Hollande ne rempilera pas

 

 

Fait rarissime depuis son élection : Hollande a fait l'unanimité. Tout le monde semble approuver son choix de ne pas se représenter, fait jusqu'alors inédit pour un président français mais pas tout à fait inédit dans l'Histoire : 135 ans auparavant, le président américain Rutherford B. Hayes, dont Achdé et Gerra ont romancé l'histoire dans l'album de Lucky Luke L'homme de Washington, avait lui aussi décidé de ne pas briguer un second mandat. Cela dit, avez-vous remarqué que le lendemain de l'annonce de Hollande, on apprenait que la loi El Khomri entrait en vigueur ? Il n'avait pas choisi par hasard son jour pour annoncer sa non-candidature : il évitait ainsi que revienne sur le tapis des médias l'une des réformes les plus scélérates de son gouvernement ! Sous l'apparence d'un benêt inoffensif sa cache une fieffée crapule politique ! Il sait que ses ennemis ne se méfient pas de lui et prend un malin plaisir à en jouer... 

 

 

 

 

Un qui n'a pas l'air de la moitié d'un con, dans l'histoire, c'est ce vieux barbon de Plantu qui, la veille, à la une du Monde, présentait Hollande assez inconscient pour croire qu'il avait encore toutes ses chances ! Voilà à quelles absurdités pouvait conduire le "Hollande bashing" justement décrié par l'ami Jean-Michel Ribes ; cela dit, quand ce dernier défend le bilan du président en prenant pour exemple sa décision d'intervenir militairement au Mali, je ne suis absolument pas d'accord avec lui : je ne vois pas pourquoi ce qui serait ignoble venant de George Bush Jr serait formidable de la part de François Hollande. Quand les Américains font la guerre au Proche-Orient, c'est une sale guerre coloniale, mais quand les Français font la guerre en Afrique, c'est une intervention nécessaire et juste, c'est ça ? Trop facile ! Pour rester sur les commentaires suscités par cette non-candidature, on n'a pas manqué de signaler que c'est le deuxième président mis "hors-jeu" en moins de deux semaines : les deux cas ne sont pourtant pas identiques. Sarkozy a cru pouvoir revenir après une "traversée du désert" au bout de laquelle les erreurs de son quinquennat seraient oubliées au moins par l'électorat "naturel" de son parti, mais il a commis, lors de sa campagne des primaires, de nouvelles erreurs  qui lui ont finalement valu l'humiliation que l'on sait. Hollande, lui, a bien compris qu'il ne ferait pas oublier ses erreurs en quelques semaines de campagne et a préféré éviter le déshonneur d'être un président doublement battu en ne passant même pas le cap des primaires. En somme, Sarkozy a été mis hors-jeu par les électeurs parce qu'il croyait trop en sa victoire, Hollande s'est mis hors-jeu lui-même parce qu'il ne croyait plus en la sienne.

 

 

 

 

Qu'on s'entende bien : j'approuve totalement les critiques dont François Hollande fait l'objet aussi longtemps qu'elles concernent son action politique, qui a déçu les électeurs à juste titre ; ce que je ne supporte pas, ce sont les attaques de mauvaise foi, relatives par exemple à sa vie privée. Son quinquennat avait débuté avec un tollé suscité par un message que sa compagne de l'époque avait publié sur Twitter : j'avais trouvé cette polémique disproportionnée et d'autant plus navrante qu'elle était révélatrice du machisme qui continue à caractériser bon nombre de mes compatriotes ; aujourd'hui, on ne voit presque plus nulle part de couples "traditionnels", avec un pater familias ayant littéralement droit de vie et de mort sur son épouse qui doit lui obéir en silence jusqu'à la mort, mais beaucoup de Français n'ont manifestement pas fait leur deuil de cette configuration dégueulasse et attendent de leur président qu'il les rassure en leur renvoyant, par son couple, cette image qui, à elle seule, rédime les "égarements" des couples d'aujourd'hui qui divorcent, font des enfants hors mariage, etc. La vie amoureuse de François Hollande est à l'image de ce qu'est celle de la plupart des hommes d'aujourd'hui mais, visiblement, les Français ne supportent pas qu'on leur rappelle que leur vie n'est pas à la hauteur de leurs fantasmes réactionnaires. Le plus marrant, c'est que cette même Valérie Trierweiler qui, trois ans auparavant, n'avait même pas le droit de soutenir le candidat qu'elle voulait, ils l'ont pourtant écoutée et même crue au pied de la lettre quand elle a sorti un bouquin dont le contenu n'était pourtant ni objectif ni vérifiable. De quoi donner raison à Jérôme Lambour, le président du Graoully déchaîné, qui a dit un jour "Être impopulaire dans un pays de cons, c'est une qualité" !

 

 

Dessin réalisé à propos d'une lettre que la chanteuse a adressée au président.

 

 

 

Bref, la conclusion du quinquennat de François Hollande aura été aussi atypique que son commencement : contrairement à ses prédécesseurs, il n'a même pas connu d'état de grâce. Alors pourquoi se serait-il représenté puisque les Français n'ont même pas attendu les vraies erreurs pour le détester ? La génération politique dont il était, avec Sarkozy, l'un des fers de lance, se sera éteinte en à peine une dizaine d'années. Dans notre époque merdeuse où l'expression "long terme" appartient au passé, les électeurs zappent leurs élus comme ils zappent les chaînes de la TNT, et cette attitude aura sans doute joué dans le désaveu de Hollande un rôle plus déterminant que toutes ses erreurs... Pour ma part, j'avais voté pour lui et je regrette moins mon vote que je ne déplore l'usage qu'il en a fait, mais je ne me faisais guère d'illusions. En tant que caricaturiste, je lui sais gré d'avoir géré comme il l'a fait la crise du 7 janvier 2015 : s'il avait, comme certains l'auraient fait, stigmatisé les musulmans de France au nom de mes maîtres à dessiner à peine refroidis, ça m'aurait rendu le deuil encore plus difficile ! Rien que pour ça, merci monsieur Hollande ! Et merci aussi pour votre retrait : je vais peut-être enfin pouvoir à nouveau m'affirmer de gauche sans qu'on m'assimile à vous... 

 

 

Parce que j'ai peu parlé de l'élection de Trump...

 

 

Je suis assez content de ce que je viens d'écrire, même si je me doute que je ne vais pas me faire des amis : en général, les gens apprécient qu'on brocarde leurs décideurs, beaucoup moins qu'on leur mettre le nez dans leur propre merde. Tant pis !

 

 



03/12/2016
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