Du 6 au 9 décembre : Scènes ouvertes, Covid, Mylène Demongeot, etc.

 

Commençons avec une petite bêtise sur la chirurgie esthétique :

 

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Mardi 6 décembre

 

11h : Légèrement enrhumé, je passe à la pharmacie pour acheter du Doliprane. Je ne sais pas très bien si, avec le rebond épidémique, il faut à nouveau mettre un masque ou non pour pouvoir entrer dans ce genre de boutique : si je m’en tenais à ce qui est affiché sur la porte, il faudrait non seulement se masquer mais aussi faire en sorte de n’être qu’à six dans l’officine. C’est bien gentil, mais il fait froid et je ne vais pas risquer une pneumonie pour éviter le Covid à quelques vieux ! Bref, je passe outre… Et personne ne me dit rien. On me vend du Doliprane en comprimés sans problèmes : j’ai plus de chance que le client qui me précédait et qui voulait de l’effervescent, ce dont la pharmacienne ne disposait pas ; si c’est ça la pénurie de médicaments, on ne peut pas dire que ce soit dramatique pour l’instant… C’est ennuyeux si on veut, mais on n’en est pas encore à demander à Balto d’aller braver la neige pour ramener les médocs !

 

18h : J’apprends que Mylène Demongeot est morte la semaine dernière : elle avait 87 ans, c’est une belle mort. Pour moi, elle aura d’abord été la jolie blonde qui jouait Hélène dans Fantômas : je préfère oublier la poissonnière qui a fait de la politique sous la bannière de Bernard Tapie et a pris la défense du docteur Raoult, arguant que celui-ci lui a sauvé la vie ; c’était il y a un an seulement ! Raoult lui aura peut-être sauvé la vie, mais pas pour longtemps…         

 

Trois dessins finalisés ce mardi : un portrait d'Anne Frank...

 

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Et deux dessins d'objets provenant de ma salle de bains, pour le cour du soir :

 

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Mercredi 7 décembre

 

13h30 : Je suis en ville où je règle rondement quelques affaires courantes. J’en profite pour passer à la PAM, ce lieu en pleine résurrection : le premier commerce vient d’y ouvrir, une boutique appelée « Juste » et spécialisée dans les articles écoresponsables. Bien sûr, c’est une bonne chose et je ne vais pas me plaindre de voir renaître ce bâtiment si emblématique de Brest, qui plus est autrement qu’en était phagocytée par MacDo ou Apple ! Mais je serai toujours nostalgique de la papeterie du centre-ville où je me fournissais régulièrement et où les articles étaient présentés de façon claire, nette et fonctionnelle : je ne trouvais pas tout, évidemment, mais ça dépannait bien…

 

14h30 : Mes affaires ayant été réglées plus vite que je ne m’y attendais, je retourne à Lambé, non sans feuilleter le dernier Côté Brest où je découvre une publicité pour Radio Bonheur, une station qui se vante de ne passer que des chansons françaises : c’est curieux, je croyais que la réclame était destinée à attirer le public, pas à le faire fuir ! Pour ne rien arranger, le logo de la radio est en bleu-blanc-rouge et la pub nous montre une petite fille blonde : on ne voit pas ses yeux et c’est heureux car s’il s’avérait qu’ils étaient bleus…   

 

18h : Une certaine bonne humeur règne au cours du soir où la prof nous fait refaire des caricatures, mais entre nous, cette fois : je suis rodé à l’exercice, à ceci près qu’il nous est demandé de le faire en couleurs. C’est aussi une occasion de mieux se connaître entre élèves qui, sans ce genre d’expérience, ne feraient que se côtoyer ; j’apprends ainsi qu’une des femmes que je prends comme modèle (et réciproquement) est institutrice, ce qui me réconforte : si même les professeurs des écoles peuvent trouver du temps pour s’inscrire à un cours d’art, je ne devrais pas avoir si peur de ne plus pouvoir dessiner dans un avenir proche… L’une des élèves porte un masque, mais elle n’a même pas le Covid : le fait que tant de gens se sentent obligés de se déguiser en Michael Jackson dès qu’ils ont un simple rhume me navre ! C’est ce genre de parano hygiéniste qui conduit, in fine, aux excès qui commencent à avoir raison de la patience des Chinois…

 

Quelques élèves défigurés par votre serviteur :

 

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20h40 : Me voici au Café de la plage pour la scène ouverte qui s’y tient le premier mercredi de chaque mois. Alors que Mequi, le grand ordonnateur de cette salubre bouffée d’exubérance mensuelle, s’apprête à ouvre les hostilités avec son tour de chant comme le veut la tradition, mon présentoir signalant mon activité de caricaturiste, que j’avais dressé sur la table à laquelle je me suis assis, est renversé : la responsabilité de l’incident incombe à un type qui porte sa guitare dans le dos et ne se rend pas compte de la place qu’il occupe ainsi dans cet espace restreint. Bref, il a fait tomber mon présentoir avec sa gratte : rien de dramatique, l’objet est solide, mais, pour ne rien arranger, l’individu, qui semble peu éveillé, se sent obligé de se confondre en excuses disproportionnées que je ne sollicitais pas et qui finissent par m’énerver davantage que l’incident en question ! J’ai intérêt à surveiller ce type : avec ma pinte de bière et lui dans le voisinage, un incident plus sérieux n’est pas exclu…

 

21h : Le guitariste qui a fait tomber mon présentoir passe sur scène jouer quelques morceaux. Son numéro ne me marque pas outre mesure, rien ne le distingue spécialement de tous les joueurs de guitare qu’il m’a été donné de voir défiler depuis que je fréquente le milieu de la musique à Brest. Une fois sorti de scène, il ne trouve rien de mieux à faire que de se mettre juste à côté de moi, en me tournant le dos, toujours avec sa guitare derrière lui ! Étant donné que ma pinte est encore à moitié pleine et qu’il cache mon présentoir, je finis par l’exhorter à s’éloigner, ce qu’il fait d’assez mauvaise grâce… De deux choses l’une : ou bien je suis un tyran ou bien ce type se croit seul au monde !

 

Mon grand dadais :

 

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21h30 : Carlos, le chanteur espagnol habitué de ces soirées, vient de nous enchanter avec trois chansons de son pays : ce garçon déborde de talent et je plains le type qui doit passer après lui ! Mequi n’a pas le sadisme de me choisir et fait passer un chanteur qui ne m’intéresse pas : j’ai l’impression d’entendre Bénabar, dont l’œuvre m’horripile ! Je dois bien être le seul à penser ça puisque la salle applaudit à tout rompre ! Il se trouve même quelqu’un pour lui dire qu’il a une voix « très agréable » alors qu’on l’entendait à peine vu qu’il fuyait littéralement le micro ! C’est en assistant à ce genre de scène que je comprends mieux pourquoi Siné écrivait ceci à propos de la France à la fin des années 2000 :

 

« Son folklore, du biniou, à l’accordéon en passant par le cor de chasse, est l’un des pires du monde et ses chanteurs populaires nous scient les feuilles à force de bêler sur les ondes leurs paroles idiotes. Affligeant, le goût de chiottes des Français dans tous les domaines est à pleurer. Il n’y a que la médiocrité et le kitsch qui trouvent grâce à leurs yeux chassieux. »[1]   

 

Arrogant, comme point de vue ? Je dirais plutôt : désespéré.

 

A gauche : Carlos. A droite : le chanteur passé après lui.

 

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21h45 : Mon tour est venu. J’interprète deux slams tout neufs, écrits la semaine dernière et encore jamais prononcés sur scène, plus It sucks to be Santa Claus, période de Noël oblige. Je quitte la scène pour retourner à ma place, mais Mequi me rappelle pour que je déclame « Bernie la matraque » ! J’accepte, ne voulant ni décevoir le public ni me priver d’une occasion d’ajouter un clou au cercueil de Bernadette Malgorn… Après avoir slamé, je m’enquiers de l’avis du public : il est plutôt positif dans l’ensemble, mais les gens ont surtout apprécié mon slam de Noël : il n’était pas inédit mais je ne le joue qu’une fois par an, considérant que ce serait un peu con de le faire en plein mois de juin…

 

Les deux slams évoqués :

 

 

 

22h : Une autre habituée des scènes ouvertes, Morgane, nous enchante de sa voix de sirène… Je crois bien qu’elle est ma préférée avec Carlos ! Si tous les artistes que j’ai connus pouvaient avoir la moitié de son talent et le quart de sa modestie, la vie serait belle…

 

22h20 : Alors qu’un autre slameur s’apprête à faire son numéro, le guitariste qui m’a déjà passablement agacé se poste juste devant la scène, visiblement décidé à venir y jouer sans y avoir été autorisé… J’ai la réponse à ma question : c’est lui qui est égoïste est il n’y a pas moi qui ai à me plaindre de lui ! Il y a aussi Mequi, que je ne vois s’énerver que quand un artiste manque de respect à un autre, par exemple, comme c’est le cas en ce moment en essayant de lui voler de la vedette… Une scène ouverte, ce n’est pas une scène où l’incivilité est autorisée, bon sang de bois !

 

A gauche : la merveilleuse Morgane. A droite : Frank le slameur.

 

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22h45 : Il est temps pour moi de rentrer ; malgré le grand crétin avec sa guitare dans le dos et quelques tours de chants moyens, je repars content : j’ai eu deux clients pour les caricatures, j’ai pu parler du Collectif Synergie au slameur qui vient de passer, ça a l’air de l’intéresser beaucoup, et, surtout, j’ai pu régaler mes oreilles grâce à Carlos et Morgane. On dit que l’argent ne fait pas le bonheur et je le confirme : je préfère continuer à découvrir gratuitement des artistes inconnus mais géniaux plutôt que dépenser des sommes faramineuses pour avoir le droit d’aller écouter bramer Michel Jonasz à l’Alizé…

 

Carlos et Morgane photographiés par mézigue - les clichés sont un peu flous, désolé :

 

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Jeudi 8 décembre

 

11h30 : Je reçois une brève visite de ma mère qui m’apporte, outre quelques commissions, des nouvelles de la famille : j’apprends notamment que ma sœur a le Covid. Il y a deux ans à peine, cette nouvelle aurait semé la panique, on aurait demandé à placer ma petite sœur en chambre stérile, on serait déjà à deux doigts de régler sa convention obsèques… Et aujourd’hui, on en parle comme de la simple grosse grippe qu’elle a toujours été : on a le culot de dire que le virus est moins virulent qu’il y a deux ans. Sauf qu’il y a deux ans, les sommités scientifiques les plus sérieuses disaient déjà qu’il n’était mortel que dans une infime proportion des cas ! C’étaient les médias qui clamaient que le Covid allait nous exterminer : aujourd’hui que nous sommes huit milliards sur la planète, on peut mesurer toute la pertinence de cette prédiction ! On nous dit que le virus est moins dangereux parce qu’il a muté : il leur en a fallu du temps pour admettre que ces mutations, c’était le virus qui s’adaptait à l’homme pour pouvoir cohabiter avec lui ! Jusqu’à présent, ils auront surtout eu tendance à nous présenter chaque variant comme une menace supplémentaire de surmortalité… Mais ce qui a vraiment tué tant de personnes, ce n’est pas le virus en tant que tel : c’est le manque de moyens des hôpitaux, et ça, les soignants n’avaient pas attendu l’épidémie pour nous alerter ! Bref, vous l’avez compris, je ne suis pas inquiet pour ma sœur, d’autant que notre père sort d’une opération cardiaque : il va bien, merci pour lui, mais il n’empêche que le Covid, en comparaison…

 

18h : Après une après-midi consacrée à compiler des citations en vue d’un bouquin dont le projet me taraude depuis déjà un certain temps, me voici en ville pour participer à la scène ouverte hebdomadaire à La Raskette. Ayant un quart d’heure de battement avant le passage du bus qui dessert le port de commerce, j’en profite pour passer à La Vagabunda afin de découvrir mes œuvres accrochées : j’avoue que je craignais qu’elles ne dépareillent un peu dans l’ensemble, mais finalement, j’avais bien choisi, elles s’intègrent assez bien à ce joyeux bric-à-brac. Comme je montre quand même quelques femmes en tenue légère, je ne peux m’empêcher de demander à Paty, la maîtresse des lieux, s’il n’y a pas eu de réaction négative : elle me répond par la négative, ce dont je me doutais un peu, mais je voulais tout de même m’en assurer ; je ne me prends pas pour Andy Warhol mais je n’ai pas envie pour autant de me faire tirer dessus par une féministe ! Ni même par qui que ce soit d’autre, d’ailleurs…

 

"Mon" coin à La Vagabunda : Les cinq grâces, La sorcière Hazel en bikini et le livre d'artiste Un nouveau jour se lève.

 

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"Le pavé", un autre travail de mon cru, dans la vitrine du lieu, vu de l'intérieur : 


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Vu de l'extérieur :


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De l'extérieur aussi mais de plus près :


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18h30 : Arrivé à La Raskette, j’apprends qu’il n’y aura pas de scène ouverte ce soir, la scène ayant été privatisée par je-ne-sais-qui pour organiser un karaoké… Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je décide quand même de m’installer avec mon matériel de caricaturiste comme si de rien n’était et de boire et manger sur place. Quand je demande pourquoi c’était fermé la semaine dernière, on me répond qu’à 19h30, il n’y avait aucun client et qu’ils ont donc préféré fermer tout de suite… Je préfère ne pas en tirer de conclusions.

 

18h45 : Ma pinte de bière et mon matériel à portée de main, je feuillette le dernier Ouest France pour y trouver de l’inspiration : j’ai ainsi le plaisir de découvrir que la quatrième de couverture est consacrée à Astéréotypie, ce collectif musical composé de personnes avec autisme ! J’apprends ainsi que les membres de ce groupe vivent désormais de leur musique : ça me redonne de l’espoir, de lire qu’on peut être autiste et vivre de l’art…

 

Claire Ottaway, la charmante chanteuse d'Astéréotypie :

 

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D'autres personnalités vues dans Ouest France : Jean-Chrisophe Lagarde...

