilé à eux… Mais j’ai honte de l’avouer !

Quelques croquis réalisés lors de cette soirée très réussie :

 

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C'est tout pour cette semaine, à la prochaine !

 


28/01/2024
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Du 12 au 18 janvier : Je suis déjà fatigué !

Vendredi 12 janvier

 

16h : Passage en centre-ville pour remettre quelque chose à ma petite sœur. Il y a beaucoup de monde en ville, je suis un peu surpris, mais l’explication vient rapidement : ce sont les soldes ! Je repense à l’époque où ma mère me traînait dans les magasins pour m’acheter des fringues et je me dis que les nostalgiques de l’enfance sont vieux et amnésiques…

 

16h30 : Je ne peux m’attarder chez ma sœur qui a un rendez-vous important. Elle a quand même le temps de m’apprendre qu’elle n’aime pas Jacques Dutronc. Un peu étonné, je lui demande pourquoi : elle me répond que c’est parce qu’il soutient Depardieu ! C’est vrai que c’est difficilement défendable, même si ça ne m’étonne qu’à moitié de la part d’un je-m’en-foutiste professionnel comme Dutronc. Maintenant, s’il faut se priver de tous les artistes qui prennent des positions discutables, il ne va pas nous rester grand’ chose. D’un autre côté, je serais mal placé pour reprocher son attitude à ma sœur car, pour ma part, c’est Françoise Hardy que j’ai tendance à bouder, même si je reconnais depuis peu qu’elle mérite peut-être que l’on garde d’elle un meilleur souvenir que celui d’une vieille peau qui a eu peur de François Hollande !

 

17h30 : En attendant l’heure d’aller à la piscine, je rends une petite visite à mes amis de la boutique de tatouages et de piercings. Le perceur de la maison a une sacrée surprise : il reçoit un coup de fil d’Europe 2, on l’interroge sur son métier et ce bref entretien téléphonique sera probablement diffusé à la radio ! C’est le genre d’événement auquel il n’est pas donné tous les jours d’assister tous les jours, même s’il n’y a pas de quoi se laisser impressionner.

 

Samedi 13 janvier

 

10h20 : Je débarque au Patronage Laïque de Lambézellec pour livrer mon recueil de dessins à un commanditaire. Celui-ci fait partie de l’association Asperansa qui est justement en réunion dans ces murs. À ma grande surprise, ses camarades décident subitement presque tous de m’acheter un recueil à leur tour ! Je décroche cinq commandes d’un seul coup, moi qui ai habituellement tant de mal à placer mes recueils ! Décidément, il n’y a pas de règle absolue pour réussir une vente et les « professionnels » du marketing qui vous prétendront le contraire sont des menteurs – mais ça, je m’en doutais déjà avant.

 

10h40 : Avant de récupérer chez moi les cinq exemplaires que j’ai promis à ces messieurs-dames, je m’arrête dans un bar-tabac pour faire de la monnaie, conscient que je risque d’en avoir besoin pour me faire payer mes livres. Pour éviter de rééditer la mésaventure du tout début d’année, avec la buraliste revêche qui n’avait jamais rencontré de personne avec autisme, je décide d’acheter un Banco. Surprise : je gagne deux euros ! Je décide aussitôt d’en profiter pour récupérer l’euro que ce ticket m’a coûté et en acheter un autre. Re-surprise : je gagne à nouveau deux euros ! Je récupère donc un autre euro et achète un autre ticket. Vous connaissez le proverbe « Jamais deux sans trois » ? Et bien c’est de la connerie : cette fois, je ne gagne rien. Mais je n’en ai cure, vu que je n’ai rien perdu et que je suis même bénéficiaire ! N’empêche que pour moi qui, d’habitude, ne joue jamais, c’est assez incroyable !  

