Du 19 au 25 janvier : Joue pas avec mes nerfs !

 

Commençons par ce qui a fait la une de la presse cette semaine :

 

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Vendredi 19 janvier

 

16h : Je reçois la visite d’une enseignante dont j’ai été l’élève en quatrième : en dépit du fait que ce fut la pire année de ma vie, je tiens à garder le contact avec cette dame contre laquelle je n’ai jamais eu de grief particulier, bien au contraire. Je suis néanmoins très surpris de l’entendre me dire qu’elle ne garde pas de moi le souvenir d’un élève désagréable ! Il faut dire que je n’entendais parler de moi que pour dire que j’étais la source de tous les problèmes de la classe, discours tenu par la quasi-totalité de mes « camarades » et corroboré par certains collègues de cette dame qui auraient probablement demandé mon exclusion si j’avais été diagnostiqué à l’époque ! Beaucoup témoins de l’époque me contredisent quand je soutiens cette idée : ils ont oublié que la connaissance de l’autisme n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui ! Il y a vingt ans, exclure de l’école un enfant autiste dont la présence « posait problème » ne choquait personne. Aujourd’hui, il est vrai, ça ferait scandale ! Enfin… Je suppose ?

 

19h : À la piscine, la monitrice habituelle est absente et remplacée par un de ses collègues : ça suffit déjà à me mettre mal à l’aise. Ce sympathique jeune homme n’arrange rien quand il nous donne la consigne de faire une longueur en s’accrochant au mur de la piscine : pour moi qui ai déjà pris l’habitude de nager avec mes palmes pour toute assistance, ce mot d’ordre censé faciliter l’apprentissage ne fait que me rendre la chose plus complexe ! J’ai l’impression de vivre cette BD où Hugot imagine un monde où on recommence ses études à zéro après les avoir terminées, de sorte que des adultes bardés de diplômes doivent retourner à l’école primaire… Et se révèlent incapables de trouver la solution d’une addition très simple, le souvenir de leurs leçons d’enfance étant enfoui sous celui, plus frais, des formules autrement plus élaborées qu’ils ont apprises récemment ! Hugot n’est certes pas mon auteur préféré de Fluide Glacial, mais il a des trouvailles brillantes qui, sous des airs absurdes et poétiques, en disent en fait beaucoup sur la société…

Un autre taillage de costard à Sophie Davant, assorti d'un hommage au grand Gustave Courbet :

 

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Samedi 20 janvier

 

11h30 : Dans le fourgon d’un ami qui a bien voulu m’aider à ramener de Guilers des affaires assez lourdes que j’avais laissées chez mes parents, nous en arrivons à échanger à propos de la photo où je prends la même pose que sur l’affiche du Journal de Bridget Jones, ce qui nous amène à parler de Renée Zellweger que je trouve charmante mais qui, me dit mon camarade, n’est pas forcément très séduisante dans le film… Mine de rien, ce dialogue me fait réaliser une chose : on a réussi à convaincre les moins superficiels d’entre nous que l’équation « beau = gentil et laid = méchant » n’est pas pertinente, mais il y a encore du boulot pour venir à bout de l’équation « extrêmement beau = toujours digne et moyennement beau = potentiellement ridicule ». Bien sûr, il y a des exceptions, comme chez les Frères Coen qui ont fait jouer un rôle d’imbécile heureux à George Clooney mais, globalement, un héros ou une héroïne inspirant le respect est toujours beau comme un dieu (ou une déesse) tandis qu’un personnage ridicule sera, au mieux, vaguement joli. Il faudrait sortir de ça ! Franchement, ça ne me déplairait pas de voir Angelina Jolie se prendre les pieds dans le tapis, ne serait-ce que parce que je n’ai jamais pu saquer cette m’as-tu-vu !