 

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L'entrepreneur brestois Michel Guyot...


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...et Olaf Scholz.


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Un dessin inspiré par un article, toujours dans Ouest France, faisant état de la mauvaise image des chômeurs dans l'opinion publique :

 

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19h15 : Après avoir bu ma bière, je commande une poutine au comptoir, ce qui me donne l’occasion de revoir une charmante serveuse qu’il me semble ne plus avoir vu depuis un certain temps : je lui trousse un petit compliment gentil, ce à quoi elle ne doit être guère habituée de la part des clients dans ce métier un peu ingrat… En attendant, la soirée karaoké ne démarre pas : je commence sérieusement à avoir une dent contre les types qui m’ont privé de scène ouverte pour une fête qui ne décolle même pas et je me promets de ne pas m’attarder…

 

21h30 : Je suis finalement resté plus longtemps. Non, pas à cause du karaoké : en tout et pour tout, il n’y a eu que deux personnes qui ont chanté un morceau que j’ai déjà oublié… Mais il se trouve que j’ai eu deux clientes pour les caricatures : l’une d’elles a été un peu poussée par son compagnon qui avait été impressionné en me voyant dessiner ! Les réactions sont décidément de plus en plus positives, je me dis que j’ai raison de vouloir me professionnaliser ; je suis encore sur mon petit nuage quand, arrivé au niveau de la place de la Liberté, je découvre avec effarement que le service est déjà terminé pour la ligne qui dessert Lambézellec ! Pourtant, à cette heure-ci, il devrait encore y avoir des bus : pas besoin de chercher plus loin, c’est le mouvement social des chauffeurs qui continue… Ils ne sont pas logiques : s’ils veulent vraiment gêner du monde, ils feraient mieux de faire ça en journée ! En soirée, ça n’embête que quelques marginaux comme moi, assez fous pour s’aventurer dehors en plein mois de décembre après 21h… Mais surtout, laisser des voyageurs en rade de nuit avec le froid qu’il fait, c’est à la limite du criminel ! Tout ça, c’est de la faute de cette direction qui met la pression aux conducteurs et les pousse aux pires extrémités : j’ai bien envie de pénétrer dans le siège social de Bibus déguisé en Didier L’embrouille, batte de base-ball comprise… En attendant, j’en suis quitte pour prendre le bus qui s’arrête à l’AFPA et me taper à pied le boulevard de l’Europe pour regagner mon quartier : je fais une nouvelle fois contre mauvaise fortune bon cœur, mais attention, mes réserves de bon cœur ne sont pas inépuisables ! Je relativise cependant en pensant à ce que ce serait si j’habitais encore dans une commune périurbaine ! Brrr… 

 

Vendredi 9 décembre   

 

10h30 : Jour de marché. Juste devant moi, au stand de la fromagère, une dame arrive à se faire comprendre sans prononcer un seul mot : la marchande me confirme que cette cliente est muette… Il est toujours réconfortant de voir qu’on peut vivre avec un handicap, même lourd…

 

11h : Passage au bureau de poste. La file est ralentie par un homme assez âgé qui n’a pas l’air de se rendre compte qu’il y a la queue jusqu’à dehors et que les autres usagers se gèlent pendant qu’il raconte sa vie à la postière… Chercher la chaleur humaine, c’est bien joli, mais il ne faut négliger ceux qui auraient besoin de chaleur tout court !

 

En guise de post-scriptum : un dessin sur les rats qui, paraît-il, envahissent Paris...

 

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[1] SINÉ, Mon dico illustré, Hoëbeke, Paris, 2011, pp. 87-88.


09/12/2022
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Du 26 novembre au 5 décembre : studio et expos en vrac

 

Avant toute chose, un peu de réclame :

 

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Samedi 26 novembre

 

10h30 : N’étant décidément pas raisonnable, j’ai veillé très tard pour parachever une série d’illustrations que je promettais depuis longtemps à un camarade : ça ne m’empêche pas d’être à l’heure prévue à La Vagabunda pour y déposer mes œuvres en vue de l’exposition collective qui doit débuter lundi. J’y suis reçu avec chaleur et gentillesse par Paty, la patronne de ces lieux où il règne encore un certain désordre dû au concert qui y a été donné hier soir : je ne m’en formalise pas, bien au contraire, ce serait plutôt Paty qui serait en droit de me reprocher de venir si tôt, et j’apprécie à sa juste mesure tout ce qui me rappelle que la vie a repris ses droits après les deux années de disette imposée sous prétexte de Covid…

 

11h : L’entretien avec Paty ayant été plus court que je ne m’y attendais (elle m’a proposé d’accrocher mes tableaux elle-même, ce qui n’est pas pour me déplaire), je fais un tour au marché de Noël qui vient d’ouvrir ses portes sur la place de la Liberté histoire de patienter en attendant l’heure du déjeuner. Rien de bien nouveau à signaler, si ce n’est peut-être les enceintes en bois pour smartphones : ça a vaguement la forme d’une pirogue miniature, on y plante un smartphone à la verticale grâce à une fente prévue à cet effet et la musique qui passe sur l’appareil devient aussi audible que si elle était diffusée sur la platine de ma mère… Ne disposant pas d’un smartphone, cet objet ne m’intéresse évidemment pas : en tout cas, on ne pourra pas dire que c’est de l’artisanat « traditionnel » !

 

14h : Réunion du Collectif Synergie pour préparer les événements de l’année 2023 : le gros morceau sera le festival Les Jardins culturels qui aura lieu en mai prochain et se tiendra, si tout va bien, sur le Cours Dajot. Oui, je dis « si tout va bien » car je suis assez effaré par tous les obstacles qu’il faudra surmonter pour y arriver. La plupart d’entre eux sont liés à la sécurité : et oui, toujours cette sacro-sainte sécurité au nom de laquelle on bride toutes les initiatives, surtout celles destinées à promouvoir la culture… Les pouvoirs publics n’ont que le mot « sécurité » à la bouche, mais ça ne les empêche pas de laisser les pesticides empoisonner l’eau potable ! Mais dites-le franchement, que vous voulez seulement nous décourager de faire autre chose que rester sagement devant la télé !

 

16h : Séance d’enregistrement dans un « vrai » studio : j’avais écrit une reprise de « Quelque chose de Tennessee » pour rendre hommage à Geneviève Gautier et, après mille difficultés, j’avais, d’une part, trouvé trois interprètes disponibles pour la chanter avec moi et, d’autre part, recueilli suffisamment d’argent  pour en financer l’enregistrement. Mais mes ennuis ne sont pas terminés pour autant : j’avoue que j’avais tendance à penser que si un demeuré comme Johnny Hallyday pouvait chanter cette chanson, n’importe qui ayant un semblant de talent vocal devait y arriver aussi ! Bien sûr, ce n’est pas si simple : de nous quatre, seule la belle Audrey arrive facilement à caler sa voix de sirène sur la mélodie, à tel point que le régisseur décide de lui faire chanter toute la chanson afin qu’elle serve de guide aux trois autres ! Je vais finir par y croire presque, au talent d’interprète que même certains détracteurs de Jean-Philippe Smet lui reconnaissaient du bout des lèvres… De façon générale, cette expérience me fait prendre pleinement conscience de l’ampleur du travail que nécessite l’enregistrement d’une chanson : quand je vois le régisseur jongler littéralement avec les innombrables commandes de sa console, je suis impressionné ! Je crois qui je ne suis pas près de réitérer cet exercice…

 

La merveilleuse Audrey en plein enregistrement :

 

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19h : Après trois heures de studio, mes petits camarades n’avaient pas volé un petit cordial que je leur offre dans le bistrot où j’ai retrouvé récemment mon directeur de thèse : le boycott de la coupe du monde ne semble pas à l’ordre du jour dans cet établissement, ce qui me permet d’apprendre que les Bleus ont ENCORE gagné et sont même déjà qualifiés pour les huitièmes de finale… Dans des circonstances normales, cette information me laisserait de marbre, mais si l’équipe de France continue sur sa voie triomphale, je serai curieux de voir combien de braves gens, qui avaient juré de boycotter la vilaine coupe organisée chez les vilains Qataris, tiendront leur promesse… Souvenez-vous de la première guerre mondiale : dix millions de morts, autant d’individus qui n’ont pas pu naître, encore davantage de mutilés dont la vie était irrémédiablement foutue ! Oh, bien sûr, on l’avait reconnu, mais du bout des lèvres, seulement : car tout ce sang versé n’était rien en comparaison de « l’essentiel », à savoir le fait que nous, les Français, nous avions GAGNÉ cette saloperie de guerre ! C’étaient nous les vainqueurs, et là, plus question de faire la fine bouche, il fallait s’en faire péter les mandibules, sortir les drapeaux à gogo, faire rembourser les dommages par les méchants Allemands ! Alors, imaginez que le petit père Deschamps et son troupeau de veaux eux hormones réussissent leur pari de remporter un troisième titre : combien de bons gros cons qui avaient juré de boycotter la compétition parce que Cantona le leur avait dit oublieront leur serment, jugeant qu’au regard de « l’exploit », ils pourront se permettre de passer outre les crimes du Qatar ? Face au chauvinisme au front bas, les vies humaines n’ont jamais pesé lourd…        

 

21h15 : Après avoir mangé quelques frites pour me remettre de cette journée bien remplie, je m’apprête à rentrer à Lambézellec : en sortant de la friterie, je découvre que le prochain bus arrive dans moins de cinq minutes, je m’en réjouis d’autant plus que la nuit est déjà tombée, qu’il pleut à pierre fendre et qu’il gèle comme vache qui pisse – ou le contraire, je ne sais plus. Seulement voilà : quand le véhicule arrive, le conducteur constate que le collègue qui devait le relever n’est pas présent. Il finit par partir sans demander son reste, plantant là les voyageurs qui doivent attendre une demi-heure de plus dans ces conditions fort peu confortables… Je sais que leur direction leur impose une pression intolérable et qu’ils ont raison de protester, mais là, quand même, ils exagèrent un peu, non ?

 

Dimanche 27 novembre

 

17h30 : Me revoilà à La Vagabunda pour le pot que Paty et ses filles offrent aux artistes participant à l’exposition collective – dont l’installation n’est pas encore terminée. Évidemment, comme toujours quand je suis entouré de personnes que je ne connais pas, je ne suis pas à mon aise et j’ai bien du mal à lier le contact : résultat, je compense en forçant sur les chips et les cacahuètes qui nous sont servies… La prochaine fois qu’on me fera des remarques sur mon embonpoint, je pourrai dire que c’est une conséquence indirecte de ma difficulté à gérer les interactions sociales !

 

Une autre œuvre exposée actuellement à La Vagabunda : une bulle qui ne crève jamais ! Elle n'est pas à vendre, il parait qu'elle demande trop de logistique...

 

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18h30 : Après avoir signé mon exemplaire du contrat que Paty nous a distribué, je dégaine mon appareil photo pour prendre un cliché de mon « pavé » exposé en vitrine. Je suis un peu surpris par les réactions admiratives que suscite l’apparition de ce petit engin qui n’a rien de spécialement sophistiqué : il est vrai que je dois être un des rares à employer encore un « vrai » appareil pour prendre des photos au lieu de déléguer cette tâche à un smartphone comme le font aujourd’hui les gens civilisés ! Une fois remis de ma surprise, je présente deux de mes autres œuvres, qui ne sont pas encore installées mais que j’ai tout de même retrouvées, enveloppées de papier-bulle, à un autre artiste : il apprécie l’efficacité de mon style graphique et s’extasie même sur le côté « rétro » qui, à ses yeux, caractérise la facture de ma Sorcière Hazel en bikini. Les réactions à mes dessins sont de plus en plus positives, il devient rare que je tombe sur quelqu’un qui me prend de haut, c’est évidemment encourageant pour mon projet de professionnalisation…

 

Mon "pavé" dans la vitrine de La Vagabunda, vu de l'intérieur (la fille en porte-jarretelles est la sorcière Hazel telle qu'elle apparait après avoir bu par inadvertance son élixir de beauté dans Broom-stick Bunny, une scène qui m'a décidément marqué)  :

 

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Lundi 28 novembre

 

12h : Après quelques courses sans histoires en ville, je passe à Kerichen pour faire quelques photos, en vue d’un article, des modulaires où ont lieu les cours depuis que le vieux bâtiment a été détruit pour bâtir un nouvel internat – apparemment, ces constructions « provisoires » sont parties pour durer longtemps… J’ai beau avoir passé de bons moments ici, je me sens le même cœur tranquille et sec que quand je reviens à Guilers : de toute façon, je ne reconnais presque plus rien et la plupart de mes anciens professeurs sont aujourd’hui à la retraite. J’arrive à l’heure où les élèves commencent déjà à sortir pour aller à la cantine, j’ai ainsi le loisir de voir défiler les lycéens affamés après trois ou quatre heures des cours, avec une surveillante qui essaie de faire régner un semblant d’ordre au sein de cette marée humaine que la faim a ramenée à l’état sauvage… Bref : les bâtiments ont beau changer, les smartphones ont beau avoir fleuri dans les mains des élèves, la vie au lycée reste la même d’une génération à l’autre – mais je m’en doutais déjà un peu avant.

 

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Mardi 29 novembre

 

10h30 : Arrivée à la salle Hippocampe, sur la plage du Trez-Hir, pour installer le marché de Noël organisé par la galerie Id Pod. Je ne sais pas encore ce que ça va donner, mais je suis déjà content de participer à cette manifestation : je suis flatté qu’un galeriste ait fait appel à moi, j’y vois une reconnaissance de mon talent, d’autant que j’expose aux côtés de deux auteurs de BD de grande valeur, à savoir Gwendal Lemercier et Gildas Java. Jean-Christophe Podeur, le grand ordonnateur de cette exposition hivernale, ne manque pas de vanter le cadre dans lequel nous nous trouvons : je n’ose pas répondre que cet aspect m’est un peu indifférent et que je ferais exactement la même chose dans un grenier avec vue sur une gare de triage !

