Donald se trump (c'est un peu facile, je sais)

 

 

Qu'on s'entende bien : je n'ai pas un nanogramme de sympathie pour ce gros con de Donald Trump et le voir perdre les élections me ferait même plaisir, ne serait-ce que parce qu'il est toujours bon de rabattre son caquet à un singe hurleur ; seulement, je trouve dommage qu'il doive sa probable défaite davantage à ses frasques sexuelles plutôt qu'à son discours aussi indigent que dangereux. De surcroît, on connait ses frasques grâce à un enregistrement de sa voix opéré à son insu : il s'agit donc d'un viol de son intimité (qui n'a certes aucune commune mesure avec le viol tout court qu'il a sans doute commis) qui est d'autant plus grave qu'il ne choque plus personne ! On ne va pas plaindre ce milliardaire crétin et agressif, mais ce qui lui est arrivé pourrait très bien arriver à n'importe quel citoyen de base : nous sommes désormais TOUS sous surveillance permanente et ça ne dérange plus personne ! L'Occident si fier de ses belles valeurs sacrifie ses libertés sur l'autel d'un fantasme, celui d'une éradication totale de la délinquance, et, pour ne rien arranger, c'est avec ce régime bigbrotherien que se règlent dorénavant les campagnes électorales !

 

 

 

 

Il est vrai que s'il fallait compter sur les programmes politiques pour départager Trump et Clinton, la tâche serait malaisée : en Europe, on croit dur comme fer que les Républicains sont méchants et les Démocrates gentils, mais même si les seconds présentent à l'étranger un visage plus souriant et moins dominateur que les premiers, ce n'est jamais que la tactique du gentil et du méchant flic et ça ne change pas grand' chose dans les faits. C'est d'autant plus vrai dans le cas du duel Trump-Clinton que, quel que soit le gagnant, le nouveau président n'aura pas les coudées franches puisqu'il devra faire face à une majorité républicaine qui lui sera hostile : Clinton pour des raisons évidentes, Trump parce qu'il a réalisé le sensationnel exploit de se mettre à dos son propre parti.

 

 

 

 

Cela dit, il faut être juste : si la campagne de ce Trump va à vau-l'eau, c'est aussi parce qu'il est un homme d'un autre temps, en l'occurrence celui où il avait bâti sa fortune, le temps de la guerre froide ; son slogan "rendre sa grandeur à l'Amérique" est révélateur à cet égard en tant qu'il trahit l'erreur de son auteur qui croit pouvoir revenir en arrière et faire comme si rien ne s'était passé entretemps. Cette erreur fut celle des Britanniques qui ont cru que le "Brexit" rendrait à leur pays sa grandeur du temps de l'empire colonial ; ce fut aussi celle de ceux qui ont adhéré au discours du maréchal Pétain sur le "retour à la terre" ; la figure ultime de cette attitude réactionnaire vouée à l'échec nous a été fournie par Roy Lewis, dans son livre Pourquoi j'ai mangé mon père, avec l'oncle Vania qui exhorte les hominidés à retourner dans les arbres ! Comme disait Albert Camus, « pour accorder à ces baumes une ombre d’efficacité, il faudrait faire comme si nos connaissances n’existaient plus – comme si nous n’avions rien appris – feindre d’effacer ce qui est ineffaçable. » L'ineffaçable : voilà fondamentalement ce qui caractérise tout passé. On peut éventuellement rendre invisible les conséquences de faits passés mais on ne peut jamais faire comme si lesdits faits ne s'étaient jamais produits. Quand bien même Trump arriverait à redresser l'Amérique, celle-ci ne sera plus jamais ce qu'elle fut dans les années 1950.

 

 

 

 

C'est pourquoi Trump, aveuglé par sa nostalgie pour une époque (probablement à jamais) révolue, celle où les Etats-Unis pouvaient débarquer partout comme en pays conquis, en a oublié de remarquer que la population américaine avait changé elle aussi et que la domination des petits blancs appartient au passé, les "White Anglo-Saxon Protestants" étant progressivement dépassés par les Afro-américains et, surtout, par les Latinos que le milliardaire n'a pas cessé de stigmatiser alors même qu'ils constituent désormais l'électorat qu'il faut conquérir ! Bref, même si la révélation de ses frasques sexuelles est plutôt navrante, il n'empêche que Donald Trump aura été un candidat calamiteux ; rien d'étonnant à ce que les Américains préfèrent encore élire Hillary Clinton qu'ils n'aiment cependant guère : c'est vrai que Clinton ou Trump, c'est un peu comme si, chez nous, pour prendre un exemple extravagant, on avait le choix entre Juppé et Le Pen ! Quoi ? Qu'est-ce que vous dites ? Ah oui, merde...

 

 

 

 



27/10/2016
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