

Bien que la dinde soit originaire d'Amérique du nord, on en trouve des élevages partout en Europe aujourd'hui : c'est dire à quel point cet oiseau est un modèle d'intégration. Nos sociétés donnent à la dinde une symbolique ambivalente : d'une part, c'est l'oiseau que l'on mange à Thanksgiving ou à Noël, donc revêtu d'une certaine sacralité, ce qui explique qu'à certains moments de l'année, on trouve cette volaille dans tous les journaux avec tous ses atouts. D'autre part, son nom est devenu synonyme de femme idiote et prétentieuse ; il faut dire aussi que son gloussement qui ressemble vaguement à un rire ne plaide pas en sa faveur et que sa manie de parader dans la basse-cour avec son imposant plumage et son petit dindonneau - né de dindon inconnu - derrière elle en horripile plus d'un. Comme tous les gallinacés, elle ne brille pas par son intelligence et ne semble gagner sa place à la ferme que grâce au relatif prestige que lui donne son plumage, à moins que ce ne soit simplement pour la bouffer...

Avec ses gros yeux, et sa face tout ronde, le poisson rouge ou carassin est un des animaux d'intérieurs les plus populaires, avec un succès considérable notamment auprès du jeune public. Mais on oublie trop souvent que ce petit poisson a aussi vécu à l'état sauvage, dans un environnement qui, certes, étant généralement l'eau douce de nos rivières, n'est pas aussi dangereux que le monde des océans, mais qui n'en est pas moins trouble et où il demeure démuni face à des espèces carnivores et voraces comme le brochet. C'est pourquoi, avant de pouvoir arriver vivant dans votre aquarium, il a dû faire face à bien des dangers, dans des combats toujours inégaux et au cours desquels il portait en lui l'honneur des plus faibles. Un exemple de courage pour beaucoup d'entre nous. Aujourd'hui, il semble domestiqué, lui que l'on observe dans l'aquarium pour se divertir, et de fait, on ne voit pas trop quel combat il pourrait mener, enfermé dans un récipient en verre au milieu d'un appartement de banlieue, et on le voit mal se rebeller contre son propriétaire... La croyance populaire dit qu'il n'a pas plus de trois secondes de mémoire, mais c'est complétement faux : on verra bien si, dans quelques années, il ne se souvient pas des offenses sont il a pu être l'objet...

Voilà un oiseau élégant, avec son long bec, son long cou, ses beaux yeux, son somptueux plumage et ses longues pattes qui lui donnent l'air de marcher avec des talons hauts, ce qui ajoute à sa gâce. Mais la beauté, ça ne se mange pas en sandwich, et l'autruche a acquis une réputation assez peu honorable par sa façon de faire face au danger, en l'occurrence en se mettant la tête dans le sable, refusant de voir la réalité en face. Pas très courageuse, donc, mais déterminée, voire même aussi têtue que l'âne (c.f. infra) avec qui elle a aussi en commun de se reproduire de manière soutenue, donnant naissance à de vigoureux autruchons qui savent lui en être reconnaissants. Sûre d'elle et de son élégance, elle fanfaronne dans la savane, faisant fi des éléphants qui la regardent de haut, croyant dur comme fer pouvoir prétendre au titre de reine de la création. Qu'elle commence donc par affronter vraiment ce qui se présente à elle au lieu faire la belle et de se cacher au moindre couac. De surcroît, elle en est capable : elle ne vole pas - ou alors pas haut - mais elle court vite, sachant rester soignée tout en faisant des déplacement continuels, et elle peut, contre tout attente, s'avérer agressive quand on lui cherche des puces. Rien que pour cela, ne vous fiez pas aux apparences qui font croire à sa gentillesse, car elle peut tuer d'un coup de pattes. Si vous la voyez, gardez vos distances. Oui, c'est cela : gardez un regard distancié sur ses actes.

Avec son grand museau, ses grandes oreilles et son "sourire" qui rappelle Fernandel malade, l'âne prête à rire et son nom est immédiatement associé à la bêtise et au ridicule. Sa réputation d'entêtement irréductible n'a pas été volée : il refuse obstinément de bouger et de voir la réalité en face. De ce fait, il semble perpétuellement venu d'un autre temps, éternellement inadapté au monde qui l'entoure. Même dans nos campagnes, il est devenu obsolète et on n'en veut même plus pour tirer la charrue. De toutes façons, cette créature se donne l'air d'être un animal domestique, capable de vivre dans la compagnie des hommes, mais c'est une façade : trop fier - on se demande de quoi ? - pour se mettre au service de qui que ce soit, il ne veut obéir à personne et vous avez plus de chances de vous prendre un coup de sabot que de le faire avancer. Pourtant, il peut devenir bête de spectacle, ce qui manifeste de sa part plus une volonté de se faire voir et d'épater les autres qu'une quelconque docilité. Grand reproducteur, il n'accepte dans son enclos que son ânesse et ses petits et refuse la présence de tout individu étranger. Ne le confondez surtout pas avec le mulet, animal hybride issu du croisement d'un âne et d'un jument : le sang mêlé lui fait horreur; et en plus, le mulet est stérile, donc ne fait pas de petits, ce qu'il considère comme l'horreur absolue.

Le parfait parasite, donc le vrai roi de la création. A l'image de son homologue qui s'est retiré du monde dans la fable de La Fontaine, il s'installe là où il sent qu'il pourra manger en abondance, et il ne quitte son territoire que lorsqu'il a épuisé ses réserves, partant à la recherche d'un autre garde-manger. Ses préoccupations ne vont pas plus loin et sa faim, qu'il cherchera à satisfaire quoi qu'il arrive, connaît souvent des augmentations exponentielles. Rusé et fondamentalement égoïste, il se vautre littéralement dans l'opulence que les hommes lui offrent, souvent sans le savoir, ne manque jamais d'astuce pour arriver à ses fins, quitte à sacrifier les autres, ce qui ne le dérange absolument pas. Se multipliant rapidement car il enchaîne les conquettes, sa destruction coûte beaucoup d'argent et l'homme reste impuissant à l'éradiquer. On croit calmer sa faim insatiable en le domestiquant, mais il ne se considère au service de personne, sauf de lui-même, et ne reste dans sa cage que si elle est dorée. En somme, on aura beau lui donner des circonstances atténuantes, il n'en est pas moins un nuisible irrécupérable. La meilleure chose à faire serait de le laisser dans son coin, où il se nourrirait de déchets, mais les homme sont tellement prompts à se passionner pour la moindre gêne...