 

La vue que nous avions depuis la salle :

 

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14h : Je rentre chez moi, voituré par un autre exposant : tout est en place pour accueillir les visiteurs, mais j’ai bien du mal à savourer ma satisfaction, étant quelque peu assommé par le trop copieux repas que j’ai ingurgité dans le seul restaurant ouvert à proximité de la salle… J’ai promis à Jean-Christophe (« Pod » pour les amis) d’être présent tous les jours : j’espère que je ne vais pas avoir trop d’imprévus à gérer en marge de cette permanence !

 

Mon emplacement :

 

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Mercredi 30 novembre

 

19h : Bilan de cette première journée : nous avons eu une soixantaine de visiteurs et j’ai vendu deux caricatures. C’est plutôt prometteur, j’espère que je ne vais pas manquer de papier, d’autant que j’aimerais bien pouvoir dessiner entre deux visites pour passer le temps… Pour l’heure, je suis dans un bus plein à bloc, ce que je n’avais plus connu depuis longtemps ! Quand une place assise se libère enfin, je pousse un soupir de soulagement et j’éprouve une telle plénitude que je suis totalement indifférent à ce qui se passe ! Quand je sors enfin pour regagner mes pénates, j’éprouve une certaine mélancolie vespérale dont je situe assez vite l’origine : me retrouver dehors, seul, par une froide et obscure soirée de novembre, qui plus est après avoir vu du monde, je n’avais plus connu ça depuis trois ans ! Il y a deux ans à la même époque, sortir dehors à cette heure-ci était interdit : il y a un an, c’était permis mais je préférais l’éviter car je ne supportais pas l’idée de devoir porter un masque… Cette situation a donc eu le temps de redevenir nouvelle pour moi et, aujourd’hui, elle m’inspire la même mélancolie que quand j’avais six ans : quel est le con qui a dit que ça faisait du bien de retomber en enfance ?

 

Une cliente et sa caricature :

 

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Jeudi 1er décembre

 

9h : En attendant que Loïc vienne me chercher avec sa femme et sa mère pour me chercher pour m’emmener à Plougonvelin, je lis la Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes de Charb, un petit livre finalisé deux jours avant la tristement célèbre tuerie perpétrée dans les locaux du journal dont il était alors le patron … Avec le recul, on s’aperçoit que Charb avait raison sur toute la ligne : sous sa direction, et quoi qu’on en dise, Charlie Hebdo n’a jamais assimilé les musulmans de France aux terroristes islamistes et a seulement essayé de mettre en garde la société contre la menace que représentaient ces derniers ; on ne les a pas écoutés, on les a traités de provocateurs irresponsables, il en a découlé le 7 janvier et le 13 novembre 2015… Pourquoi faut-il toujours attendre qu’on compte les morts pour s’apercevoir que les lanceurs d’alerte avaient raison ?

 

17h45 : Je pars avant à la fermeture, voituré par un ami de Léo Beker qui me conduit à Kergaradec pour assister au vernissage de l’exposition consacrée à Louison Cresson. Avec une trentaine de visites et deux caricatures vendues dans la journée, le bilan n’est pas trop négatif pour un jeudi : de surcroît, l’un des exposants m’a dit qu’à 34 ans, j’avais encore toute la vie devant moi, ce qui me rassure beaucoup… J’ai cependant encore du mal à savourer ma satisfaction : mon chauffeur a beau être fort sympathique, je ne suis jamais très à l’aise quand je voyage en compagnie d’inconnus…

 

Deux caricatures réalisées d'après photo - avec le modèle :

 

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18h30 : Me voici à l’espace culturel E. Leclerc de Kergaradec où sont exposées quelques planches originales de Louison Cresson ainsi qu’une maquette de la gare de Montclou et une plaque d’égout semblable à celle que le professeur Ono ramasse avec gourmandise dans le premier tome de cette série : je retrouve Léo Beker qui me remercie pour l’article que je lui ai consacré dans Côté Brest et me présente à l’employé qui est à l’origine de l’expo, une première pour son entreprise ! D’après lui, ses patrons se sont fait prier avant d’accepter l’idée : comme quoi, même dans le milieu assez formaté de la grande distribution, il est encore possible d’introduire une dose de fantaisie et de créativité, même si c’est difficile… Je me surprends à être plutôt à l’aise malgré la foule : le fait de me retrouver avec d’autres amateurs de bande dessinée ne doit pas y être étranger ! Il est vrai que je suis le seul « journaliste » à avoir fait le déplacement, ce qui me vaut un accueil chaleureux des responsables, et le fait d’être devenu ami avec un dessinateur qui a marqué mon enfance regonfle à bloc mon orgueil !

 

La plaque d'égout :

 

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Les discours : d'abord celui du libraire qui a permis à l'expo d'avoir lieu...


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Celui d'une romancière supportrice de Louison...


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...et, last but not least, celui de Léo Beker lui-même.


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Le mot que j'ai laissé sur le livre d'or :


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19h50 : Grâce à Léo qui a remué ciel et terre pour m’éviter de devoir reprendre le bus, je repars voituré par un responsable d’une importante maison d’édition bretonne : je me fais ainsi une relation qui pourra m’être utile aussi bien en tant que correspondant de presse qu’en tant qu’auteur. Mais pour l’heure, je remarque que c’est la troisième fois en une journée que je suis voituré par un homme que je connais à peine : ça tient de l’exploit pour moi qui ai tant de mal à établir le contact avec autrui ! Je ne peux m’empêcher de comparer cette situation à celle de ce cher Louison Cresson qui, dans le tome 2 de ses tribulations, monte dans le camion du premier venu et fait ainsi connaissance avec un informaticien américain en fuite : la grosse différence, c’est que je n’ai pas le don d’hyper-empathie de Louison qui lui permet d’envisager cette épreuve avec sérénité… 

 

20h15 : Conformément à ma demande, le chauffeur m’a déposé au Port de Commerce où j’espère bien participer à la scène ouverte de la Raskette : mais l’établissement est fermé ! Je ne m’en étonne qu’à moitié, il avait été annoncé sur les réseaux sociaux que la scène ouverte ne démarrerait qu’à 21 heures. N’ayant pas l’intention pour autant de poireauter dans le froid, je me mets en quête d’un restaurant : je me rabats sur « Au fil des crêpes » qui propose une formule à trois crêpes – deux salées et une sucrée ou l’inverse, au choix ; voilà au moins une crêperie dont on sort rassasié !

 

Vendredi 2 décembre

 

19h : Hier soir, après mon repas, la Raskette était toujours fermée : si j’avais su, je serais rentré directement à Lambé, je me serais couché plus tôt et je ne serais pas si fatigué de ma journée… Le bilan de cette troisième journée de marché de Noël n’est pas négatif : une trentaine de visiteurs, trois caricatures de petits garçons vendues, deux slams prometteurs écrits… Il s’est même trouvé une dame pour me dire que ce que j’exposais était ce qu’elle préférait ! J’apprécie d’autant plus son compliment que je craignais que mes dessins ne fassent un peu « nouille » à côté des œuvres de Gildas et Gwendal : mais en fin de compte, je crois que nos travaux respectifs ne sont pas vraiment comparables… Seul point noir : les retours sur la chanson enregistrée samedi dernier sont pour l’instant assez négatifs, suffisamment en tout cas pour me faire renoncer à la diffuser en l’état. Je n’excluais pas de rejoindre mes amis du Collectif Synergie au Temple du pharaon pour participer à la scène ouverte mensuelle, mais je suis tellement fatigué que je préfère abandonner cette idée : j’attends beaucoup de la journée de demain, il vaudra mieux que je sois d’attaque !

 

Deux croquis réalisés pour passer le temps : les chats en métal proposés à la vente par Pod...

 

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...et Marie-Hélène, qui confectionne des petits personnages tricotés au crochet.


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Samedi 3 décembre

 

19h30 : Quelle déception ! On avait beau être samedi, on a eu encore moins de visiteurs qu’hier ! Loïc dit que c’était à cause de la météo : les gens sont vraiment fainéants ! S’il ne leur faut qu’un peu de pluie pour qu’ils renoncent à venir voir une exposition en intérieur… Dans le bus, une troupe de jeunes hispaniques fait un boucan du diable et reste sourde à mes demandes de silence, pourtant formulées dans leur langue. Il me tarde d’arriver au Biorek brestois et de trouver un peu de réconfort auprès du petit Alexandre et de sa maman Valérie : leur établissement me fait tellement de bien qu’il devrait être remboursé par la Sécurité sociale !

 

Une photo qu'il aurait été dommage de ne pas prendre :

 

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Les rares clients que j'ai eus ce jour-là :


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Dimanche 4 décembre

 

19h : Ça y est, c’est fini ! Le bilan de cette dernière journée est plus que satisfaisant, on a eu plus d’une centaine de visiteurs et mes caricatures se sont plutôt bien vendues. De surcroît, cette fois, tous les exposants étaient présents et l’ambiance était donc beaucoup plus agréable : j’en tire la conclusion, qui sera sans doute utile pour la prochaine fois, qu’il sera inutile d’être physiquement présent un autre jour que le dimanche… En attendant, je m’empresse de me soigner : j’ai trouvé le moyen d’attraper froid et je traîne un mal de gorge carabiné qui m’empêchait presque de parler ce matin…  

 

Quelques clients avec leurs caricatures :

 

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Lundi 5 décembre

 

14h30 : J’ai beau m’être levé tard, je ne suis pas encore remis de ma semaine. Je ne suis donc pas dans les meilleures dispositions quand, sorti expédier un courrier, je constate qu’il y a la queue devant le bureau de poste… La file n’avance certes pas lentement, mais il fait si froid que le temps semble deux fois plus long, d’autant que, comme je pensais en finir assez vite avec cette affaire bête et banale, je n’ai pas pris la précaution de me couvrir d’autre chose que d’un pull de laine qui se révèle vite insuffisant. Au bout d’un certain temps, il n’y a plus entre moi et la porte qu’une dame assez âgée au visage caché par un masque : je lui fais remarquer, avec le peu d’amabilité dont je suis encore capable, qu’il fait froid (au cas où elle ne l’aurait pas remarqué) et qu’il y a assez de place dans le bureau pour qu’elle puisse y pénétrer ; elle me répond : « Je ne sais pas si on peut ! » Bon, j’ai compris : le gouvernement n’a même plus besoin d’instaurer de nouvelles restrictions, les gens les appliquent eux-mêmes dès qu’ils entendent le mot « Covid » ! Sauf que ce n’est pas en poireautant dans le froid qu’on va éviter d’être malades, bien au contraire…     

 

En post-scriptum, quelques caricatures de personnalités historiques finalisées ce week-end - j'imagine que je n'ai pas besoin de préciser de qui il s'agit :

 

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Voilà, à la prochaine !

 


05/12/2022
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Du 19 au 25 novembre : kenavo, Erwan

 

Commençons par un dessin sur les "résultats" de la Cop 27...

 

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Vendredi 19 novembre

 

10h30 : Descendant la rue Louis Pasteur pour aller retirer un colis dans une épicerie, je suis bien étonné, quand je passe sous les arbres, par l’état du trottoir, maculé d’une matière que je n’identifie pas : d’après une femme qui tente de nettoyer son automobile souillée, il s’agirait d’excréments d’étourneaux ! Je suis bien étonné, j’ignorais que ces volatiles pouvaient déféquer autant, même en s’y mettant à plusieurs… Comme quoi Hitchcock avait tout faux : pour se venger des humains, les oiseaux n’ont pas besoin de les agresser physiquement… Peu après, j’ai une nouvelle surprise quand je passe devant l’église Saint-Louis : une table a été dressée et des dames servent du café aux passants. Quelque peu intrigué, je demande ce qui se passe : visiblement, je suis tombé sur un « boisseau de punaises de sacristies » (pour reprendre l’expression bienvenue de Brassens) qui accueillent les gens à l’église. Je passe mon chemin, résistant à l’envie de donner un coup de pied dans la table et regrettant que les étourneaux aient mal visé ! Vous me direz qu’elles ne font de mal à personne ? Si on va par là, le clown MacDo non plus ne fait de mal à personne en tant que tel, il n’en a pas moins poussé des millions de gens à devenir obèses : l’Église catholique a fait tellement de mal à l’humanité qu’il me faudrait bien plus que les sourires niais des grenouilles de bénitier pour me guérir de la saine antipathie que les religions devraient inspirer à tous les vrais amis de la liberté… De surcroît, je ne comprends pas pourquoi ces bouffeuses d’hosties ont le droit de faire ça alors que si j’organisais la même chose sur la voie publique, je me ferais probablement embarquer par les flics !

 

11h30 : Rentré chez moi, je me connecte à Instagram où je me suis réinscrit il y a peu… Et je découvre que j’ai été viré du site en raison d’un manquement aux règles dont j’ignore la nature exacte. Tant pis : Insta ne veut pas de moi, je ne veux pas de lui ! C’est tout de même révélateur de la politique de ce site : les pétasses peuvent publier des selfies en string sans problème, les bellâtres peuvent afficher leurs abdos sans avoir d’histoires, mais les artistes, eux, y sont surveillés comme des pédophiles en liberté conditionnelle ! Sincèrement, je suis presque fier d’en être exclu…

 

Lundi 21 novembre

 

11h : Après un dimanche sans histoires, je suis passé à l’Alizé pour y récupérer les œuvres de mon cru qui y étaient exposées dans le cadre du Salon d’automne : j’espérais y retrouver la programmatrice, mais elle n’était pas là. En fait, le décrochage proprement dit avait eu lieu la veille, le lundi matin n’étant qu’un créneau supplémentaire pour ceux qui n’auraient pas été disponibles le dimanche : j’avais complètement oublié ça, ayant retenu le lundi dès le début pour la bonne raison qu’il est plus facile de se déplacer en bus ce jour-là… Une sortie peu fructueuse, donc, même si j’ai récupéré mes œuvres. Me voilà maintenant à la fac Segalen où j’ai bien l’intention de mettre quelques affiches pour le marché de Noël de Plougonvelin : je suis bien surpris d’y croiser une chercheuse de mes connaissances avec un masque chirurgical ! Un peu inquiet de la voir arborer cet accessoire disgracieux et de sinistre mémoire, elle m’explique qu’elle est légèrement enrhumée et qu’elle ne veut pas passer ses microbes aux autres… Malgré le respect que j’ai pour cette dame, je ne peux m’empêcher de m’indigner devant ce zèle prophylactique que je juge disproportionné : on a tellement effrayé les gens avec le Covid que même une femme intelligente et cultivée se sent obligée de se déguiser en Michael Jackson dès qu’elle a la goutte au nez ! C’est ridicule et effrayant : au train où ça va, on va finir par enfermer en chambre stérile toute personne qui éternue en public !