 

15h : Je débarque chez Pod pour lui livrer son exemplaire de mon dernier album ; mais ce coquin ne m’avait pas prévenu que c’était aujourd’hui l’inauguration d’une nouvelle exposition à la galerie ! Résultat, moi qui venais simplement apporter un livre, je me retrouve à étouffer dans un groupe de gens inconnus et bavards… L’expo présente des photos un peu spéciales : des femmes se sont fait peindre sur tout le corps puis se sont fait photographier avec leur peinture pour tout vêtement ! Je remarque qu’elles ont à peu près toutes le pubis rasé : moi qui croyait que les Goristes exagéraient quand ils chantaient l’extinction programmée des morpions ! La photographe me remarque : elle ne me connaît pas mais dit qu’elle peut me renseigner ; je lui donne ma carte de visite : elle me présente à son mari qui, ça ne rate pas, me demande mon avis. Il y a des jours où je me demande si je ne devrai pas taire mon doctorat en philosophie quand je me présente… J’improvise donc un baratin sur les peintures qui révèlent une part de la personnalité tout en révélant une, et tout le tralala que je peux sortir pour avoir l’air intelligent, moi qui aimerais tant pouvoir me contenter de dire d’une photo qu’elle est belle… Bon, j’arrive quand même à livrer Pod, c’est le principal !

 

17h : Conférence à la MPT de Saint-Pierre, consacrée aux chansons sur Brest depuis l’avant-guerre jusqu’à nos jours. J’avoue que je n’étais pas certain que j’y trouverais matière pour ma chronique histoire : finalement, j’y découvre pas mal de chose à raconter puisque je n’avais pas réalisé, jusqu’alors, que des chansons telles que « Le crime de la rue Suffren » ou « La complainte de Jean Quéméneur » étaient autant d’expression du mépris que la rive gauche avait pour la rive droite, perçue comme un quartier d’ouvriers analphabètes, alcooliques et cocus ! Après la guerre, on n’a plus chanté Brest que pour exprimer le traumatisme des bombardements : le renouveau n’est venu que dans les années 1990 avec les Goritstes (comment ça, « encore eux » ?) et « La Penfeld aux Brestois » où, enfin, Brest se projetait dans l’avenir. La conférence a drainé beaucoup de monde et l’orateur invite le public à chanter en chœur quand il nous fait écouter les chansons qu’il cite en exemples : à ce moment-là, je mets mon casque anti-bruit et je gribouille un dessin illustrant la chanson concernée. Je reviens ainsi avec un dessin pour chaque chanson, sauf pour « Brest » de Miossec car la version qu’il nous bombarde sans sommation est celle de Nolwenn Leroy qui ne m’a rien inspiré d’autre, si ce n’est l’envie de représenter cette greluche made in TF1 dans la même situation qu’Assurancetourix à chaque banquet, ce qui m’aurait éloigné du sujet.

 

Voici les dessins en question. Si vous ne connaissez pas les chansons, cliquez sur ce lien pour les écouter.

 

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19h30 : Dans notre série « Quand c’est bien, il faut le dire », je dois admettre que, pour une fois, les correspondances se goupillent bien sur mon trajet entre Saint-Pierre et Lambé : bon, d’accord, j’ai dû courir deux fois, mais j’aime mieux ça que devoir attendre une demi-heure dans la fraîcheur nocturne ! Au final, je ne mets pas plus d’une heure pour traverser toute la ville : ce serait un retour parfait s’il n’y avait pas, une fois de plus, un crétin qui impose sa musique aux autres voyageurs ! Bibus semble avoir déposé les armes face à cette attitude incivique devenue trop fréquente… La connerie nous a toujours à l’usure !  

 

Dimanche 21 janvier

 

10h : Passage à la boulangerie pour acheter du pain et une galette des rois en prévision du passage d’un couple d’amis et de leur petite fille. Je surprends ainsi une discussion sur les jeunes qui, dit-on, ne voudraient plus travailler, auxquels on ne peut plus demander de faire d’effort… J’ai l’impression qu’on entendait déjà cette rengaine à l’époque où mes parents étaient encore adolescents ! Je préfère ne pas intervenir.

 

16h : Mes amis sont là avec leur fillette, qui a elle aussi des traits autistiques : je lui acheté à son attention deux livres des Monsieur-Madame, à savoir Monsieur Silence, pour des raisons évidentes, mais aussi Les Monsieur-Madame au festival, où Madame Risette joue pour Madame Timide le rôle de « l’ami-paravent » qui est souvent capital pour aider une personne autiste à aller là où elle n’oserait aller… Sincèrement, plus je connais les Monsieur-Madame, plus je me demande pourquoi on a fait des livres « pour adultes » avec eux, alors que leurs histoires destinées aux enfants sont déjà parlantes à tout âge ! Quoi qu’il en soit, le père de cette demoiselle, qui est en reprise d’étude, m’en apprend une belle : il a réussi à avoir une mauvaise note pour un devoir… Qu’il avait fait faire par une intelligence artificielle ! Alors qu’il avait eu de meilleures notes pour des travaux qu’il avait exécutés lui-même ! Dans un sens, c’est rassurant : la machine ne supplantera l’homme que le jour où elle sera vraiment infaillible et ça, ce n’est pas demain la veille !