 

11h20 : Retour au PL Lambé : je ne comptais pas perturber la réunion de ces messieurs-dames, mais à peine suis-je entré qu’ils m’invitent à m’asseoir. Et dès que je suis assis avec mes livres en main, ils m’assaillent littéralement ! Je repense à l’excellente Sara Mortensen quand elle joue Astrid tournant de l’œil lorsqu’une meute de journalistes avides de scoop se jette sur elle : je ressens à peu près la même sensation et je me dis que pour des gens censés savoir ce qu’est l’autisme, mes hôtes ne font pas preuve d’une finesse excessive… Je réussis néanmoins à vendre et à dédicacer six exemplaires (j’avais apporté un peu de rab au cas où). Avant de partir, je demande le nom d’un enfant que j’identifie comme une petite fille et qui se trouve dans la salle : on me répond que c’est un garçon et que je peux le lui demander directement… Voilà typiquement le genre de maladresse que je commets au quotidien !

 

15h : Je reçois un photographe qui a accepté de se déplacer chez moi pour composer avec moi une parodie de la fameuse affiche du Journal de Bridget Jones : je n’ai certes pas le sex-appeal de Renée Zellweger, mais c’est justement ce qui rend le pastiche intéressant. J’ai bien entendu pris soin de dégager mon salon afin qu’il ait l’espace nécessaire pour installer son matériel. Mais même avec ça, il a un peu de mal à trouver un point de vue assez élevé pour me photographier en contre-plongée ! Le seul escabeau dont je dispose n’est pas spécialement gigantesque, il pense même un instant à s’installer carrément sur le rebord de la fenêtre ! Heureusement, il finit par trouver le bon angle et n’a donc pas besoin d’en arriver à cette extrémité dangereuse. C’est à ce moment-là que ça devient compliqué pour moi : la pose n’est pas confortable, il faut avoir à la fois les jambes croisées, le buste penché vers l’avant et la tête dressée vers le plafond, le tout en maintenant l’expression étrange de la charmante Bridget… Ce n’est pas si facile de faire le mannequin, en définitive ! Bon, nous y arrivons quand même…

 

Voici le résultat, le nouveau visuel de ce blog et, j'espère, la couverture du livre quand il verra le jour :

 

Le journal du professeur Blequin - Couverture.jpg

 

Dans le même ordre d'idées, voici le nouveau visuel de la page d'accueil de mon site :

 

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19h : Je passe retirer ma commande à la pizzeria du coin. Le serveur, qui me reconnaît, me rend un billet de dix euros que j’avais fait tomber en venant commander : il me dit que ça mériterait bien que je lui fasse sa caricature ! Un peu surpris, je lui demande comment il sait que je fais ça alors que je ne lui en avais jamais parlé : il me répond que lui et ses collègues ont lu un article sur moi et qu’ils savent tous qui je suis… Je rentre chez moi, quelque peu dérouté.

 

Dimanche 14 janvier

 

15h : J’ai un peu de mal à me motiver pour dessiner, mais il faut quand même je le fasse. Alors je me connecte à la plateforme France.tv, histoire de me passer, tout en travaillant, quelques épisodes d’Astrid et Raphaëlle. Ça me permet de tomber sur la dernière trouvaille de la télévision publique française : Un gars, une fille 25 ans après ! Mais n’espérez pas retrouver Jean Dujardin ni la ravissante Alexandra Lamy : il s’agit d’un autre couple, qui doit réapprendre à vivre à deux après le départ des enfants… Après Un gars, une fille au pluriel, il se confirme que l’imagination devient une denrée aussi rare que le steak de diplodocus ! À quand Un gars, une fille au singulier avec un mec qui discuterait avec la nana en poster sur laquelle il se branle et Un gars, une fille 50 ans après qui raconterait les amours et les disputes d’un couple en fin de vie dans leur EHPAD ? Ils sont capables de le faire, vous verrez !