 

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Deux dessins sur Le Late avec Alain Chabat qui commence ce soir-là sur TF1...

 

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Mardi 22 novembre

 

16h30 : Je sors en rechignant : je suis en plein travail d’illustration du recueil de poèmes d’un ami et j’aimerais en finir. Mais je me suis inscrit pour assister à une conférence sur l’archéologie sous-marine qui doit se tenir à la Brest Business School et je n’ai pas pour habitude de me défausser : pourtant, je me passerais bien d’aller à l’école de commerce et, surtout, de prendre le bus pour Bellevue où je côtoie une faune de gamins tapageurs qui finissent par avoir raison de ma patience… Évidemment, quand je leur dis de parler du bas, ça ne m’attire que des moqueries ! Il faudrait rappeler à certains parents que ce n’est pas parce qu’on habite dans une cité HLM qu’on est dispensé d’apprendre la civilité à ses gosses ! Mais il faudrait surtout que j’arrête de m’inscrire à n’importe quel événement alors que tant de travaux m’attendent dans mon atelier…

 

17h15 : J’arrive à l’école de commerce. Je déteste cet endroit aseptisé, rempli de futurs jeunes cadres dynamiques, qui pue à cent mètres le fric et la compétition. J’en veux un peu à ces gens qui ont la sale manie, probablement acquise pendant la crise sanitaire, d’organiser des événements pour lesquels il faut impérativement s’inscrire sans avoir la possibilité de renoncer au dernier moment… Je suis très mal à l’aise, et j’ai bien du mal à comprendre les indications, pourtant sommaires, que me donne la dame de l’accueil quand je lui demande où doit se tenir la conférence : j’y arrive tout de même et je me retrouve dans un amphithéâtre sans la moindre fenêtre, bourré de gens que je ne connais pas… J’ai déjà envie de partir !

 

18h15 : Le premier orateur a parlé : c’était un plongeur qui nous a parlé des fouilles auxquelles il a participé sur des épaves retrouvées dans le pays de Brest, ça alimentera toujours une colonne ou deux. L’oratrice suivante, une doctorante en fin de thèse venue parler de ses projets, ne m’intéresse pas et je pars avant la fin : il était inimaginable que je fasse ça, avant mon diagnostic ! Mais ce progrès demande un certain courage de ma part car les autres personnes voient ça d’un très mauvais œil…     

 

19h : Après cette sortie désagréable, je m’offre une thérapie : je vais dîner au Biorek brestois où je serai sûr de trouver au moins un visage sympathique, celui d’Alexandre, le jeune patron de l’établissement. Il est lui aussi content de me voir car son restaurant est vide : c’est ce soir que l’équipe de France de football dispute son premier match de coupe du monde. Bien sûr, je n’étais même pas au courant ! Et ce n’est pas l’ambiance qu’il y avait dans les rues qui aurait pu me mettre la puce à l’oreille : il y avait bien du monde dans les bars, mais guère plus que les autres soirs. Apparemment, seuls les vrais mordus suivent la compétition, le boycott est plutôt suivi. Mais très franchement, étant conscient des ravages que la coupe du monde de foot (ainsi que la plupart des grandes compétitions sportives en général) apporte dans chaque pays où elle est organisée, je ne trouve pas ce qui se passe au Qatar beaucoup plus scandaleux que ce qui s’est produit ailleurs, ne serait-ce qu’en Russie il y a quatre ans à peine : par conséquent, je préfère encore les supporters qui assument de suivre la compétition malgré tout à ceux qui se sont découverts une conscience humanitaire du jour au lendemain sous prétexte que ça se passe cette année dans un pays d’émirs bedonnants… Et puis, parmi les boycotteurs, j’aimerais bien voir combien d’entre eux continueront à respecter leur engagement si jamais les Bleus font une bonne coupe du monde voire remportent un troisième titre ! Ils feront moins la fine bouche, je suis prêt à le parier…       

 

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Mercredi 23 novembre

 

Les enfants nés à partir de ce jour seront du signe du Sagittaire - retrouvez ce dessin dans le calendrier 2023 illustré par mes soins, contactez-moi pour le commander.

 

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17h15 : Je suis arrivé avec trois quarts d’heure d’avance pour le cours du soir : heureusement, pour passer le temps, j’ai les deux derniers albums des Zappeurs qui me manquaient et que je viens de récupérer – à l’époque, cette excellente série avait été sottement rebaptisée Zapping génération, mais ça n’enlevait rien à sa qualité intrinsèque. Entre deux éclats de rire, j’ai la surprise de voir passer une jeune fille avec un sac orné d’un dessin de mon cru ! Je le lui fais remarquer : elle m’explique qu’elle est la fille d’une élève du même cours que moi et que sa mère lui avait offert ce sac. Ça me revient maintenant, je me souviens qu’une autre élève, d’âge mûr, m’avait effectivement acheté ce totebag décoré de mon dessin de chat à l’éventail : je suis évidemment très content de constater que le sac sert (je remarque même qu’il est assez solide), qu’il plaît à celle qui le possède et, toutes proportions gardées, je ressens une fierté similaire à celle de l’ami Geluck quand il voit quelqu’un porter un t-shirt représentant un certain félin plus célèbre et plus bavard que le mien…

 

17h45 : Les autres élèves commencent à arriver ; l’un d’eux remarque mes calendriers 2023 que j’ai apportés pour celles et ceux que ça intéresse (je sais que la prof en fait partie). En le feuilletant, il me demande si j’emploie un logiciel pour dessiner… Jadis, cette question m’agaçait : aujourd’hui, elle me flatte car ça veut dire, en fin de compte, que j’arrive avec ma seule main à un résultat aussi parfait que si je travaillais sur ordinateur ! Si la machine supplante un jour l’homme, ce ne sera pas ma faute !

 

18h : Ce soir, la prof a eu l’idée de nous faire faire des caricatures de personnalités : autant dire que je suis dans mon élément, on ne peut pas en dire autant de tout le monde. C’est l’occasion pour moi de travailler des visages que je n’avais jamais maltraités comme Khrouchtchev ou Eva Perón. Je me fais aussi un plaisir avec Margaret Thatcher : sur la photo qui me sert de modèle, elle est jeune et presque jolie, mais je n’arrive pas à la présenter telle quelle, c’est au-dessus de mes forces ! En tout, je réalise cinq caricatures : tout le monde n’en fait pas autant, mais à la fin du cours, nous avons une belle galerie de portraits-charge et c’est amusant de voir deux versions différentes d’un même visage : une bonne caricature en dit souvent autant (sinon davantage) sur le caricaturiste que sur le caricaturé…      

 

Mes caricatures réalisées pendant le cours : Andy Warhol...

 

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Eva Perón...


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Mao...


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Margaret Thatcher...


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...et Nikita Khrouchtchev.


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Deux autres dessins réalisés dans le cadre du cours :

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Jeudi 24 novembre

 

10h30 : Après le ménage, je jette un œil sur Facebook. La journée commence mal : Erwan Auffret est mort. Je le connaissais peu, je le croisais souvent dans les événements du Collectif Synergie où il recueillait les mots du public et les criait à qui voulait les entendre : avec ses moustaches et ses lunettes de pilote sur son chapeau, il faisait partie de ces figures populaires qui pimentaient la vie brestoise. Encore un peu de fantaisie qui s’en va, nos pensées vont à ses filles et ses proches… Désolé de ne pas être plus original : les morts d’artistes se ressemblent un peu toutes…

 

12h45 : J’ai un rendez-vous à 14 heures ; en attendant, je risque un tour au rayon BD de Dialogues histoire de voir les nouveautés. Dans le tas, il y a le dernier Petit Spirou : ayant gardé mon âme d’enfant, je le feuillette. J’avoue, à ma grande honte, que j’ignorais que Philippe Tome était mort depuis trois ans ! Il faudrait que j’abonne à un quotidien... En tout cas, c’est dommage, c’était vraiment un grand scénariste, digne de rivaliser avec Greg, Charlier, Goscinny, Cauvin et les autres : on dit souvent que l’histoire des aventures de Spirou s’est arrêtée quand Franquin a laissé tomber la série, mais les albums dus à Tome et Janry tenaient vraiment la route ; j’ai particulièrement été marqué par La vallée des bannis où Fantasio, devenu fou suite à la piqûre d’un moustique un peu spécial, se rebelle contre sa condition d’éternel second et revendique son droit à la dignité : ayant été si souvent ridiculisé en public, je ne pouvais qu’être sensible à cet aspect du personnage… Un autre paragraphe de Tome qui m’a marqué est l’incipit de Lève-toi et meurs, un épisode de l’excellente série Soda :

 

« Je suis une ordure. Je pourrais préciser : une franche ordure, pour conférer à cet aveu un peu cru le vernis d’une nuance littéraire. Mais « franc » n’est pas le mot qui me caractérise le plus. « Belle » ordure conviendrait sans doute davantage, car j’ai la chance de jouir d’un physique agréable… Mais non ! Finalement, ce qui me va le mieux, c’est ordure, tout simplement ! Et pourtant, je vous jure que les gens m’aiment, car je suis le prince de l’apparence, le Monsieur Propre du coup tordu. Quels que soient la coupe de cheveux, le complet veston ou les baskets à 200 dollars, c’est moi. Sur toutes les affiches à la télé, l’air concerné en lisant le prompteur, le cerveau branché sur l’audimat et ma carrière… Comme dans les films qui vous font rêver, seuls ou en famille, c’est moi. Sus les flashes ou derrière une forêt de micros, défendant ailleurs les démocraties et ici la liberté de mourir d’une balle perdue dans un ghetto, c’est toujours moi. Avec la sourire confiant et la parole qui émeut, efficace et rassurant, je suis l’ami qui vous trahira et que vous remercierez. »[1]

 

Le personnage qui s’exprime ainsi est un policier ripou qui va profiter de la confiance qu’inspire son aspect engageant pour assouvir sa soif de vengeance : mais aujourd’hui, chaque fois que je lis ce passage, je pense à notre actuel président de la république… Pas vous ?

 

13h : J’ai encore une heure à tuer avant mon rendez-vous : pour ne pas attendre dans le froid, j’entre dans un bar-tabac de la rue de Siam que je n’ai pas l’habitude de fréquenter. Un rapide coup d’œil aux journaux me permet d’apprendre que Siné Mensuel est en difficulté : la crise sanitaire et l’inflation sont en train d’assécher les finances du journal… Ça m’attriste d’autant plus que je n’ai pas la possibilité matérielle de répondre à leur appel aux dons ! Il me reste à espérer que le journal fondé par Siné, qui a traversé bien des tempêtes, survivra à cette mauvaise passe : une revenue satirique en moins, c’est un peu de liberté qui s’en va – c’est même beaucoup dans le cas présent ! Pénétrant dans la salle du bar, je remarque une silhouette qui m’est familière : je n’ose pas y croire, mais si ! C’est mon directeur de thèse ! Je suis bien entendu ravi de retrouver mon père spirituel que je croyais exilé au Mexique : il m’explique que ce pays est devenu trop dangereux, qu’il a lui-même échappé à une balle perdue ! Il passe désormais sa retraite dans une petite commune du Finistère où le taux de criminalité est moins élevé… Nous taillons une bavette autour d’un thé qu’il m’a gentiment offert : j’apprends ainsi qu’il n’y a plus de département Allemand à l’université de Brest où son poste de professeur de philosophie a été supprimé – je pourrais lui dire qu’il est de toute façon irremplaçable, mais je crains de paraître obscènement positif…

 

14h : J’attends mon rendez-vous à l’entrée d’un magasin de prêt-à-porter « haut de gamme » : je suis assis par terre, étant décidément fâché avec la station debout immobile. Quand l’heure de l’ouverture de la boutique sonne, un employé me fait savoir que je ne vais pas pouvoir rester là : à tous les coups, on me prend pour un clodo qui veut faire la manche ! Je me lève mais je rétorque que j’attends quelqu’un afin de couper court au malentendu ! À moins que ce ne soient mes fringues bon marché qui n’aient motivé cette injonction peu amène : si j’avais voulu entrer dans le magasin, est-ce qu’un cerbère m’aurait foutu dehors ?  

