L'histoire authentique d'un mineur isolé étranger

 

Marc Olivier Glazaï est né à Abidjan, en Côte d'Ivoire le 19 mai 2000. Un beau jour de l'an, de grâce 2015, son habileté à jouer au ballon rond lui vaut d'être remarqué par une personne qui se présente comme un dénicheur de talents pour le Stade brestois. Le jeune homme accepte la proposition qui lui est faite de venir jouer en France : il ne se doute pas encore que son rêve d'enfant va vite virer au cauchemar. Je ne vais pas entretenir plus longtemps un suspense bidon, vous avez déjà compris que le recruteur n'était qu'un de ces trop nombreux escrocs qui s'engraissent sur le dos des émigrés en leur promettant monts et merveilles dans nos pays nantis puis les laissent à leur sort face à une administration kafkaïenne et le mépris des gens du cru... Bref, Marc Olivier quitte son pays natal en autocar début novembre 2015 puis prend l'avion à Dakar où il se doute enfin de quelque chose : on ne lui fait pas suivre le même parcours que les autres voyageurs, il doit emprunter une porte dérobée, il ne passe même pas devant la douane, ne récupère pas son passeport... Mais il est déjà trop tard pour reculer. S'ensuit donc un trajet en avion jusqu'à Lisbonne puis un second à Paris et, enfin, le train pour Brest où il est purement et simplement abandonné par le pseudo-contact du stade brestois : victime d'une arnaque au football, le jeune garçon vient de rejoindre, à défaut du Stade brestois, le club très ouvert des mineurs isolés étrangers.  

Bénéficiant d'une Aide Sociale à l'Enfance (ASE), il est place dans un foyer Don Bosco puis déplacé à l'hôtel le 23 décembre ; scolarisé à Guilers, il obtient le soutien d'une partie de la population, à commencer par Martine Fourn, professeur d'histoire-géo,qui se met littéralement en quatre pour ne pas laisser son élève sans aide. Après une semaine d'action de solidarité menée à Guilers du 24 au 31 décembre, il obtient une Ordonnance de Placement Provisoire signée le 31 décembre 2015 et est placé en famille d'accueil à Recourance le soir même. Après deux stages, le Stade brestois (le vrai, cette fois) le remarque et lui propose d'intégrer l'équipe, de lui financer sa scolarité et l'internat au lycée de la Croix Rouge pour suivre un bac pro. L'horizon se dégage, mais ce n'est qu'une belle éclaircie...

Le 25 mai 2016, il est convoqué pour un entretien d'information de fin de prise en charge mais le rendez-vous est annulé au dernier moment ; sa minorité est remise en doute et sa carrière au Stade brestois compromise s'il ne peut plus bénéficier de l'ASE... Il est alors pris en charge par Digemer Guilers, branche guilérienne de l'association Digemer, qui l'installe dans une famille de Guilers jusqu'au début des vacances scolaires puis à Milizac et enfin à Ploudalmezau chez madame Fourn elle-même. 

Le 12 juillet, la minorité de Marc Olivier est finalement confirmée par la justice : Martine Fourn appelle immédiatement le directeur du centre de formation du Stade brestois qui la reçoit avec le jeune garçon qu'il intègre dans l'équipe l'après-midi même. Durant l'été, Marc Olivier sera hébergé à Guilers puis au centre de formation, faute de famille d'accueil. Fin août, il fait sa rentrée à l'internat de la Croix rouge en 2nde Pro Logistique. Tout est bien qui finit (provisoirement) bien mais c'est tout de même invraisemblable qu'il faille autant de crêpages de chignon pour qu'un jeune homme mineur ait le droit de mener une vie "normale", c'est-à-dire sans devoir se cacher ni vivre dans la peur d'être expulsé. Il est même intolérable qu'il ait été soupçonné d'avoir fraudé sur son âge alors que c'est lui qui a été victime d'une escroquerie, comme de nombreux autres innocents qui, fuyant la misère sévissant dans leurs pays d'origine, sont grugés par des malandrins sans scrupules... Voilà la vie de chien à laquelle nous condamnons tant d'êtres humains, les sacrifiant sur l'autel de notre égoïsme en leur refusant notre accueil au nom de préjugés imbéciles (un pléonasme, excusez-moi). Si on faisait subir à de "bons Français" le quart de ce que subissent les demandeurs d'asile, ce serait la guerre civile ! Je me refuserai à être fier d'être français tant que ça continuera !

 

 


 



13/03/2017
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