 

Ce que j'ai réussi à produire ce dimanche. D'abord, une peinture "automatique" :

 

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Deux dessins pour tailler un costard à une de mes têtes de turc préférées :


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Deux caricatures de personnes proches (n'essayez pas de voir qui c'est) :

 

 

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Une parodie du tableau de Degas avec Evariste de Valernes, mettant en scène un ami psychologue :

 

01-17-Degas et Evariste - Mathieu et moi.jpg

 

Une autre "peinture automatique" :


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19h : Je tombe sur un article consacré à ces descendants d’immigrés marocains qui décident de quitter la France et de s’installer au pays de leurs ancêtres. Il fallait s’y attendre ! À force de s’entendre traiter d’étrangers alors qu’ils sont nés dans l’Hexagone et d’être accusés de tous les maux de la société, ils finissent par prendre tout ça au mot et par foutre le camp ! J’ai déjà l’idée d’une mini-BD où trois gros beaufs racistes décideraient de fêter ça, puis se rendraient compte qu’ils sont désormais privés des services que leur rendaient ces fils d’immigrés, au point de se dire « Merde, on s’est encore fait avoir ! » Et oui, mettez-vous bien ça dans le crâne : la xénophobie n'est PAS une idéologie populaire ! Si un gouvernement aussi antisocial que celui dont nous subissons actuellement l’autorité ne voit aucun inconvénient à appliquer les idées du RN en matière d’immigration, c’est bien la preuve que celles-ci ne sont pas destinées à nous faire plaisir ! Si le racisme dérangeait vraiment les puissants, ils ne seraient pas les premiers à le pratiquer ! Il serait grand temps de se mettre ça dans la tête !

 

Lundi 15 janvier

 

12h : Je suis au Beaj Kafé pour la journée ; j’ai quelques travaux d’écriture sur lesquels je souhaiterais avancer. Je déjeune naturellement sur place : en attendant mon tour de commander (ça se fait au comptoir), je jette un œil sur la presse. J’apprends ainsi que Trump s’envole dans les sondages alors qu’il est menacé d’inéligibilité, que 2023 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée, que Le Pen réplique à la nomination d’Attal en proposant déjà Matignon à Bardella… On avait beaucoup parlé du « monde d’après » pendant le Covid ; plus récemment, en m’adressant ses vœux, une amie m’avait dit qu’elle espérait que l’année nouvelle serait bonne aussi pour la planète… Putain, c’est pas gagné ! Et on s’étonne que je ne sorte plus de ma bulle qu’en rechignant…

 

Mardi 16 janvier

 

10h : Il faut que j’avance sur une BD qu’on m’a commandée. Avant de m’y mettre, je sors prendre l’air au bois de la Brasserie. Théoriquement, l’accès à cet espace vert est interdit en raison des dégâts dus à la tempête Ciaran : seulement voilà, il n’y a pas de grillage, il n’y pas non plus de cerbère pour interdire l’entrée, je vois même un petit vieux qui promène son chien… Alors tant pis, je passe outre ! Au final, je ne croise personne m’ordonnant de faire demi-tour et, de toute façon, là où les arbres déracinés m’empêchent vraiment de poursuivre mon chemin, je ne suis pas assez stupide pour m’amuser à les escalader ! Avec le recul, je regrette de ne pas avoir la même attitude pendant le confinement : je n’ai jamais été contrôlé, alors m’aurait-on vraiment empêché de m’oxygéner au-delà de la malheureuse heure qui nous était officiellement allouée ? Plus ça va et moins je me plie aux règles : je finirai vieillard indigne !

 

17h15 : Je me rends à la MJC de L’Hareloire ; ce n’était pas vraiment prévu, mais une jeune admiratrice m’a proposé de venir la rejoindre et il m’aurait paru inconvenant de refuser. Ça débute mal car le hall d’entrée est occupé par une marmaille bruyante… Nous finissons quand même par pouvoir monter à l’étage où nous attend un spectacle assez singulier : une conteuse sourde et muette ! Bien sûr, son récit en langue des signes est traduit par une interprète, ce qui permet aux béotiens dont je fais partie de suivre l’histoire malgré tout. Mais j’ai un mal de chien à me focaliser sur ses gestes ET sur la traduction en même temps : la langue des signes nécessite un apprentissage et une expérience qui ne s’acquiert pas en un jour… Elle nous raconte « La petite sirène » : il est logique que l’histoire de cette pauvre créature qui se retrouve privée sa voix soit parlante (hum !) pour une personne sourde-muette… Mais au final, ce qui me marque le plus, c’est la salle dans laquelle nous nous trouvons, que je trouve assez bien foutue pour une salle de MJC ! Étant plutôt habitué à trouver, dans les bâtiments de ce genre, des salles miteuses à l’acoustique minable, je suis agréablement surpris d’y trouver une vraie scène et une acoustique tout à fait convenable, ça pourrait être un lieu valorisant pour les artistes que je fréquente…