 

14h05 : Mon rendez-vous arrive : c’est une femme, une amie de mon amie artiste-peintre, et elle doit me remettre un tableau de cette dernière pour que j’en fasse présent à la faculté. Remarquant son accent slave très prononcé, je lui demande si elle est russe comme notre amie commune : elle me répond qu’elle est ukrainienne… Une Russe et une Ukrainienne amies ! Un symbole fort, par les temps qui courent ! Pour ne rien arranger, elle m’explique qu’elle a un pied-à-terre à Guipavas mais qu’elle travaille… À Moscou ! Évidemment, en ce moment, rien n’est simple pour elle… Tout ceci illustre l’absurdité de cette guerre ! Non, de toute guerre ! Non, de toute frontière ! Pas étonnant que les soldats russes désertent : Poutine a cinquante ans de retard, sa sale guerre est motivée par une cause qui est déjà archaïque pour son propre peuple…

 

19h30 : Me voici à La Raskette pour la scène ouverte du jeudi soir. Désireux de rattraper la bévue que j’avais commise en apportant des fleurs pour rien, j’ai apporté des chocolats pour la charmante Cécile qui est si méritante : elle est aux anges ! Pour ma part, grâce aux musiciens qui se succèdent sur scène, je passe une excellente soirée, même si je n’ai pas un seul client pour les caricatures. Je fais trois slams, dont mon iconoclaste It sucks to be Santa Claus, approche des fêtes oblige, ainsi que deux textes moins féroces mais qui ont le mérite de la nouveauté car je ne les ai encore jamais prononcés sur scène. Je m’entends de moins en moins bafouiller, ma stratégie s’avère porteuse de fruits…

 

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22h10 : Je vais bientôt devoir rentrer : avant de partir, je demande à repasser sur scène. Les musiciens se proposent de m’accompagner : je veux bien essayer. À ma grande surprise, je cale assez facilement ma voix sur leurs rythmes et le résultat n’a pas l’air de déplaire à l’assistance. Cécile me dit même que la musique apporte un plus à ma session slam et que je devrais continuer dans cette voie : c’est une idée à creuser…

 

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Vendredi 25 novembre

 

14h30 : Ayant quelques dessins de grande dimension à faire scanner, me revoici dans la boutique de reprographie où mon ami Jean-Yves et moi-même avons nos habitudes. Après avoir récupéré mes dessins et les fichiers numériques correspondants, je reste sur une chaise, attendant que Jean-Yves ait fini de traiter d’une affaire avec le patron de la boîte, jusqu’à ce qu’une employée, que j’ai connue dans une autre maison aujourd’hui fermée, ne me tire littéralement par la manche pour m’inviter à les rejoindre dans l’arrière-boutique ! Voilà typiquement le genre de chose que je ne fais jamais sans y être explicitement invité ! Mais même avec cette autorisation, je ne suis jamais très à l’aise dans les lieux que je ne connais pas, et ce n’est pas le bric-à-brac que je découvre qui va me rassurer… Il me tarde de payer mon dû, de partir et de rejoindre des lieux plus hospitaliers pour finir la semaine.  

 

Une caricature de Mimie Mathy scannée aujourd'hui - n'y voyez pas l'expression d'un mépris envers les personnes de petite taille, la seule fois où j'ai manqué de respect à un nain, c'est quand j'ai voté contre Sarkozy ! J'ai seulement voulu rendre hommage à une femme qui faisait rire il fut un temps. Volontairement, je veux dire..

 

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Deux rendez-vous que je vous fixe...

 

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Signalons aussi l'exposition de Léo Beker, l'auteur des Tribulations de Louison Cresson, qui commence le 1er décembre à l'espace culturel E.Leclerc de Kergaradec (Porte de Gouesnou) - cette photo le représente chez lui, avec devant la maquette de la gare de Montclou, le village du Gard qui sert de théâtre aux tribulations du petit Français des années 1950 créé par ce dessinateur argentin aussi talentueux qu'attachant :

 

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En guise de post-scriptum, quelques croquis préparatoires pour des illustrations :

 

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Et voilà, c'est tout pour cette semaine, à la prochaine !



[1] Spirou n° 2987, 12/07/1995, pp. 10-11.  


25/11/2022
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Du 11 au 18 novembre : Tonnerre(s) de Brest

 

Commençons par un dessin sur la bouffonnerie mondiale de la semaine...

 

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Vendredi 11 novembre

 

11h : L’offre d’emploi suspecte que j’ai reçue dernièrement (j’ai failli y donner suite !) m’a stressé au plus haut point, certainement bien au-delà de ce que ça mérite. C’est donc dans un état d’énervement et de fatigue morale extrêmes que je fais la queue au marché : le bruit et l’attente me sont mille fois plus insupportables que d’habitude ! Quand la jeune vendeuse de fromages dit que sa machine à cartes bancaires fonctionne au ralenti, je perds définitivement patience et je me mets à hurler « On l’a vu, merci » ! Évidemment, ça me vaut un regard noir qui me rend nostalgique de la fromagère d’âge mûr qui me servait il n’y a pas si longtemps encore et qui était si bienveillante…

 

15h : Me revoici à L’Alizé pour donner la démonstration de caricature que j’avais promise à l’occasion du salon d’automne. J’enchaîne les dessins inspirés de photos de célébrités, mais je suis un peu déçu : il y a des visiteurs mais beaucoup de gens passent devant moi sans même me regarder ! Ce n’est pourtant pas tous les jours qu’on a l’occasion de voir un artiste au travail et je pensais que le public d’un événement de ce genre avait toutes les raisons de s’y intéresser… Je m’accroche néanmoins car je tiens à rester en bon terme avec la responsable de la programmation de ce bâtiment et il faut être honnête : les quelques personnes qui prennent la peine de s’arrêter et de jeter un œil à mes gribouillis ne tarissent pas d’éloges ! Les réactions à mes dessins sont de plus en plus positives, c’est évidemment encourageant pour moi qui cherche à me professionnaliser…

 

Quelques caricatures réalisées à L'Alizé : Achille Berthou, artiste plasticien...

 

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Alexandra Lamy...

 

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Annaïg Arnal, directrice de l'Arena (Brest)...

 

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Aurélie Saada...

 

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Styven Awen dit Bardawen (un barde des temps modernes que j'ai rencontré aux 6 ans du Collectif Synergie)...

 

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Cléopâtre Darleux...

 

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Le président de la république...

 

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Ce gros porc de Depardieu...

 

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La légendaire Marilyn...

 

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Nil Caouissin (conseil régional UDB et auteur du Manifeste pour un statut de résident en Bretagne)...

 

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Pierre-Yves Cadalen (candidat de la NUPES aux dernières législatives dans ma circonscription)...

 

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Le prince Andrew...

 

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Sean Penn...

 

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Sonia Rolland...

 

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...et Sylvie Hoarau.

 

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21h : Je rentre assez tard : j’ai été conduit jusqu’à la station de tram par un bénévole sourd comme un pot (ça tombe bien, je n’avais pas envie de discuter) puis il m’a fallu plus d’une heure pour regagner Lambézellec, horaires de jour férié obligent. Ayant besoin de réconfort, je passe un coup de fil à une vieille amie dont la belle-fille travaille à Paris : elle me confirme que la boîte qui voulait censément m’engager est inconnue et que son offre sentait donc fort l’arnaque… Je n’ai rien perdu dans l’affaire ? Si : l’estime de ma fournisseuse de fromages, et ça, c’est grave…

 

Samedi 12 novembre

 

11h : Les derniers événements m’ont épuisé : comme j’ai prévu de passer la soirée chez mes parents et qu’on m’attend demain matin pour un vide-grenier à Guilers, j’ai décidé de faire la grasse matinée. Je me lève sous un soleil radieux : ai-je besoin de redire que ça ne me plait pas du tout en cette saison où j’aimerais pouvoir, pour reprendre l’expression bienvenue de Didier Tronchet, « me [recroqueviller] dans le lugubre cocon de novembre »[1] ?

 

18h30 : Soirée télé avec les parents. On commence avec N’oubliez pas les paroles : voilà typiquement le genre de programme qu’il faut voir en famille, surtout pas seul ! On poursuit avec La petite histoire de France qui reste pour moi, excepté Kaamelott, ce qu’on a fait de mieux en matière d’humour à la télévision depuis la fin de l’âge d’or de Canal+. On termine avec Colombo sur TMC : je me fous un peu de l’histoire en tant que telle, mais j’aime bien ce personnage qui ose poser ses pattes sales de prolo sur les dorures des richards et qui rabat leur caquet aux nantis en leur rappelant qu’ils n’ont pas tous les droits... De toute façon, il n’y a pas tellement d’autre choix : sur C8, il y a l’histoire du Puy du fou racontée par Philippe De Villiers ! Cette chaîne mériterait d’être officiellement reconnue comme l’organe du Rassemblement National, je m’étonne que Zemmour n’en soit pas déjà directeur général !

 

Dimanche 13 novembre

 

9h : Le vide-grenier commence à l’espace Pagnol ; je suis installé depuis déjà une bonne heure, il n’y a pas grand’ chose à signaler excepté un gros beauf qui collectionne tout ce qui touche à Johnny Hallyday et était donc déçu de constater que je n’avais rien à proposer concernant de près ou de loin son idole… J’ai déjà conscience d’être une erreur de casting dans cette braderie où dominent les affaires de puériculture. Je serais bien resté plus longtemps au lit…  

 

Ce que j'avais en face de moi lors du vide-grenier... Glamour, pas vrai ?

 

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13h30 : Je n’ai presque rien vendu, tandis qu’une petite fille sérieuse, installée juste derrière moi, a déjà rentabilisé largement son emplacement. Je n’en fais pas un drame, mais ce n’est pas fait pour arranger la lassitude que je traîne depuis quelques jours : un groupe de gamins joue avec la porte située non loin de moi, qui est censée rester fermée, ce qui m’agace d’autant plus qu’ils font entrer ce soleil que je préférerais savoir dehors. Je finis par hurler « la porte » ! Les gosses sont épouvantés et la salle toute entière reste silencieuse pendant trois minutes… C’est bien la première fois que je déclenche autre chose que des moqueries en haussant la voix !

 

16h30 : C’est fini. Je retrouve mes parents qui me ramènent chez moi : je ne rentre pas complètement bredouille, mais je me promets de ne plus participer de sitôt à un vide-grenier, et tout ce que je n’aurai pas vendu en ligne d’ici la mi-décembre ira aux bonnes œuvres.

 

Un dessin sur les Midterms aux Etats-Unis...

 

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Lundi 14 novembre

 

10h30 : J’éprouve le besoin urgent de lâcher prise. Je suis quand même sorti en ville pour régler quelques affaires, dont l’expédition d’un colis. Je vais aussi déposer dans une boîte à dons mes exemplaires de L’écho des savanes des années 2000 : au vide-grenier, j’ai pu constater de visu que c’était invendable, les gens me lançaient de sourires narquois quand ils les voyaient sur ma table ! Je peux ainsi voir, en centre-ville une pub pour la fiction que diffuse ce soir TF1, inspirée des sketches des Inconnus… C’est devenu la nouvelle marotte de la télé : dès qu’un humoriste ou un groupe comique a du succès, on enquille à la queue leu-leu ses « meilleurs sketches » (selon les critères des programmateurs télé), on écrit un semblant de scénario qui permet de les relier, et on diffuse le tout en prime-time les soirs où il n’y a ni série ni télé-réalité à diffuser. La première (et la dernière) fois que j’ai assisté à ça, c’était chez mes parents, le soir où ils ont passé le téléfilm basé sur les sketches de Muriel Robin : j’ai constaté d’entrée de jeu que ce qui pouvait éventuellement faire rire sur une scène devenait franchement insipide une fois recyclé ainsi, et quand j’ai vu arriver, sortant de je ne sais quel sarcophage, Line Renaud, j’ai compris que je ne pourrai jamais regarder jusqu’au bout… Tout ceci confirme mon point de vue : la télé, il faut l’avoir quand on a une vie de famille, surtout pas quand on est célibataire et sans enfant, à moins de vouloir rendre sa solitude proprement suicidogène !

 

14h30 : Je reçois un message de PayPal me rappelant que j’ai un compte chez eux : je l’avais complètement oublié ! Ils m’annoncent que mon compte est inactif depuis longtemps. Bon. Et que croyez-vous qu’ils vont faire ? Me le supprimer ? Mais non : ils me menacent de me faire payer des frais si je ne m’en sers pas bientôt ! En clair, ils veulent me faire payer pour des services que je ne leur demande pas ! Même une banque ne serait pas rapace à ce point-là ! Je décide aussitôt de supprimer mon compte : ça prend un peu plus de temps que ce à quoi je m’attendais car le compte n’était pas à jour (comprenez : j’étais encore enregistré avec la carte bleue que j’ai jetée l’année dernière) et j’avais un avoir de vingt euros (du diable si j’en connais la provenance) à récupérer… Un bon conseil : fuyez PayPal, c’est encore pire que les banques ! Comme quoi c’est possible…

 

Un dessin sur la coupe du monde au Qatar...

