Vous voulez des dessins anti-Trump ? En voilà ! Mais pas que...

 

 

 

 

On m'a parfois demandé pourquoi je n'avais pas davantage caricaturé Donald Trump, y compris pendant sa campagne. Je répondais que Trump était déjà un telle caricature de lui-même que le caricaturer n'était même plus drôle. Quand j'entends dire qu'un politicien comme Trump est une bénédiction pour les humoristes politiques, je réponds : plutôt pour les humoristes fainéants, oui ! Mais quand on a, comme moi, un cerveau en perpétuelle ébullition, on n'est pas intéressé par les cibles trop faciles qui brident l'imaginaire plus qu'ils ne l'enrichissent... Et là, vous vous dites : mais il n'a pas peur de Trump, ce type ? Réponse : non. Son élection est évidemment une mauvaise nouvelle mais elle n'est pas aussi catastrophique qu'on veut bien nous le faire croire. A mon humble avis, ceux qui sont terrorisés par Trump ont oublié plusieurs choses.

 

 

 

 

Premièrement, ils ont oublié ce que sont les Etats-Unis : il s'agit d'un pays où la prédominance de deux grands partis pratiquement indéboulonnables empêche toute alternance réelle. Entre les démocrates et les républicains, la différence n'est pas énorme. Certes, en général, les présidents issus du parti démocrate affichent un visage plus souriant et moins dominateur, mais ce n'est jamais que la stratégie du bon et du mauvais flic... Les Etats-Unis, c'est aussi un pays orgueilleux qui a été régulièrement obligé, ces dernières années, de plier l'échine : beaucoup d'Américains n'ont pas encore fait leur deuil de l'époque où ils pouvaient débarquer partout comme en pays conquis. La fin de l'URSS n'a pas été la fin de l'histoire, les U.S.A. sont aujourd'hui obligés de composer avec d'autres puissances : Trump et une partie de ses électeurs ne l'acceptent pas mais ils ne pourront pas revenir en arrière. Les Etats-Unis, enfin, en dépit du fait que l'on définisse son régime politique comme "présidentiel" est un pays où le président ne peut pas tout se permettre : il suffit de se rappeler la démission forcée de Richard Nixon pour s'en convaincre. Trump va avoir face à lui une majorité républicaine qui lui est déjà hostile et il peut même perdre les élections de mi-mandat : quoi qu'il arrive, il n'aura donc pas les coudées franches.

 

 

 

 

Deuxièmement, avoir peur de Trump, c'est oublier ce qu'est le parti républicain : Trump n'est jamais que le dernier d'une longue série de présidents plus ou moins dégénérés que le parti républicain a apportés à l'Amérique et dont Reagan et Bush, père et fils, ont été les plus beaux fleurons. Les républicains ont beau jeu de se désolidariser de Trump : aucun des prétendants à l'investiture du parti ne valait mieux que lui, tous leurs clips de campagne reprenaient à peu près le même cocktail de beauferie patriotarde et de bondieuserie armée qui a fait la fortune du parti. Ce discours a beau être plus caricatural dans la bouche de Trump, il n'y en avait pas un pour racheter l'autre... Pour la même raison, ceux qui craignent une "contagion" dans d'autres pays comparent ce qui n'est pas comparable : Trump représentait bel et bien un parti politique solidement implanté dans les institutions de son pays, ce qui n'est pas le cas des populistes de chez nous.

 

 

 

 

Troisièmement, enfin, avoir peur de Trump, c'est oublier ce qu'est Trump lui-même. D'abord, nous l'avons surtout connu jusqu'à présent comme politicien en campagne électorale : il est donc plus que probable qu'il ne fera pas le quart de ce qu'il a promis aux Américains. Ensuite, c'est un milliardaire qui a passé sa vie à accumuler les tunes et qui ne fera probablement rien d'autre. Enfin, c'est déjà un vieillard : il faut remonter à Reagan pour trouver un président des Etats-Unis aussi vieux. De toute évidence, il n'a pas encore digéré d'avoir découvert que le mâle blanc, hétérosexuel et chrétien n'est pas le maître incontesté de la planète : c'est un homme du passé, en l'occurrence de l'époque de la guerre froide où il avait bâti sa fortune mais, comme tous ceux qui n'arrivent pas à accepter la réalité d'un monde qui change, celle-ci pourrait se rappeler à lui au moment où il s'y attendait le moins... Selon Michael Moore, il n'ira pas au bout de son mandat : le même Michael Moore avait été l'un des rares à prédire qu'il serait élu... L'espoir subsiste. 

 

 

 

 

L'espoir subsiste même d'autant plus qu'il ne faut pas oublier cet aspect qu'on nous a suffisamment martelé durant la campagne : Trump n'aura pas d'Etat de grâce. L'élection s'est jouée entre deux candidats qui étaient impopulaires. Trump a réussi à se rendre un peu moins impopulaire que Clinton, juste ce qu'il faut pour faire la différence, mais il n'empêche que les Américains ne l'aiment pas. Ceux qui n'ont pas pris part aux élections anti-Trump qui ont viré à l'émeute ne seront pas longs à se rendre compte qu'il s'est foutu de leur gueule : la formation de son gouvernement, composé de milliardaires de Wall Street, est déjà une provocation pour les petits blancs qui avaient voté pour lui et il ne s'en sortira pas en envoyant à la guerre une population déjà échaudée par le bourbier de l'Irak... Qui sait ? Peut-être faut-il voir en Trump le passage obligé pour guérir durablement l'Amérique de ses vieux démons. On a le droit d'être optimiste de temps en temps, non ? Bref, et pour conclure : non, la perspective d'une présidence Trump ne me fait pas peur. Elle m'emmerde, c'est tout.

 

 

 

 



18/01/2017
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