 

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18h : Une fois le spectacle terminé, nous jetons un œil à l’exposition de croquis de modèles vivants installés au deuxième étage : étant maintenant habitué à ce genre d’exercice, je regarde d’un œil blasé ces esquisses réalisées par des particuliers pour qui le dessin n’est qu’un loisir comme pourrait l’être le tricot ou le handball… Des verres sont installés en vue d’un vernissage, mais ni moi ni ma compagne n’avons envie de nous attarder en compagnie de gens que nous ne connaissons pas. Nous partons assez vite, avec pour principale satisfaction la joie de nous être revus.  

 

Mercredi 17 janvier

 

10h45 : Il fait un temps de chien, mais je suis tout de même sorti pour faire quelques courses en ville avant la présentation de Voyage en Normalaisie prévue pour ce soir au Beaj Kafé. Alors que je me dirige vers une boutique d’impression, je croise un couple qui me reconnaît : ils sont bénévoles au Kafkérin, ce qui me fait, je l’avoue honteusement, une belle jambe. Dans l’absolu, il est déjà normal que je n’identifie pas des gens que je suis habitué à rencontrer dans un autre contexte ; mais je dois avouer que quand je me rends au Kafkérin, c’est généralement pour assister (et, surtout, participer) aux événements du Collectif Synergie, je prête donc plus attention à mes camarades artistes qu’aux individus qui tiennent l’établissement… Le couple m’annonce qu’ils vont bientôt devenir parents : on nous rebat les oreilles de la natalité française qui serait en berne, mais visiblement, il y a encore des gens qui sont prêts à faire des enfants dans ce monde horrible… Mais même si nous vivions dans un monde meilleur et si je n’étais pas célibataire, je ne suis pas sûr que j’aurais envie d’avoir une descendance : je ne veux pas faire les sacrifices auxquels mes parents ont consenti, je ne veux pas me mettre à voir des pédophiles partout, je ne veux pas qu’on me fasse des reproches sans arrêt, que ce soit pour mon manque d’implication ou, au contraire, parce que je les couverais trop… Bref, j’hésite à adresser à ce couple des félicitations qui me sembleraient incongrues, vu que leur état est quand même commun à des  millions de personnes dans le monde et que le premier cas social venu peut se reproduire ! Mais quand ils me précisent qu’ils attendent des jumeaux (je me disais aussi que le ventre de madame était déjà bien avancé pour une femme enceinte de seulement trois mois), je me sens obligé de leur souhaiter bon courage… Est-ce inapproprié ? Peut-être car ils n’en ont sûrement pas besoin : le simple fait d’avoir décidé de garder les enfants est une preuve de courage…

 

10h50 : À la boutique d’impression, la machine fait des siennes et je suis obligé de déranger la patronne qui est déjà bien embêtée – elle a annoncé qu’elle allait fermer à l’heure de midi, ce qui est inhabituel, j’imagine qu’elle fait face à l’absence de son employée. Je sens une certaine tension, aggravée par ma propre impatience… Je ne suis pas au bout de mes allers-retours, la pluie battante semble partie pour persister toute la journée et je suis déjà à bout de nerfs !