 

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Mardi 15 novembre

 

10h30 : Je descends à nouveau la rue Jean Jaurès à pied, j’ai quelques affaires à régler. Il y a beaucoup de mendiants et de commerces fermés, ce n’est pas fait pour arranger mon moral… Je découvre par la même occasion la campagne de la ville qui souligne, à juste titre, qu’exhorter une femme à perdre du poids, c’est déjà lui faire violence : voilà de quoi répondre à ceux qui s’obstinent à considérer comme un chef-d’œuvre « Tu t’laisses aller », la chanson stupide et sexiste d’Aznavour, ce crétin qui trouvait le moyen de gâcher jusqu’aux rares belles chansons qu’il lui a été donné d’écrire – je vous jure, je préfère entendre « Les comédiens » interprétée par une chorale plutôt que bramée par lui-même ! Tandis que même la chanson la plus bâclée de Renaud n’est intéressante que changée par l’auteur, fût-ce avec la voix cassée…

 

Mercredi 16 janvier

 

2h30 : J’ai un mal de chien à dormir. Je ne suis pas excessivement gêné par l’orage qui s’est abattu sur Brest, mon appartement étant bien isolé contre les bruits extérieurs. J’entends tout de même un drôle de bruit : j’ai l’impression d’entendre un drone passer à cent à l’heure au-dessus de mon lit ! Rendez-vous demain matin pour voir si cet orage a eu des conséquences… 

 

8h30 : On the road again… J’ai rendez-vous au port du Moulin Blanc, j’attends donc, sur la place de Strasbourg, le bus pour Le Relecq-Kerhuon : je peux ainsi voir les pubs pour Le Late, la nouvelle émission d’Alain Chabat sur… TF1. J’ai beau être fan du chef de Les Nuls, il m’en faudrait plus pour me faire regretter de ne pas avoir la téloche. Je pourrais accuser Chabat de trahir l’esprit Canal en passant chez Bouygues, mais après tout, ce n’est pas de sa faute si la chaîne cryptée, sous les coups de boutoir de Bolloré, a tourné le dos à l’impertinence ; et si la « boîte à cons », au contraire, tente de redorer son blason en faisant appel au talent de Chabat, je ne reprocherai pas à ce dernier de chercher l’argent là où il est ! Bref, je serais le fantôme de Rousselet, De Greef ou Gildas, je lui dirais : « Bah, amuse-toi, mon petit, la vie est courte… »

 

8h45 : Le bus ne devrait plus tarder. Heureusement que je ne dois pas prendre le tram, il est à l’arrêt, l’orage ayant provoqué une coupure de courant ! Justement, je reçois un SMS d’Enedis m’annonçant l’annulation d’une autre coupure, celle pour travaux au nom de laquelle ils me cassaient les pieds depuis des semaines ! Ou bien les intempéries l’ont rendue inutile ou bien ils sont trop occupés à faire revenir la « fée Électricité » (une fée qui a peur de l’orage, apparemment !) dans les foyers brestois ! C’est pathétique : ces entreprises s’arrogent le droit de nous harceler, mais au moindre caprice de la nature, elles ne peuvent que reconnaître leur impuissance, qu’elles partagent avec leurs clients ! Il y a des jours où j’ai presque hâte d’assister au grand effondrement, rien que pour rabattre une fois pour toutes leur caquet à ses grosses boîtes arrogantes !

 

10h : Le prof d’EPS de mes années lycée est à l’heure au rendez-vous que je lui avais fixé : je voulais le revoir, d’une part parce qu’il vient de prendre sa retraite et je tenais à garder le contact avec cet homme qui fut mon premier prof à ne pas avoir été un emmerdeur, d’autre part parce que j’ai eu la bonne idée de faire une enquête sur les enseignants en retraite et de recueillir leurs témoignages sur leur carrière et leur vision de l’évolution de leur métier. Évidemment, le constat est plutôt amer… Mais ce qui me frappe au cours de nos échanges, c’est qu’il n’emploie presque jamais le « je » et toujours systématiquement le « nous » : apparemment, la solidarité entre profs d’EPS n’était pas un vain mot ! C’est à ça qu’on reconnait un individu dévoué au service public et non pas obsédé par sa seule carrière : ça se perd et je suis loin d’en être un moi-même…

 

11h30 : J’ai juste le temps de me faire couper les cheveux avant la fermeture du salon où j’ai mes habitudes. La coiffeuse respecte mon désir de ne pas converser : je peux ainsi entendre la radio qui passe l’un des nouveaux titres… De Louise Attaque. Apparemment, il n’y a pas que Sardou qui fait son retour ! Heureusement, du reste.

 

12h : Déjeuner au Biorek brestois où on me confirme que l’orage a privé de courant un certain nombre de foyers et de commerces. Mais les conséquences ne sont pas dramatiques : tout au plus certains ont-ils été empêchés de regarder jusqu’au bout leur série Netflix… J’ai quand même l’idée de recueillir des témoignages sur ce « tonnerre de Brest » et la coupure de courant qui s’est ensuivie : une fois rentré, je vais lancer un appel à témoins.

 

Un dessin sur les toiles de maître souillées par des militants...

 

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Jeudi 17 novembre

 

9h30 : Je ne dois pas m’attarder chez moi : c’est donc à la va-vite que je finalise quelques dessins d’actualité et compose un article avec le peu de témoignages que j’ai reçus. J’apprends à travailler en quatrième vitesse, ce ne sera pas inutile si je veux me professionnaliser !

 

11h30 : Je retire un colis dans une épicerie qui est un peu plus vide à chaque visite : encore un commerce de proximité en fin de vie… Quelle tristesse.

 

12h : Je déjeune dans un bistrot de la place de la Liberté où je dois recevoir quelqu’un en début d’après-midi : je ne suis pas très à l’aise, il y a trop de bruit et de lumière pour moi, je suis même obligé de mettre des boules Quiès en mangeant !

 

13h : Ayant fini mon repas, je relève mes mails : j’apprends que mon article sur l’orage, trop maigre, ne passera pas. Décidément, on ne fait rien de bien quand on travaille dans la précipitation ! Si j’ai une autre idée d’appel à témoins, je m’y prendrai autrement, ou alors je prendrai un sujet qui me permettra d’enquêter pendant au moins une semaine entière !   

 

14h : Mon rendez-vous est à l’heure : c’est un particulier qui désire qu’on parle dans la presse de son livre sur les Bretons émigrés dans le Sud-Ouest. Le sujet n’est pas inintéressant : il faut savoir qu’après la première guerre mondiale, beaucoup de Bretons revenus du front se sont retrouvés sans travail, faute de terres pouvant être attribuées à tous les fils des familles nombreuses dont grouillait littéralement la région. Ils ont donc été envoyés en Dordogne, non seulement pour qu’ils y trouvent du travail mais aussi dans l’espoir qu’ils christianisent cette terre de mécréants : le premier objectif fut largement atteint, le second un peu moins ! Cette émigration a pris fin dans les années 1960 quand des figures bretonnes comme Alexis Gourvennec ont commencé à militer pour le droit de rester et de travailler au pays : une revendication qui reste actuelle à notre époque où certains s’obstinent à considérer la Bretagne comme un pays de ploucs dont il faudrait partir à tout prix et ne revenir qu’à la retraite…  

 

15h : Alors que je suis toujours au bistrot, à travailler, je reçois le coup de fil d’un autre individu qui m’a déjà dérangé en plein repas : je n’ai pas le courage de lui dire que je ne comprends rien (si ce n’est que lui aussi veut qu’on parle de son livre dans le journal) à cause de la musique qui retentit dans l’établissement, je m’en tire en lui demandant de lui envoyer en temps voulu un mail avec toutes les informations. J’ai le sentiment qu’on s’intéresse beaucoup à ma personne en ce moment, pas forcément pour de bonnes raisons…

 

16h : Brève halte dans un bar du port de commerce que j’ai décidé de démarcher : j’ai constaté qu’il y a souvent beaucoup de monde le jeudi soir, quand les étudiants arrosent la fin de la semaine, je me suis donc dit que si je pouvais y proposer mes caricatures, je devrais pouvoir me faire pas mal d’argent ! La salle est spacieuse, il ne devrait pas être difficile de m’y trouver une place : le serveur avec lequel je discute n’a pas l’air chaud, mais ce n’est pas lui qui décide ; il me promet d’en parler à son patron, il me reste à croiser les doigts…

 

18h : J’assiste à une conférence organisée par la SEBL : le contre-amiral Nerzic nous raconte comment, pendant la première guerre mondiale, le navire Dacia a profité d’un câble télégraphique allemand, que l’armée britannique avait coupé, pour relier Brest à Dakar ! J’ai un peu mal à suivre la partie technique, mais l’histoire n’en est pas moins passionnante. L’équipage du Dacia n’a pas démérité, il ne leur a fallu que quelques kilomètres de câble neuf pour faire la jonction ! Mais ça ne leur a pas porté chance : escorté en zone dangereuse par un navire bon pour la casse, il a été coulé par les Allemands à Madère… Sad ending, isn’t it ? En tout cas, en tant que familier des conférences de la SEBL, je me réjouis d’y assister désormais dans une salle confortable (la salle Yves Moraud de la faculté Victor Segalen) qui remplace avantageusement celles des saisons précédentes, d’autant que les jeunes sont moins réticents à venir (il y a quelques étudiantes dans la salle) et s’il y a bien un public auquel de telles conférences peut apporter quelque chose, ce sont bien eux, non ?

 

19h15 : J’arrive à La Raskette : j’y retrouve avec délectation la délicieuse Cécile qui est elle aussi contente de me revoir. Il n’y a pas grand’ monde dans la salle, même les musiciens habituels ne sont pas au rendez-vous, déclarant vraisemblablement forfait face au temps automnal : ne désespérons pas, ça commence à peine…

 

19h30 : Faute de combattants pour l’instant, Cécile chante elle-même, accompagnée à la guitare par le petit Maxime, aussi fidèle que brillant. Cécile chante divinement bien : et dire que nous ne sommes pas une dizaine à profiter de sa voix de sirène alors que des milliers de crétins vont se presser pour écouter bramer ce vieux topinambour de Sardou…

 

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20h : Je suis déjà passé sur scène, j’ai fait quelques slams, dont certains que je n’ai encore jamais déclamés. Il n’y a guère plus de volontaires qu’à mon arrivée, Cécile en profite pour dîner et s’attable à côté de moi : nous discutons, nous en profitons pour mieux nous connaître… Je constate avec plaisir qu’elle connaît Hedy Lamarr, l’actrice et inventrice américaine qui, non contente d’avoir été une des femmes les plus sexy du monde, fut une brillante chercheuse dont les travaux ont servi de base à l’invention de la wi-fi : trop parfaite pour l’Amérique machiste et puritaine, on lui a taillé une réputation sulfureuse… Cette histoire est assez peu connue du public, je me réjouis de pouvoir en discuter avec quelqu’un ! Cécile se défend d’être intelligente, mais, comme beaucoup de gens à qui on a appris très tôt qu’ils ne pourraient être que des producteurs sans cervelle (c’est-à-dire presque tout le monde sauf les gosses de riches), elle l’est beaucoup plus qu’elle ne l’admet.    

 

21h30 : Cécile a réussi à entraîner sur scène trois jeunes femmes fraîchement arrivées dans l’établissement : elles nous offrent une interprétation de « L’hymne des femmes ». Voilà qui tombe bien, après notre discussion sur le machisme et Hedy Lamarr ! J’ai toujours trouvé cette chanson très belle, je regrette presque d’être un homme pour ne pas pouvoir l’interpréter !  

 

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22h : Toujours aussi peu de public : ce n’est pas ce soir que je ferai des affaires, je décide de partir avec une demi-heure d’avance, ma journée ayant été bien remplie. Je promets à Cécile de revenir la semaine prochaine… C’est curieux, malgré le bilan mitigé, je suis content : peut-être parce que j’ai eu le privilège d’assister gratuitement à des moments exquis que la grande majorité des Brestois a ratés !

 

22h30 : Je descends la rue qui mène à mon immeuble. Je suis interpellé par un drôle de type, bourré, défoncé ou tout simplement abruti : il se montre insistant, je n’arrive pas à m’en débarrasser, j’ai beau lui dire que je n’ai pas de cigarettes et que je ne veux pas de la pizza qu’il transporte, il semble décidé à me coller au cul. Il me barre le chemin, j’essaie de l’éviter, mais il me ceinture ! J’appelle au secours… Et il s’enfuit sans demander son reste ! Moi dont les cris n’ont jamais impressionné personne… Et c’est la première fois en trois ans et demi que je vis une mésaventure de ce type ! Si c’est ça, les agresseurs dont on m’a rebattu les oreilles quand je me suis installé à Lambé…

 

Un dessin sur un drame que l'on peut cependant relativiser...

 

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Vendredi 18 novembre

 

18h : Ce matin, au marché, j’ai pris soin d’éviter la fromagère habituelle : j’y reviendrai plus tard, le temps que ça se tasse – et accessoirement, que j’épuise le stock de fromage qu’il me reste. J’ai passé ma journée sur mon PC, à scanner et à coloriser des dessins, et, bien sûr, à écrire. J’aimerais me dire que je n’ai plus qu’à me préparer à passer un week-end pépère, mais il faudra sans doute repasser : j’ai une lettre à expédier, un colis à récupérer, des affiches à retirer et, par-dessus le marché, j’attends deux visites familiales, dont une de mes parents qui se sont mis en tête de m’acheter un nouveau frigo… Par pitié, laissez-moi créer en paix !

 

Pour terminer, l'affiche d'un événement auquel je vous convie d'ores et déjà :

 

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[1] TRONCHET Didier, « Chouette, le 11 novembre ! »,in Fluide Glacial n°390, p. 56.


18/11/2022
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Du 4 au 10 novembre : Des hauts et des bas

 

En guise de prologue, voici une mini-BD inspirée par la mort de Jean Teulé :

 

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Vendredi 4 novembre

 

10h30 : Après un jeudi sans histoire, entièrement consacré au dessin et à l’écriture (une journée comme je les aime, en somme), je fais mon marché. Je m’étonne d’y voir autant d’enfants puis je me rappelle subitement que ce sont encore les vacances scolaires : les grands-parents gardent les petits et les emmènent avec eux, ça doit les changer des supermarchés où vont leurs parents – s’ils ne se font pas tout livrer à domicile, bien sûr… Il y a une file assez dantesque devant le stand des fromages : une vieille dame, qui attend derrière moi, se croit obligée de me le signaler au cas où je serais aveugle ou débile, je lui rétorque donc poliment que je n’ai pas envie de parler – ce qui est toujours le cas quand je suis obligé de faire la queue.

 

13h30 : J’ai un programme assez chargé pour cet après-midi, je sors donc prendre le premier bus pour Saint-Pierre : avant de partir, j’ouvre ma boîte aux lettres dont je tire… Un courrier d’Enedis m’annonçant pour la énième fois la coupure de courant prévue pour le 16 novembre ! Ils commencent sérieusement à m’énerver ! Qu’ils coupent le courant s’ils en ont besoin, mais qu’ils arrêtent de gaspiller le papier pour nous l’annoncer dix mille fois !