 

21h : Avant de me coucher, j’ai vent de la polémique concernant Sylvain Tesson… Je n’ai jamais rien lu de ce type, je ne peux donc pas me prononcer pour savoir si ce choix est pertinent. La seule chose dont je suis sûr, c’est que les écrivains qui se sont empressés de crier haro dans Libération ont fait exactement ce que l’extrême-droite attendait d’eux, à savoir fournir un prétexte en béton armé pour présenter les ennemis du fascisme comme des bourgeois méprisants ! Le pire, c’est que moi-même, je préfère encore cette caricature à celle en punks à chien qui circule également… Il fut un temps où être antifasciste n’était pas si difficile, tout de même.

 

Quelques portraits de proches, réalisés pour le plaisir :

 
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Ce dessin représentant une jeune chanteuse de mes amies m'a servi de visuel pour une vidéo mettant en valeur son immense talent :

 

Lundi 22 janvier

 

10h30 : Entrevue avec mon prof d’EPS de terminale, lui aussi commanditaire de mon album. Nous parlons de choses et d’autres et notamment de son épouse prof (comment ça, ça ne vous surprend pas ?) de littérature (comment ça, ça vous étonne ?) : monsieur est à la retraite depuis déjà un an et demi, madame le sera dans quelques mois et d’ici là… On lui demande toujours de faire des remplacements dans d’autres établissements, même si c’est à l’autre bout de la France ! Pardon, on ne lui demande pas : on lui ordonne… Voilà comment on remercie les enseignants en fin de carrière : en les traitant aussi mal que des profs débutants ! Et on s’étonne qu’il y ait carence de vocations… 

 

17h30 : Passage chez un ami qui me dépanne en me cédant un chargeur de téléphone portable. Un service en valant un autre, il me demande de l’aider à le débarrasser d’une enceinte sans fil : hors de question de garder pour moi cette invention du diable ! Je garde en travers de la gorge toutes les fois où j’avais voulu chercher le calme au bois et où il s’est trouvé au moins un cas social pour me casser les oreilles (sans parler d’autre chose) en me crachant sa musique de merde au moyen de cet engin de malheur ! J’emporte donc l’appareil, bien décidé à trouver quelqu’un qui en voudrait bien : après tout, je le donne gratuitement ! N’empêche que je me sens un peu humilié d’avoir ça dans la main : qu’est-ce qu’il ne faut pas faire par amitié ! 

 

 Mardi 23 janvier

 

11h30 : Repérages à l’auberge de jeunesse où je dois exposer mes travaux en mars prochain ; comme l’espace a une capacité largement supérieure à ce que je peux présenter, je le partagerai avec mon amie peintre Soraya. La grosse différence entre mon travail et le sien, c’est que j’envisage le dessin comme une écriture et que mes productions n’ont donc pas besoin, pour être mises en valeur, d’un éclairage ou d’un encadrement particulier, contrairement aux toiles de Soraya qui nécessitent, en vue de leur installation, une réflexion sans doute légitime mais qui, pour un observateur extérieur, pourrait passer pour du chipotage ! Moi-même, j’avoue que devant les tergiversations de mon amie, je ne suis pas loin de ressentir le même effarement qui me venait jadis quand j’allais dans les magasins de vêtements en traînant la patte, contraint et forcé par ma mère et faisant tout pour écourter cette corvée, tandis que ma sœur passait des heures à comparer les fringues entre elles…

 

12h30 : N’ayant pas beaucoup de temps devant moi et le Biorek étant fermé, je m’arrête à la Brioche dorée : il y a une file d’attente conséquente, ce qui suffit déjà à me mettre mal à l’aise, mais je pourrais encore m’en accommoder si la serveuse, ayant pris ma commande, ne me proposait pas de me garder mon toasté au chaud jusqu’à ce que je passe à la caisse en ajoutant la maudite formule : « c’est comme vous voulez » ! Cette petite phrase a le don de me déstabiliser ! Mais faites comme il est d’usage et arrêter de me demander mon avis d’ignorant, bon sang de bois !