 

11h30 : De passage au Leclerc de la rue Jean Jaurès, je jette un coup d’œil sur les quotidiens du jour : j’apprends ainsi les dernières annonces de Macron… Heureusement qu’on a un président jeune et moderne : déjà qu’il annonce le retour du port de l’uniforme à l’école, qu’est-ce que ce serait s’il était vieux et réac ! Sans compter qu’il va de soi que ça va résoudre tous les problèmes de l’école : dès qu’ils seront tous habillés pareils, les gosses auront tous des bonnes notes et ne se mettront plus à quinze pour harceler un camarade jusqu’à ce qu’il se suicide, c’est évident ! Et une raison de plus pour ne pas vouloir se reproduire, une !

 

19h : Comme prévu, je suis au Beaj Kafé pour présenter mon livre. Si j’étais un imbécile heureux obscènement positif, je vous dirais que nous avons eu des échanges passionnants, que ce fut un moment privilégié, et gnagnagni et gnagnagna ! Mais j’ai passé l’âge de ce genre de consolations romantiques. La vérité, c’est qu’il n’y a eu que six personnes pour venir m’écouter, que je n’ai vendu que deux livres et que je me suis couvert de ridicule en me versant de l’eau À CÔTÉ du verre, occasionnant une crise rendue inévitable pour mon état de fatigue… C’est ce qu’on appelle une soirée oubliable ! Je ressors avec une certaine amertume… Pour ne rien arranger, le professeur Planche, qui a eu la gentillesse de venir m’épauler au cas où on me poserait une question un peu trop pointue sur l’autisme, m’a révélé une annonce de Macron à laquelle j’avais échappé : le congé parental va être supprimé au profit d’un « congé naissance » qui ne durera que six mois… Visiblement, notre président n’est pas pressé de relancer la natalité ! Le pire, c’est que je n’ose même pas le lui reprocher : une natalité abondante est une calamité en Afrique, pourquoi ce serait une bénédiction chez nous ?

 

Jeudi 18 janvier

 

12h : Déjeuner aux Ribines avec un ami. La moitié du peu d’argent que j’ai gagné hier soir passe dans mon addition. Mais ce n’est pas grave, j’aime discuter avec cet encore jeune homme qui est un des rares à me comprendre vraiment : je lui fais part de mes difficultés actuelles, à commencer par ma troisième tentative pour obtenir l’Allocation Adulte Handicapé. Je ne peux m’empêcher de dire que dans d’autres civilisations, j’aurais été considéré comme un intermédiaire entre les dieux et les hommes et aurait été nourri et logé par la communauté, tandis que dans l’occident moderne, je suis presque obligé de m’excuser d’exister ! Je repense au Dalaï-Lama qui, quand on lui a demandé ce qu’il pensait de la civilisation occidentale, aurait répondu « Ce serait une bonne idée »…

 

18h45 : Je me retrouve au Beaj Kafé où doit se tenir une « performance », comme me l’a annoncé la responsable de l’animation. Mais je ne suis là que pour réceptionner des totebags que j’ai commandés et je compte bien partir sans demander mon reste après avoir été livré. Manque de chance : le graphiste, qui vient me livrer lui-même les totebags, m’offre une tasse de thé et m’invite à le suivre à assister à la performance ! Je n’ose pas dire non à un artiste qui a pris la peine de se déplacer… Bref, je me retrouve dans l’arrière-salle du café : ayant besoin d’une table pour poser ma tasse, je ne m’installe pas à côté du graphiste et je me retrouve à proximité d’un type que j’ai l’impression de connaître depuis dix mille ans et dont je n’ai plus rien à foutre. Pour ne rien arranger, je m’attends à un spectacle un brin chiant-chiant, avec une poétesse vaporeuse déclamant des phrases pseudo-philosophiques et un plasticien qui barbouille des saloperies abstraites. Et bien vous savez quoi ? C’était exactement ça ! Je ne reste même pas pour l’échange avec l’auditoire, je me carapate tout de suite après avoir applaudi par pure politesse et salué brièvement le graphiste. Bref, c’était une performance… Peu performante !  

 

C'est tour pour cette semaine, à la prochaine !    

 


19/01/2024
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