 

14h30 : Je me suis trompé d’arrêt pour descendre et j’ai pris un itinéraire auquel je ne suis pas habitué : c’est donc mal remis de cette situation anxiogène que j’arrive à la mairie de quartier de Saint-Pierre où il y a la queue au guichet. Fort heureusement, il y a une « vraie » salle d’attente avec des sièges, ce qui me permet d’attendre mon tour dans un relatif confort. Surprise : alors que j’en suis à feuilleter le programme du festival du film court (je pense que je n’y assisterai pas cette année), je suis tiré de ma lecture par une dame qui me tend le tableau de mon cru que je venais récupérer ! Je n’osais pas espérer autant de zèle de la part de cette employée municipale… Alors, les fonctionnaires qui respectent les artistes, ça existe ? À côté de cette révélation, le chemin de Damas, c’est de la roupie de sansonnet !

 

15h30 : Revenu au centre-ville, mon tableau sous le bras, j’attends le bus pour Guipavas pour récupérer un objet chez une amie puis, dans la foulée, assister au vernissage du salon d’automne auquel je suis invité en tant qu’exposant – professionnel, s’il vous plaît ! J’attends debout l’arrivé du véhicule : il y a bien un banc, mais il est occupé par un cas social qui carbure à la 8-6 ; le banc est assez large pour accueillir cinq personnes mais j’ai trop peur de prendre un mauvais coup ! D’ailleurs, aucun voyageur n’a envie de s’asseoir à côté de cet ivrogne qui ne semble pas décidé à monter dans un bus…  Excepté un vieillard à barbe blanche, habillé assez « classe » avec son chapeau et son grand manteau noir : j’imagine un type vaguement artiste qui espère encore tirer quelque chose des cas sociaux avinés – pour ma part, j’ai renoncé depuis longtemps. Je ne sais pas ce qu’ils se sont dit, mais le cas social s’en va et le vieillard, désormais assimilé au clodo dans nos consciences étriquées, reste seul sur le banc : même moi, quand il s’approche pour me demander du feu, me mets à courir en hurlant ! Con comme un lecteur du Figaro ! De toute façon, je n’aurais pas eu de feu à lui donner…

 

17h45 : J’arrive au vernissage, largement avant l’heure prévue, mais je ne suis pas le seul, l’intérieur de L’Alizé est déjà plein de monde. On peut d’autant moins me reprocher mon avance que j’arrive à point nommé : l’une des œuvres que j’expose, qui n’était que coincée (et non collée) dans le cadre, s’est mise de travers. Je me retrouve donc, assis sur un fauteuil, à la fixer avec du ruban adhésif qu’un bénévole a trouvé dans un bureau… Pas très glamour, comme départ !

 

Mes travaux exposés à L'Alizé, vus de près...

 

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...puis remis dans le contexte.

 

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Les peintures marocaines de Charles Kerivel :

 

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18h35 : Après avoir fait un petit tour du couloir, où sont donc exposées les œuvres des professionnels, je fais mon poseur : je me mets à côté de mes travaux pour guetter les réactions du public et, éventuellement, leur donner des explications. Tout à coup, je me rends compte qu’un autre artiste est en train de fait mon portrait : je m’approche et, de fil en aiguille, nous en arrivons à nous « croquer » mutuellement, créant une animation non prévue qui rencontre un succès phénoménal ! On ne dira jamais assez à quel point voir des gens dessiner attire le public : si les créateurs d’événements en avaient plus conscience, ça ferait des débouchés supplémentaires pour les plasticiens !  

 

A gauche : une sculpture que j'ai bien aimée. A droite : mon "collègue" caricaturiste vu par moi...

 

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...et moi vu par lui :

 

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18h55 : Alors que j’ai fait un premier tour des œuvres d’amateurs (comme toujours, l’originalité est davantage du côté des sculpteurs que des peintres), les discours des « officiels » débutent, à commencer par celui du maire de la commune. Ce personnage a des défauts (c’est un homme de droite) mais il a la politesse de ne pas s’étendre trop longtemps : les élus qui expliquent à des artistes ce qu’est l’art, on en a soupé ! Surtout que, depuis que l’État nous a classé « non essentiels », les politiciens n’ont vraiment pas intérêt à la ramener sur ce sujet…

 

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19h20 : Après quelques discours dont je ne retiendrai à peu près rien et la remise des prix, arrive le moment qu’attendaient avec impatience les parasites qui se foutent de l’art : le buffet est ouvert. Je me promets de ne pas trop boire et de finir mon tour des œuvres d’amateur, gardant mon appareil photo pour les peintures qui m’intéressent (il n’y en a pas des masses) et mon carnet pour les sculptures dont je suis prêt à faire un croquis – il n’y en a pas beaucoup non plus, mais là, c’est uniquement parce que je suis déjà fatigué. Dans le tas, je remarque deux caricatures que j’aurai la politesse de qualifier de moyennes : Fernandel ressemble plutôt à Jerry Lewis et Charlie Chaplin à Groucho Marx ! Ce n’est pas tout de suite que je vais avoir de la concurrence dans la région…

 

Quelques œuvres que j'ai bien aimées...

 

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Cette sculpture s'appelle "L'homme à la valise" : hommage à Goossens ?

 

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21h30 : J’ai pris congé, ne voulant pas avoir une gueule de bois demain matin : après avoir dîné dans un restaurant ouvrier, j’attends le tram sur la place de Strasbourg, ce qui me permet de voir, sur les écrans publicitaires, les annonces pour la mini-série où Isabelle Adjani joue Diane de Poitiers. Je me surprends à la trouver belle… Au bout de quelques secondes, je reprends mes esprits et je me dis ce que dirait mon frère à ma place : « Y a plus rien de vrai » ! Elle n’est peut-être pas vilaine à regarder (loin s’en faut, même), mais à force de se faire tirer la peau, elle ne peut presque plus changer d’expression – ce n’est pas d’aujourd’hui, Cabu l’avait déjà remarqué il y a presque trente ans à la sortie de la Reine Margot[1] Si elle continue à tourner (plus beaucoup il est vrai) malgré ça, c’est qu’elle a vraiment du talent !  

 

Samedi 5 novembre

 

10h30 : Un ami m’a aidé à ramener, de Guilers jusqu’à mon appartement, une étagère et son contenu que j’avais laissés chez mes parents – et dont ils n’avaient manifestement pas l’usage. Tout en vidant son fourgon, nous discutons de choses et d’autres et l’actualité américaine vient s’inviter dans la bouche de mon camarade : il est visiblement persuadé que Trump va revenir et que c’en sera fini de la démocratie américaine… Il est vrai que la banalisation de discours semblables à ceux de Donald le connard n’a rien pour rassurer, mais de là à penser que les Républicains vont forcément lui faire confiance une seconde fois et que tous les Américains vont les suivre… Ce serait bien la première fois (ou alors depuis très longtemps) qu’un ex-président des États-Unis désavoué reprendrait la Maison blanche ! Et quand bien même : la démocratie américaine a finalement très bien survécu à son mandat, malgré la tentative (aussi grotesque que ratée) de coup d’État menée par ses partisans, pourquoi ne résisterait-elle pas à un second mandat, d’autant que ce populiste ne va pas en rajeunissant ? L’avenir est déjà assez inquiétant, inutile de le noircir davantage…

 

12h : Avant de partir pour un rendez-vous à déjeuner, j’ouvre ma boîte aux lettres : j’ai un courrier de mon bailleur. J’ai beau n’avoir jamais eu d’ennuis depuis que j’occupe mon appartement, je ne peux m’empêcher d’avoir un frisson d’angoisse : j’ouvre donc… Et j’en tire des copies des courriers que m’a déjà envoyés Enedis ! Je ne sais plus ce que j’ai crié, mais ça ne devait pas être joli !       

 

13h : Au Biorek brestois, je discute avec une dame à qui j’ai fait lire un projet de livre pour la jeunesse. À ses yeux, mon livre s’adresse d’avantage aux 10-15 ans : en tant qu’auteur, je ne suis pas choqué… Mais en tant qu’ancienne victime de harcèlement en milieu scolaire, je suis un peu troublé : moi, devenir écrivain pour collégiens ? C’est un drôle de retour des choses, quand même !

 

16h30 : Après avoir terminé, avec soulagement, la lecture d’un livre un peu rébarbatif, je descends la rue de Siam à pied, direction le Temple du Pharaon où doit se tenir la soirée d’anniversaire du Collectif Synergie. Il pleut mais je ne trouve pas ça désagréable, je suis même plutôt content d’avoir une vraie ambiance automnale. En revanche, je plains un peu la jeune fille qui distribue des prospectus pour un institut de beauté dans ces conditions ! La pauvre, c’est elle qui va avoir bientôt besoin de se faire une beauté… Mais je ne prends pas son tract pour autant : il ne faut pas trop m’en demander non plus !

 

17h30 : Je suis arrivé au Temple. Les festivités ne sont censées débuter que dans une heure avec le vernissage de l’exposition de Soraya Latrous. Pour le moment, il n’y a quasiment personne, à part moi et Claire, la présidente du collectif, toujours contrainte de porter une attelle, ce qui n’est pas sans influence sur son moral… J’ai beau me dire qu’elle a bien du mérite à sortir tout de même de chez elle pour slamer, surtout avec le temps qu’il fait, il n’empêche que ça fait un début de soirée dans une ambiance mitigée ! Vivement que Soraya arrive…

 

18h : Soraya n’est toujours pas là. Mamdouh, le patron du Temple, a eu l’idée de sortir un vieux pupitre sur lequel je dessinerai assis à proximité de la « scène » histoire d’être bien visible du public et de pouvoir vendre mes dessins. L’idée me paraît discutable mais je n’ose pas contrarier ce brave homme dans sa démarche dont le seul but est de soutenir mon talent, alors je me prête au jeu. On verra bien…

 

18h30 : Soraya arrive enfin, sur le fil du rasoir : elle a connu quelques imprévus dont la nature ne vous regarde pas. Peu après son arrivée, le public arrive en masse ! Telle une fée, Soraya draine avec elle plus de monde qu’on n’a jamais osé en espérer aux événements organisés en ces lieux ! Je voudrais m’en réjouir, mais un imprévu m’empêcher de savourer cette belle victoire pour l’association : une petite fille, qui était curieuse de voir mes dessins, bouscule le pupitre et fait tomber la bouteille de bière que j’y avais inconsidérément posée… Comme toujours, face à ce genre de tuile, je reste interdit quelques secondes, le temps de me rendre réellement compte de ce qui s’est passé. Le temps que je reprenne mes esprits, je fais savoir à la petite mignonne qu’il faut faire attention tout de même et je vois que Mamdouh, efficace comme le sont les vieux bistrotiers habitués à ce genre d’incidents, a déjà sorti la serpillère. Bref : les augures sont bons pour la soirée, un peu moins pour ma petite personne !

 

Claire Morin inaugurant la soirée (avec sa patte de robot) :

 

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19h : Toujours assis au pupitre, je me sens un peu seul : tout le monde s’est agglutiné à l’autre bout de la salle, autour de Soraya. Je ne le vis pas mal, c’est logique : c’est tout de même elle la vedette de la soirée et puis ça m’arrange bien de ne pas être pris dans la foule. En attendant, je n’ai pas d’idée de dessin, je n’ai même personne à caricaturer : un peu fatigué, j’appuie mes coudes sur le pupitre… Qui se casse, bien entendu. C’était un vieux machin et, de toute façon, je n’aurais pas été à l’aise dessus, mais je me dis que je commence à causer bien du souci à Mamdouh – qui est cependant d’une patience admirable.

 

20h : Après le vernissage commence la scène ouverte : à la place qui m’a été assignée, je ne peux voir les artistes que de dos, ce n’est pas l’idéal pour faire du croquis de scène ! L’idée de Mamdouh s’avère décidément foireuse (quoique guidée par les meilleures intentions du monde) et je me promets de ne pas la rééditer la prochaine fois. Quand je passe sur scène à mon tour, puisque nous fêtons un anniversaire, j’ai prévu quelques surprises, à savoir, dans l’ordre, un discours bien senti sur ce qu’est vraiment un artiste, mon poème récemment paru dans l’anthologie 1001 plumes et, surtout, ma reprise de La ballade nord-irlandaise avec la bande-son qui va avec. Pour les deux premières, pas de problème ; pour la troisième, ça coince : quand Mamdouh lance la bande-son, je ne reconnais plus la musique ! Son matériel, somme toute rudimentaire, me fait perdre au moins la moitié des instruments ! Ne pouvant caler ma voix, je décide de laisser tomber et de faire tout bonnement un de mes slams : je demande à Mamdouh d’arrêter la musique… Mais il n’y arrive pas ! Ne comprenant pas pourquoi il a tant de mal à exécuter une manœuvre qui nécessite (ou devrait nécessiter) d’appuyer simplement sur un bouton, je finis par perdre patience et je suis à la limite de l’incorrection ! Une fois le problème réglé, je déclame « Clément », le premier slam que j’ai jamais écrit, mais je suis rongé par le remords ! Non pas d’avoir foiré mon tour de chant mais plutôt de ne pas avoir été gentil avec ce brave Mamdouh qui a été dépassé par un caprice de la technique…

 

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21h : Avant de marquer une pause, nous avons droit à une démonstration de danse échevelée avec « les louves », une troupe menée par la pétulante Monica Campo – elle est italienne et ça se sent ! Leur chorégraphie païenne, sauvage même, m’évoque à la fois la sorcière de Michelet et les Bacchantes d’Euripide : en tout cas, ce sont des femmes pour qui la danse est un acte de liberté, une revendication vivante de leur droit à disposer de leur corps et à ne pas être soumises à une quelconque férule masculine. Ah, mes aïeux, quelle tornade, j’en ai presque peur ! Grâce à elles, en tout cas, mon écart de conduite est vite oublié et la soirée est sauvée…

 

Monica Campo en pleine action :

 

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21h30 : Pendant la pause, la petite fille de tout à l’heure revient me voir : admirative des quelques croquis que j’ai pu prendre, elle me demande de lui tirer le portrait mais dit qu’elle n’a pas de sous… Tant pis, je garderai le dessin pour moi ! Le résultat la satisfait : je lui demande de me faire un gros bisou en guise de paiement. Elle s’exécute… Non, je ne pleure pas, c’est juste une poussière dans l’œil ! Tiens, vous en avez une, vous aussi ?