 

13h15 : J’ai reçu un coup de fil, mais dans le brouhaha de la ville, il m’a été impossible d’entendre quoi que ce soit au message laissé par mon correspondant. Je le rappelle donc dans le seul endroit où je peux espérer trouver du silence hormis mon propre logement : les toilettes du cabinet de mon médecin ! Je ne sais pas qui a eu cette idée folle, un jour, d’inventer le téléphone portable puis de le généraliser, mais une chose est sûre : ce type-là ne devait pas fréquenter de personnes souffrant d’hyperacousie…

 

Ce dessin rend hommage à Cavanna qui nous a quitté il y a dix ans : il m'a servi de visuel pour un événement dont je vous reparlerai bientôt...

 

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Mercredi 24 janvier

 

9h30 : Voir les Allemands se mobiliser contre l’extrême-droite, ça devrait me rassurer. Mais si même cette nation, qui n’a pourtant aucune excuse pour ignorer à quelles horreurs mènent les idées nationalistes, a cependant besoin de lutter contre la peste brune, ça ne me dit rien qui vaille… Je suis à bout de nerfs et ce n’est pas le climat ambiant qui va m’aider !

 

14h30 : Je relève mes messages ; j’ai un rendez-vous qui risque de sauter parce que ma commanditaire craint de ne pas pouvoir prendre la route pour Brest à cause des barrages des agriculteurs… Chaque fois que j’ai vent d’un renoncement motivé par ce qui a été annoncé dans le poste, que ce soit une épidémie, une grève ou une tempête, je ne peux m’empêcher de repenser à ces gens qui se sont rués dans les magasins pour faire des stocks en prévision… De la guerre du Golfe en 1990 ! S’il y avait dû avoir une catastrophe à chaque fois que les médias nous en ont annoncé une ces trente dernières années, nous serions déjà tous morts à l’heure qu’il est ! Bon, je n’insiste cependant pas auprès de mon acheteuse : le client est roi !

 

Jeudi 25 janvier

 

18h : Conférence de Jacques Le Goualher sur « la Consulaire », ce canon algérien exposé en plein cœur de l’Arsenal de Brest et que l’on peut apercevoir facilement en prenant le téléphérique : mine de rien, on a dit beaucoup de bêtises à son sujet… Moi le premier ! J’envisage donc sérieusement d’écrire une série d’articles pour remettre la vérité sur ses pattes ! En attendant, je me dois de signaler un détail important : certes, le canon est bien surmonté d’une statue de coq posant la patte sur une sphère MAIS celle-ci ne représente pas le globe terrestre comme on le prétend trop souvent : c’est un simple boulet de canon ; en d’autres termes, ce coq métallique consacre le fait que le canon tant redouté a été rendu inoffensif mais il n’exalte pas le colonialisme français – déjà amplement valorisé par les plaques ornant le socle, il faut bien l’admettre. La conférence est excellente, mais très longue : une heure et demie ! Je suis sûr que ce professeur en retraite aurait pu être plus synthétique, même si je ne peux pas lui tenir rigueur d’avoir voulu s’étendre sur un sujet qui a toutes les raisons de le passionner…

 

20h : Du fait de la longueur de la conférence, j’arrive en retard à la scène ouverte organisée au Kafkerin, premier événement de l’année du Collectif Synergie. Je change un peu mes habitudes : je ne me contente pas de déclamer mes propres textes, je propose aussi quelques chansons qu’il serait injuste d’oublier comme « Caca chocolat » du professeur Choron et « J’m’en fous de la France » de Maxime Le Forestier. Mine de rien, la fréquentation est bonne ce soir et nous n’avons pas de mal à trouver des volontaires pour passer sur scène. Je passerais une bonne soirée s’il n’y avait pas ces jeunes garçons lourdement handicapés dont la présence me met mal à l’aise : j’ai peur d’être assimilé à eux… Mais j’ai honte de l’avouer !

Quelques croquis réalisés lors de cette soirée très réussie :

 

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C'est tout pour cette semaine, à la prochaine !

 



28/01/2024
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