Il y a 137 ans naissait Pablo Picasso

 

 

L’un des nerfs moteurs de Picasso était, consciemment ou inconsciemment, cette question qui agite la philosophie depuis Platon : qu’est-ce qui peut garantir qu’un individu en perpétuelle évolution soit toujours le même tout au long de sa vie ? En d’autres termes, comment garantir l’identité quand on ne constate que la mutabilité ? En 1906, à 25 ans, Picasso peint un « autoportrait » à la dissymétrie très marquée au niveau des yeux et il est intéressant de le regarder en cachant alternativement la partie droite et la partie gauche : en ne regardant que le côté gauche, on croit voir un enfant ou un adolescent, tandis que le côté droit nous donne à voir un jeune homme « fait ». Picasso faisait donc bien plus que réunir dans un portrait plusieurs angles de vue : il ramenait carrément sur le même plan plusieurs âges de la vie. Il s’agit bien plus qu’une simple protection contre l’angoisse suscitée par le temps qui passe : la peinture de Picasso propose en fait une solution à cette équation à plusieurs inconnues que constitue l’homme, à la fois égal et inégal à lui-même tout au long de son existence, regroupant sous un seul et même nom ces êtres si différents que sont l’enfant, l’adolescent, l’adulte et le vieillard. On ne peut pourtant pas parler de nostalgie de l’enfance : on a un peu de mal à le concevoir en voyant « la femme et les fillettes » (1960) où les petites filles sont privées d’identité, n’ayant même pas de visage…

Ce texte est extrait d' un commentaire de mon cru, publié sur Le Graoully déchaîné, de l’exposition Picasso qui s’est tenue l’année dernière à Landerneau.

 

 

10-25-Naissance de Picasso.jpg

D'après Picasso.

 



25/10/2018
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