 

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21h45 : La scène ouverte reprend. Entre autres participants, je reconnais l’emmerdeur du Café de la plage, celui qui était venue à bout de la patience de Mequi ! Je me dis que j’ai des défauts mais que moi, au moins, je ne bousille pas le matériel des autres… Et surtout, quand je passe sur scène, les applaudissements que je reçois ne sont pas de simple politesse ! C’est bien la première fois qu’une prestation me déplait vraiment : ce type qui s’accompagne à la guitare n’a tout simplement pas de voix ! Bien sûr, le principe de la scène ouverte, c’est que tout le monde a le droit de venir s’exprimer, quel que soit le niveau : mais là, on est plus proche du clodo à gratte en bois que de l’amateur doué ! Heureusement qu’il y a les autres… Dont, en toute modestie, moi-même qui donne tout ce que j’ai pour achever de me rattraper !

 

A gauche : la patte de robot de Claire. A droite : Christophe, du bureau de l'association.

 

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22h30 : Je prends congé, avec des sentiments partagés : en tant que membre du collectif, je suis comblé, il y avait du public et une bonne ambiance. En tant qu’individu, je m’en veux encore (même si personne ne m’en veut) de ne pas avoir été plus correct avec le patron de l’établissement qui a la gentillesse de nous recevoir sans rien demander en échange ! Pour ne rien arranger, il me faut attendre une demi-heure sous la pluie en attendant que le bus pour Lambé arrive… Ça me laisse le temps de constater que les militants de Greenpeace ont collé, sur les écrans publicitaires, des affiches soulignant qu’il est absurde de laisser ces écrans allumés en pleine nuit alors qu’on demande la sobriété énergétique aux citoyens ! Je ne suis donc pas le seul à faire ce constat, ça me réchauffe le cœur…

 

Dimanche 6 novembre

 

11h : Le petit déménagement d’hier m’a permis de récupérer les cartons contenant tous les originaux que j’avais laissés chez mes parents : je décide de les monter dans mon bureau et de garder l’étagère, désormais installée dans mon salon, pour y mettre quelques livres – je gagnerai ainsi de la place. En montant certains cartons, je peux revoir des dessins réalisés quand j’étais lycéen ou étudiant : je mesure ainsi les progrès que j’ai faits depuis, ce qui me rassure à propos de ce que je fais aujourd’hui…

 

19h30 : Avant de dîner, je jette un œil sur les actualités brésiliennes histoire de voir si Bolsonaro n’a pas déjà fait un coup d’État pour se maintenir au pouvoir. Je tombe ainsi sur un article consacré aux footballeurs qui l’ont soutenu et je découvre les propos de l’ancien international Raï qui s’étonne de voir des joueurs noirs ou métis soutenir un politicien d’extrême-droite… Il est mignon : il n’a pas compris qu’avant d’être noirs ou métis, ces footballeurs sont surtout riches ! Donc ils soutiennent un candidat qui défend les riches, c’est logique ! Et de façon générale, on se trompe beaucoup en s’imaginant qu’un individu issu d’une minorité sera forcément plus coulant envers ses « frères de race (ou de classe) » quand il aura su grimper dans l’échelle sociale : bien au contraire, pour sortir d’un milieu modeste, il faut d’abord savoir surmonter les complexes qui vont souvent avec, ce qui nécessite de facto de rompre la solidarité avec ledit milieu et de renoncer à sa « conscience de classe (ou de race) ». Reiser, enfant du sous-prolétariat lorrain, disait volontiers « Je m’en suis sorti, qu’ils se démerdent comme moi ! »[2] ce qui résume bien l’état d’esprit de la plupart des individus qui ont « réussi » dans la vie… Si même un dessinateur insoupçonnable de mépris pour son milieu d’origine n’avait aucune conscience de classe, pourquoi en attendre de la part de footballeurs devenus milliardaires très jeunes en tapant dans une sphère en cuir ? Raï m’est sympathique, mais il connait mal ses confrères…

 

Mardi 8 novembre

 

18h15 : Après un lundi poussif et une journée guère plus fructueuse (je manque un peu de motivation en ce moment), j’assiste, sans grande conviction, à la réunion d’une association fondée par des chercheurs de la faculté Victor Segalen pour faire vivre la mémoire de l’homme dont la fac porte le nom. Le constat est sans appel : on est dans la merde. À cause du Covid, nous avons eu deux années blanches, sans aucun événement, et nous n’avons plus d’argent. Sans argent, nous ne pouvons pas organiser d’événement, et sans événement à annoncer, nous ne pouvons pas demander de subvention : c’est un cercle vicieux ! Mine de rien, tout le mal que les restrictions ont fait au milieu associatif est résumé par notre situation…

 

19h55 : Alors que nous mettons fin à cette réunion sur un ton quelque peu amer, je surprends une discussion entre deux chercheuses qui évoquent le rapport qu’entretient Macron avec la francophonie : apparemment, l’heure est à la suppression de postes à tire-larigot ! Visiblement, notre président ne classe pas la valorisation de la langue française parmi ses priorités. Pas étonnant : dans son milieu de banquiers, tout le monde parle anglais et on laisse le français aux « losers » ! C’est comme au temps de Jules César : en ce temps-là, l’élite romaine parlait grec, l’usage du latin paraissant trop « plouc » pour ces messieurs. Rien que pour ça, Macron devrait se méfier : Jules César a beau avoir prononcé ses dernières paroles en grec[3], ça ne l’a pas empêché de mourir sous les coups de son protégé… 

 

Mercredi 9 novembre

 

17h25 : Fidèle à ma sale habitude, j’arrive largement en avance dans la salle où je dois donner ma conférence… Et je suis bien étonné d’y trouver déjà un groupe d’étudiantes qui utilisent le tableau noir pour jouer ! Quand je leur dis que je suis le conférencier, elles sont bien embêtées. Ces demoiselles n’ont pourtant pas lieu de s’en faire, ce n’est pas moi qui irai les dénoncer !

 

17h30 : Je suis déjà installé, j’attends désormais l’organisatrice qui doit encore mettre en place la projection de mon diaporama. J’avais emporté le dernier Côté Brest pour passer le temps, mais ce scrupule s’avère vite inutile : les étudiants déjà présents dans la salle profitent de mon arrivée pour me faire signer des documents attestant qu’ils ont assisté à ma causerie – ils sont en effet tenus, dans le cadre de leur licence, d’aller écouter au moins une conférence de leur choix ! Je suis très flatté qu’ils m’aient choisi, même si je me dis qu’en me faisant signer leur attestation avant la conférence, ils pourront se barrer avant la fin !

 

17h45 : L’organisatrice est arrivée et bidouille son PC de manière à ce que mon diaporama soit projeté : pendant ce temps, je signe des attestations à tour de bras ! Je pourrais dire que les étudiants sont nombreux, mais je mentirais : ils sont innombrables ! Je ne m’attendais pas à une telle affluence, l’organisatrice non plus !

 

17h55 : Les spectateurs continuent à arriver en masse : il y a bien quelques amis et collègues historiens (puisqu’il paraît que j’en suis un) dans le tas, mais la majeure partie de la foule est composée d’étudiants qui me font signer des attestations à n’en plus finir et l’organisatrice est obligée de s’improviser ouvreuse pour placer les arrivants dans cet amphithéâtre plein à bloc… Je suis très étonné et, pour tout dire, un peu dépassé…

 

18h : L’organisatrice a dû mettre le holà sur les attestations : ceux qui doivent encore m’en faire signer attendront la fin car il faut bien qu’on commence un moment donné. Quelques étudiants ont reçu de ma part des cartons rouges et verts qui leur permettront de signaler s’ils jugent que les « légendes » de Brest que je vais passer en revue sont vraies ou fausses : mais je n’en avais prévu qu’une petite trentaine, autant dire une goutte d’eau pour l’océan humain que j’ai devant moi ! Mais qu’est-ce qui a pu mobiliser le public à ce point-là alors qu’en ce moment, il y a le festival du film court ?

 

Une photo prise par moi-même peu avant le début de la conférence...

 

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...et d'autres, prises par l'organisatrice, pendant ma causerie :

 

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19h15 : Je termine ma causerie sous les applaudissements, lesquels sont bientôt suivis d’un autre grondement, celui des étudiants qui ne s’attardent pas à poser des questions et se ruent soit vers la sortie soit vers moi pour que je leur signe leurs fameuses attestations… Mes amis ne restent pas longtemps non plus, à l’exception de mon ancienne prof d’anglais du lycée qui vient me voir pour me dire qu’elle a eu l’impression qu’on avait « inversé les rôles » ! Il se trouve quand même, parmi les jeunes, quelques-uns pour me féliciter (ça fait toujours plaisir) et certains poussent même le zèle jusqu’à me rendre les cartons de couleur ! On dit que les jeunes sont insolents : pour ma part, je les trouve un peu trop polis…

 

19h20 : Alors que la salle commence à se vider pour de bon, une étudiante, visiblement intimidée, me demande si je peux la renseigner sur le sac de Fougères : je lui donne le nom d’un médiéviste qui pourra peut-être la renseigner. Peu après, je me retrouve seul avec l’organisatrice qui me félicite à son tour et me dit qu’elle n’avait encore jamais eu autant de monde pour une de ces conférences du mercredi soir ! Je ne sais pas comment je dois l’interpréter…

 

22h : Rentré chez moi après avoir fêté ce succès dans une pizzeria, je relève mes mails : j’ai quatorze messages à traiter, et aucun spam dans le tas ! C’est marrant, quand même : il y a des jours où il ne se passe rien et d’autres où la Terre entière semble avoir décidé de s’intéresser à vous !    

 

22h30 : Tout en traitant mes messages, j’apprends que l’avance des Républicains aux Midterms américaines est beaucoup moins forte que prévu, qu’ils n’auront la majorité que d’une courte tête, et que Trump en ressort affaibli. Voilà qui devrait apaiser les craintes que mon ami me confiait samedi dernier ! Mais pas les miennes : un Trump de perdu, dix de retrouvé ! Je veux dire que si on échappe à Trump en 2024, on peut très bien se retrouver avec un personnage qui tiendrait à peu près le même discours sans avoir les manières qui ont rendu le milliardaire imbuvables aux yeux de beaucoup d’Américains : franchement, qu’est-ce qui distingue Ron DeSantis, qui a désormais toutes les chances d’être investi par le parti à l’éléphant, de Donald Trump, en dehors du fait qu’il n’a pas sa « silhouette bedonnante, décolorée et tonitruante »[4] ? On a beau lui changer l’emballage, la marchandise reste la même ; comme disait Cavanna, « la connerie n’évolue pas, mais elle change d’allure »[5].

 

Jeudi 10 novembre

 

10h30 : Entre le grisant succès de ma conférence et l’abondance des messages reçus, j’étais tellement excité hier soir que j’ai eu un mal de chien à m’endormir… Le moment est venu de redescendre sur Terre : on m’a envoyé une offre d’emploi, mais elle me paraît suspecte ; elle est un peu trop adaptée à mon profil pour être honnête, elle émane d’une entreprise sur laquelle je ne collecte que des renseignements assez vagues (elle n’a même pas de site Internet dédié !) et, surtout, qu’est-ce qu’une boîte de formation continue peut bien faire d’un rédacteur spécialisé en Histoire ? Bref, hier, j’étais un orateur écouté et admiré, aujourd’hui, je redeviens un pauvre idiot de demandeur d’emploi que les escrocs guettent comme les vautours surveillent les bêtes à l’agonie…

 

14h15 : J’ai trouvé un acheteur pour des livres que j’ai mis en vente sur Internet. Hélas, la poste de mon quartier est fermée : comme les bus sont en grève (j’ai déjà pris la précaution de reporter tous mes rendez-vous), je ne vais quand même pas aller à pied jusqu’à celle du centre-ville, surtout si c’est pour prendre le risque de la trouver fermée elle aussi ! Je ne sais pas si c’est à cause la grève ou du pont du 11 novembre, mais mon commanditaire va être bien obligé d’attendre. Pourtant, quand j’ouvre ma boîte aux lettres, je trouve un courrier qui n’a pu m’être livré que ce matin : en d’autres termes, les facteurs sont fidèles au poste (ah ! ah !) mais pas les guichetiers ! Et pourtant, qui fait le boulot le moins fatigant ? Tu m’étonnes que la fonction publique soit discréditée…   

 

En guise de post-scriptum : la couverture du calendrier 2023 illustré par mes soins...

 

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...et deux croquis, qui ne serviront pas, réalisés dans le cadre du travail que j'effectue actuellement sur le recueil de poèmes d'un ami (ce qui, entre autres facteurs, explique le petit nombre de dessins proposés cette semaine) :

 

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Voilà, c'est tout pour cette semaine, à la prochaine !

 


[1] « 2 heures 50 de film… Une seule expression ! » CABU, Grossesse nerveuse, Le Cherche-midi, Paris, 1995, p. 11.

[2] REISER Jean-Marc, Reiser à la une : l’essentiel des couvertures de Charlie Hebdo, Hara-Kiri Hebdo et L’Hebdo Hara-Kiri, Grenoble, Glénat, 2009, p. 96.

[3] Authentique : Jules César, reconnaissant son protégé Brutus parmi les conjurés l’assaillant, aurait dit Kaï su,  tekon (« Toi aussi, mon petit » en grec) plutôt que Tu quoque, fili (« Toi aussi mon fils » en latin).

[4] CARNEY Sébastien, « De l’histoire à la mémoire, ou portrait du jeune marin au doigt sur la bouche » in 1917-1919, Brest ville américaine ?, CRBC, Brest, 2018, p. 204.

[5] CAVANNA François, « D’un beauf à l’autre », préface à CABU, Les nouveaux beaufs sont arrivés, Le Cherche-midi, Paris, 1992, p. 4.


10/11/2022
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